Génération Roger Pic

13 septembre 2022   •  
Écrit par Eric Karsenty
Génération Roger Pic

Depuis trente ans, le prix Roger Pic décerné par la Société civile des auteurs multimédia (Scam) récompense « l’auteur ou l’autrice d’un portfolio photographique qui documente le réel et interroge l’humain avec singularité ». Retour sur une distinction qui s’inscrit dans la tradition de la photographie humaniste et ses évolutions, à l’occasion de son 30e anniversaire et du tiré à part publié avec notre dernier Fisheye. 

Le nouveau lauréat du prix Roger Pic vient d’être désigné, il s’agit de Baudouin Mouanda pour sa série intitulée Ciel de saison, un projet « né des intempéries dues au changement climatique que connaît l’Afrique ces dernières années, explique le photographe congolais né en 1981. Ces photographies rappellent à tout un chacun la nécessité de préserver et de respecter l’environnement, sous peine de représailles climatiques. » Déjà très ancré dans des problématiques sociales, l’auteur qui s’est intéressé aux séquelles des guerres à répétition ayant endeuillé le Congo ou aux rois de la sape, les fameux « sapeurs », s’inscrit dans la tradition humaniste de la photographie, tout en lui apportant une déclinaison contemporaine et colorée qui la revitalise. On pourrait en dire autant des prestigieux·ses lauréat·es qui balisent les trois décennies de ce prix décerné par la Scam (découvrez la liste complète dans notre dernier numéro, ndlr). Et si, parmi les auteur·e·s récompensé·es, on compte un grand nombre de personnalités ayant déjà un beau parcours et une vraie reconnaissance, on ne peut que déplorer le manque de notoriété qui frappe l’homme d’images qui a donné son nom à cette récompense, malgré la dizaine de livres et la vingtaine d’expositions balisant son parcours. Qui était donc Roger Pic ? 

© Baudouin Mouanda

Théâtre & grand reportage 

Né en 1920 dans une famille populaire parisienne, Roger Pic s’est passionné pour le théâtre tout au long de sa vie. Spectateur attentif, il est vite devenu acteur, régisseur, costumier, directeur de troupe… avant de passer de l’autre côté de l’image. Là, il révolutionne la photographie de théâtre en travaillant en mode reportage pour saisir les expressions des personnages dans les lumières choisies par les metteurs en scène, contrairement aux photos figées en studio de l’époque. « J’ai senti que c’était cela la vie… », déclare-t-il à Jean-Claude Gautrand, qui lui consacre une belle monographie (Roger Pic, une vie d’Histoire, éd. Marval, 2000). On retrouve d’ailleurs aujourd’hui ses 280 000 photos de spectacle à la BnF, au musée de l’Opéra et à la Cinémathèque de la danse. Compagnon de route de nombreuses compagnies de théâtre, il ne tarde pas à s’intéresser au grand reportage à la faveur des pays qu’il découvre lors de ses commandes. Et à l’image fixe, qu’il n’abandonnera jamais, il ajoute bien vite l’image animée, notamment le reportage télé qui s’invente au début des années 1960 avec Cinq colonnes à la une, émission de référence qui marquera son époque.

© Baudouin Mouanda© Baudouin Mouanda

Pionnier, Roger Pic l’a été de diverses manières: véritable homme-orchestre, il assure l’image, le son, l’interview de ses interlocuteurs tout en gardant un œil sur le viseur de la caméra. Il travaille le montage, le mixage, le commentaire… Il invente avant l’heure le métier de journaliste reporter d’images. Ses reportages sur la Chine de Mao (à partir de 1960), le Cuba de Castro (entre 1961 et 1967), le Vietnam côté nord (à partir de 1963), l’Algérie de Ben Bella (1965), le Cambodge de Sihanouk (1970) ou la Palestine d’Arafat (1977) font le tour du monde, en télévision comme en presse magazine. Homme d’engagement, il s’investit très tôt dans la défense des droits d’auteur pour les journalistes et les photographes. Grâce à son travail militant, il contribue à faire de la Scam la première société de droit pour les photographes. Généreux et pudique, il fait souvent passer le travail des autres avant le sien, et nombre d’auteurs célèbres savent le trouver pour défendre leurs droits quand ils sont en difficulté. Son histoire mériterait plus de place, et vous trouverez son portrait dans le tiré à part accompagnant ce numéro. Vous retrouverez également la trentaine de lauréats du prix Roger Pic avec leurs travaux pour vous rendre compte que la tradition humaniste de la photographie a su se réinventer au cours de ces trois dernières décennies. 

 

La remise de prix aura lieu le 13 octobre à la Galerie de la ScamÀ voir également : projection de Ciel de saison de Baudouin Mouanda, au Festival La Gacilly le 16 septembre. 

 

Ciel de saison, de Baudouin Mouanda

Du 13 octobre 2022 au 17 mars 2023

Galerie de la Scam, 5 avenue Velasquez, Paris 8e

© Scam

© Baudouin Mouanda

© Baudouin Mouanda / lauréat 2022

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