À l’occasion du Bicentenaire, l’heure est au constat. Intitulée « La Photographie, et après ? », l’édition 2026 des Photaumnales met l’accent sur le rapport entre patrimoine et création contemporaine. Fred Boucher, directeur du festival et du pôle photographique Diaphane, et Emmanuelle Halkin, commissaire associée à Diaphane, reviennent sur l’essence de l’événement et sur les projets déployés. En creux, une tendance ressort : celle d’un festival ancré sur le territoire et créateur de liens. Une interview à lire dans le Fisheye #78.
Selon vous, quelle serait l’essence des Photaumnales, en particulier cette année avec le Bicentenaire de la Photographie ?
Fred Boucher : C’est toujours un festival thématique : c’était celle de la ville l’an dernier, et l’Europe auparavant. La thématique est un prétexte pour construire un parcours. Cette année, le point de départ était le constat qu’on est une région de photographie historique mal connue du grand public. L’essence du festival est double : représenter la diversité de la création contemporaine et raconter ce qu’a été la photographie. L’exposition majeure est celle du Quadrilatère, à Beauvais, lieu qu’on retrouve après trois ans d’absence. Elle se divise en trois volets : le travail de Stéphane Couturier, qui évolue du documentaire classique vers une pratique hybride mêlant photographie et citations picturales, notamment une tapisserie pour la cathédrale de Beauvais, un volet historique sur la photographie dans le Beauvaisis (270 photos) ; et le travail de curation d’Emmanuelle sur la création contemporaine. Cette même trame se retrouve à la maison de la Culture d’Amiens, au musée de Berck, au théâtre du Chevalet et dans une quinzaine à une vingtaine de communes. C’est une édition « nouvelle formule », mixant intérieur et extérieur en adoptant une approche chronologique.
Qu’est-ce qui a changé dans la construction de cette nouvelle édition ?
Emmanuelle Halkin : D’habitude, on travaille de notre côté, puis on assemble. Cette année, la démarche a été plus chronologique. Fred a proposé des artistes patrimoniaux, j’ai proposé des échos contemporains. Par exemple, Eugène Atget en extérieur dialogue avec Diane Meyer, qui travaille sur les traces du mur de Berlin. Autre exemple : en écho à Stéphane Couturier et à la tapisserie de Beauvais, j’ai proposé des artistes contemporains travaillant eux aussi la tapisserie et la broderie, comme Shinji Nagabe. Cette continuité entre patrimoine et création contemporaine me semble plus forte qu’une simple thématique.

Ce questionnement de ce que la photographie doit faire aujourd’hui est-il politique ?
EH : Oui. La photographie contemporaine, par son côté pluridisciplinaire, prend parti pour l’écologie et interroge le regard décolonial. On le voit dans le travail de Shinji Nagabe ou de Jordan Beal, présent aussi cette année aux Rencontres d’Arles. Ces pratiques transdisciplinaires, qui impliquent souvent le corps, la vidéo, le son, les archives, sont fondamentalement militantes. Il y a aussi le travail de Marta Bogdańska sur notre rapport aux animaux. Le patrimoine lui-même, hyper dense, est aussi interrogé par ces artistes pour sa force politique.
Et comment travaillez-vous justement avec ce patrimoine en tant que programmateur·rices ?
FB : Notre préoccupation, aujourd’hui, c’est le public, c’est pour ça qu’on s’est battus pour que le Bicentenaire de la Photographie associe l’Éducation nationale et la Culture. S’il y a un sujet politique, c’est celui des images, ça fait quarante ans qu’on organise des colloques sur leur importance, sans grand effet concret. Le Bicentenaire est l’occasion de ne pas laisser les expositions « en peinture », on veut que les écoles les visitent, sur toute une année. Le grand public connaît un ou deux photographes et ne perçoit pas toujours pourquoi ces expositions font écho au monde qui l’entoure. Le fossé entre les « sachants » de l’image et le grand public ne cesse de s’accroître. L’éducation à l’image a toujours été un axe fort des Photaumnales, d’autant plus cette année, car le Bicentenaire doit aussi servir de caisse de résonance sur la précarité des photographes. Le festival est fait pour le public, pas seulement pour l’entre-soi de la photo : il faut constamment aller le chercher, s’adapter, trouver des stratégies d’accompagnement.
Retrouvez l’interview en intégralité dans le dernier numéro de Fisheye
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