Photographies en guerre, une exposition nécessaire

07 avril 2022   •  
Écrit par Eric Karsenty
Photographies en guerre, une exposition nécessaire

La photographie de guerre existe dès les premières décennies du 8e art. Les premiers clichés identifiés sur le sujet sont des daguerréotypes du conflit entre le Mexique et les États-Unis, entre 1846 et 1848. Photographies en guerre, l’exposition du musée de l’Armée qui vient d’ouvrir ses portes arrive à point nommée en nous proposant un panorama historique balisé par des analyses et des réflexions qui nous permettent de décrypter ces images. 

L’histoire joue parfois de drôles de tours. Alors que nous sommes chaque jour assaillis de photos de guerre en provenance de l’Ukraine, l’exposition Photographies en guerre qui vient d’ouvrir au musée de l’Armée, à Paris, nous présente un panorama passionnant. Nous révélant au passage que parmi les premières photos de guerre répertoriées on trouve notamment celles de la guerre de Crimée (1853-1856). 

Cette exposition a été préparée par un important comité scientifique il y a deux ans déjà, et retardée pour des raisons sanitaires. Il faut souligner que c’est la première fois que le musée de l’Armée consacre une exposition à ce sujet en présentant notamment des images issues de ses collections (riches de 60 000 pièces), et en invitant une trentaine de prêteurs, dont dix collectionneurs privés. C’est au total plus de 300 œuvres jalonnant l’histoire de la photographie, du siège de Rome en 1849 aux conflits contemporains en passant par la guerre de 1870, les deux conflits mondiaux ou la guerre du Vietnam, qui sont ici déployées. Plus qu’une simple fresque historique, le propos de l’événement est d’interroger la représentation des conflits par la photographie. 

© Paris Musée de l’Armée, Dist. RMN Grand Palais Christian Moutarde

© Paris Musée de l’Armée, Dist. RMN Grand Palais Christian Moutarde

Conquête de l’opinion publique

Au fil des salles présentées par ordre chronologique, de nombreux textes mettent en perspective les problématiques sous-jacentes à la production et à la diffusion de ces images comme l’évolution de la presse au 20e siècle, le mythe du photojournalisme, la conquête de l’opinion publique, la théâtralisation de la mort, l’éthique du photographe ou encore l’émergence de la notion d’auteur. On trouve également plusieurs vidéos avec des interviews d’historiens, de chercheurs et d’artistes qui permettent d’éclairer les images présentées. On peut y voir des images d’anonymes, mais aussi de photographes confirmés comme Margaret Bourke-White, Lee Miller, Robert Capa, Marc Riboud, Don McCullin, Gilles Caron, Nick Ut, Yan Morvan, Laurent Van der Stockt… ou encore des productions récentes d’auteurs contemporains, comme Édouard Elias ou Philippe de Poulpiquet, qui viennent d’entrer dans les collections du musée. Édouard Elias, justement, présente un ensemble en noir et blanc sur le Dombass, dans les tranchées côté ukrainien, en 2017-2018. 

© Musée de l'Armée Dist. RMN Grand Palais Anne-Sylvaine Marre-Noël© Collection Misset Glain Paris Musee de l'Armée Dist. RMN Grand Palais Pascal Segrette

© à g. Musée de l’Armée Dist. RMN Grand Palais Anne-Sylvaine Marre-Noël, à d. © Collection Misset Glain Paris Musee de l’Armée Dist. RMN Grand Palais Pascal Segrette

Œuvres d’artistes

Outre son aspect pédagogique et didactique toujours très clair (à noter au passage un parcours spécifique pour les enfants), l’exposition présente aussi des œuvres d’artistes qui interrogent notre représentation de la guerre, au-delà des photographies iconiques de photoreportage traditionnel. Ainsi Émeric Lhuisset et son Théâtre de guerre qui met en scène à la façon d’un tableau les combattants kurdes en 2012, ou Pavel Maria Smejkal qui, avec Vietnam 1972, interroge notre mémoire en supprimant les personnages de la célèbre photo de Nick Ut de la petite fille brûlée au napalm. Ou encore Michel Slomka qui dans sa série Khalifat Slave Market interroge la manière dont les smartphones et les réseaux sociaux refaçonnent notre rapport au monde.

Enfin, un catalogue très complet édité par le musée de l’Armée et la RMN accompagne l’exposition (39€, 336 pages). Vous y retrouverez non seulement les œuvres exposées, mais aussi les analyses des chercheurs et les interviews des différents intervenants. Autant d’éléments qui devraient vous permettre de ressortir mieux armés de cette visite pour regarder les photographies de guerre d’Ukraine et d’ailleurs qui n’ont pas fini de défiler sur nos écrans et dans nos journaux.

 

Jusqu’au 24 juillet 2022

Photographies en guerre

Musée de l’Armée, à Paris 

www.musee-armee.fr

 

© Fisheye Magazine

© Musée de l'Armée Dist. RMN Grand-Palais Emilie Cambier

© Musée de l’Armée Dist. RMN Grand-Palais Emilie Cambier

© Musée de l'Armée Dist. RMN Grand-Palais Emilie Cambier© Paris Musée de l'Armée Dist. RMN Grand Palais Pascal Segrette

© à g. Musée de l’Armée Dist. RMN Grand-Palais Emilie Cambier, à d. Paris Musée de l’Armée Dist. RMN Grand Palais Pascal Segrette

© Musée de l'Armée Dist. RMN Grand-Palais Emilie Cambier / Fonds Marc Riboud au MNAAG

© Musée de l’Armée Dist. RMN Grand-Palais Emilie Cambier / Fonds Marc Riboud au MNAAG

© Emeric Lhuisset Musée de l'Armée Dist. RMN Grand Palais© Paris Musée de l'Armée Dist. RMN Grand Palais Pascal Segrette

© à g. Emeric Lhuisset Musée de l’Armée Dist. RMN Grand Palais, à d. Paris Musée de l’Armée Dist. RMN Grand Palais Pascal Segrette

© Joe Rosenthal / National Archives and Records Administration

© Joe Rosenthal / National Archives and Records Administration

Image d’ouverture : © Joe Rosenthal / National Archives and Records Administration

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