unRepresented by approche 2025 : mémoire et paysages sensibles

04 avril 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
unRepresented by approche 2025 : mémoire et paysages sensibles
© Chloé Sharrock
Arbre aux feuilles orangées
© Gaëlle Cueff

Jusqu’au 6 avril 2025, l’espace Le Molière accueille unRepresented by a ppr oc he. Comme son nom le suggère, le salon s’intéresse aux artistes qu’aucune galerie ne représente. Toutes et tous se distinguent également par leur approche expérimentale du médium.

En ce moment même, unRepresented by a ppr oc he investit l’espace Le Molière, au cœur du premier arrondissement parisien. Pour la troisième année consécutive, le salon fait la part belle aux photographes qui se plaisent à expérimenter avec le médium. Quoique les sujets diffèrent, les œuvres présentées ont en commun d’éveiller les sens. Elles invitent à prendre le temps de regarder autrement, à apprécier des textures qui suscitent parfois la curiosité et donnent envie d’être touchées du bout des doigts. Comme le souligne Emilia Genuardi, la fondatrice et directrice de l’événement, ici, « la photographie est souvent détournée, hybridée ou réinventée à travers des procédés techniques et des supports variés. Se dessine alors une volonté commune : interroger la nature de l’image, sa matérialité et son pouvoir de transformation, tout en ouvrant de nouvelles voies d’exploration artistique et narrative »

Jusqu’à dimanche soir, le public peut découvrir les compositions singulières de Jordan Beal, Jérémie Bouillon, Gaëlle Cueff, Anna Rosa Krau, Julie Laporte, François Laxalt, Hélène Petite, Flore Prébay, Patrick Rimond, Chloé Sharrock, Elisa Valenzuela, Fanny Béguély, Léa Rivera Hadjes, Jean Claude Wouters et Tis Zamler-Carhart & Vitaly Zamler. Chacune de ces quinze expositions s’inscrit en dehors des systèmes établis. Si aucune galerie ne représente ces artistes, toutes et tous peuvent compter sur le soutien de mécènes qui s’engagent dans la création contemporaine. 

Mer abstraite
© Flore Prebay
Forêt dans la brume
© Gaëlle Cueff
Des vagues qui se cassent sur la plage
© Flore Prebay

Un entre-deux qui laisse place à la réflexion

Certaines thématiques semblent toutefois lier certaines expositions : l’exploration de paysages-états d’âme et le flux des images. Dans une petite salle située à l’étage, Gaëlle Cueff présente ainsi Le Tremblé du souvenir, une série tout en délicatesse qui s’intéresse à « l’épaisseur du temps » et aux réminiscences qui le compose. Un cabinet de curiosité réunissant des coquillages à l’apparence fragile, sur lesquels des forêts ou des silhouettes se dessinent, fait face à une nature nimbée d’une brume colorée. Ce flou résulte d’une succession de couches de cire qui apportent une sensualité à la matière, chère à l’autrice. Au fil des mois, les tirages sont voués à évoluer. Ils s’opacifieront et demanderont à être nettoyés à la chamoisine. Ce soin nécessaire rappelle finalement l’aspect changeant et même vivant de la mémoire. À mesure que les jours passent, les contours de ces vestiges de l’esprit se modifient. Ils témoignent d’une réalité qui n’existe que dans un regard.

Dans un autre genre, Flore Prébay matérialise l’éphémère dans une série sensible. Deuil blanc, le deuil avant le deuil évoque la maladie de Charcot dont sa mère est atteinte et l’impossible préparation à sa disparition. Dans le lointain, celle-ci apparaît sur du papier brun, fait à la main par l’oncle de l’artiste. Le support, ponctué de touches de peinture, traduit « l’expérience de la fragilité ». La mer, qui se dévoile sur nombre des images, a la couleur de l’encre. Le rivage, tout aussi sombre, contraste avec l’écume et le ciel. Les vagues, figées dans leur roulement, soulignent l’impression d’être coupé dans un élan, d’être soudainement arraché au temps. La dualité permanente nous plonge alors dans un entre-deux qui laisse place aux doutes et invite à la réflexion. 
 

Forêt argenté
© Hélène Petite
Forêt découpée
© Hélène Petite
Personne qui hurle
© Chloé Sharrock

Différentes facettes d’une même image

Quelques salles plus loin, Hélène Petite dévoile un jeu exploratoire et poétique qui s’intitule Montrer la rivière. Ce projet donne à voir les différentes facettes d’une même image, réalisée à l’aide d’un boîtier argentique lors d’un voyage en Norvège. Sous nos yeux, un plan d’eau peuplé de nénuphars et entouré d’arbres minces n’a de cesse de se réinventer. Sous les mains de l’artiste, il se métamorphose en une abstraction où la végétation s’allonge en traits noirs sur un fond argenté. Il prend du volume grâce à des découpes linéaires, si bien qu’il sort du cadre. Il se multiplie ainsi et ne se ressemble pas. « À travers mon travail, j’interroge la nécessité de produire de nouvelles photographies et d’abreuver encore davantage le flot médiatique », explique-t-elle. 

Chloé Sharrock prolonge cette idée dans Il hurlait encore. Au cœur de cette série monochrome, la photojournaliste sonde « la répétitivité des images de guerre et leur érosion sémantique ». À cet effet, elle réemploie des images, prises au Moyen-Orient et en Ukraine, qui dormaient dans ses archives. Par l’entremise de la photogravure, elle les épuise, les altère pour ne laisser paraître que la trace d’un passage. « L’utilisation de matériaux organiques comme le charbon leur redonne une présence matérielle, opérant une transmutation de ces images évanescentes en objets tangibles, résistants à l’effacement numérique », assure-t-elle.

À lire aussi
Au musée de Pont-Aven, Corinne Vionnet sonde la répétition des images
© Corinne Vionnet
Au musée de Pont-Aven, Corinne Vionnet sonde la répétition des images
Jusqu’au 4 mai 2025, le musée de Pont-Aven présente Écran total de Corinne Vionnet. L’exposition rassemble plusieurs séries de l’artiste…
29 mars 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Circulation(s) : quinze ans d’émancipation
I Want to Tell You Something © Visvaldas Morkevičius, Courtesy ECAL
Circulation(s) : quinze ans d’émancipation
Circulation(s), le Festival de la jeune photographie européenne, fête cette année ses quinze ans. Au total, 23 artistes de 13…
03 avril 2025   •  
Écrit par Agathe Kalfas
Explorez
Les images de la semaine du 19 janvier 2026 : réparer
Multivers, de la série Deuil blanc © Flore Prébay
Les images de la semaine du 19 janvier 2026 : réparer
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, la photographie se fait remède au chagrin ou à un passé douloureux. Elle crée des ponts, engage...
25 janvier 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les coups de cœur #572 : Odysseas Tsompanoglou et Macy Castañeda-Lee
© Odysseas Tsompanoglou
Les coups de cœur #572 : Odysseas Tsompanoglou et Macy Castañeda-Lee
Odysseas Tsompanoglou et Macy Castañeda-Lee, nos coups de cœur de la semaine, s’intéressent tous deux à des thématiques intimes ayant...
12 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Lucie Bascoul et le parcours de congélation d'ovocytes
© Lucie Bascoul
Lucie Bascoul et le parcours de congélation d’ovocytes
À travers Désirs contrariés, Lucie Bascoul témoigne de son expérience de la congélation d’ovocytes. En croisant portraits de...
10 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
La sélection Instagram #540 : les bonnes résolutions
© Hugh Davison / Instagram
La sélection Instagram #540 : les bonnes résolutions
Les artistes de notre sélection Instagram de la semaine ont décidé de prendre de bonnes résolutions pour l’année 2026. L’acte de...
06 janvier 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Falaise, Géorgie et clubbing : nos coups de cœur photo de janvier 2026
© Lucie Bascoul
Falaise, Géorgie et clubbing : nos coups de cœur photo de janvier 2026
Expositions, immersion dans une série, anecdotes, vidéos… Chaque mois, la rédaction de Fisheye revient sur les actualités photo qui l’ont...
Il y a 2 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
La sélection Instagram #543 : tous·tes en scène
© Lara Chochon / Instagram
La sélection Instagram #543 : tous·tes en scène
Cette semaine, les artistes de notre sélection Instagram s’inspirent de l’aspect cinégénique du quotidien pour créer leurs images. Tour à...
Il y a 7 heures   •  
Écrit par Ana Corderot
Les coups de cœur #574 : Eliot Manoncourt et Joan Tiff
© Eliot Manoncourt
Les coups de cœur #574 : Eliot Manoncourt et Joan Tiff
Eliot Manoncourt et Joan Tiff, nos coups de cœur de la semaine, ont une approche personnelle de la photographie. Le premier transforme la...
26 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les images de la semaine du 19 janvier 2026 : réparer
Multivers, de la série Deuil blanc © Flore Prébay
Les images de la semaine du 19 janvier 2026 : réparer
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, la photographie se fait remède au chagrin ou à un passé douloureux. Elle crée des ponts, engage...
25 janvier 2026   •  
Écrit par Ana Corderot