Dans l’œil de Naïma Lecomte : rendez-vous au bord de l’eau après les cours

24 novembre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Dans l’œil de Naïma Lecomte : rendez-vous au bord de l’eau après les cours
© Naïma Lecomte / Planches Contact Festival
NaïmaLecomte
Photographe
« Ce jour-là, j’ai aperçu deux silhouettes, Ayyade et Abigaël. J’ai hésité avant d’avancer, toujours ce moment d’attente entre le désir de photographier et la peur d’interrompre. Ils m’ont dit qu’ils venaient souvent là après les cours. »

Cette semaine, nous vous plongeons dans l’œil de Naïma Lecomte. Jusqu’au 4 janvier 2026, l’artiste présente Ce qui borde à Planches Contact Festival, où elle a reçu le prix du jury de la Jeune Création photographique. Pour Fisheye, elle revient sur l’un de ses tirages qui incarne l’essence même de la série : dévoiler les réalités discrètes qui se jouent au bord de la Touques, en Normandie. 

Jusqu’au 4 janvier prochain, Planches Contact Festival investit Deauville. À l’instar des précédentes, cette 16e édition propose une multitude de regards sur le territoire normand. Cette année, un thème achève de lier les projets présentés : l’intimité. S’il existe d’innombrables approches du sujet, Naïma Lecomte, l’une des artistes exposées aux Franciscaines, a décidé de témoigner de la vie autour de la Touques dans Ce qui borde. Allant de la source du fleuve jusqu’à la Manche, où il se jette, la photographe donne à voir ses rives et les personnes qui les peuplent. En s’ancrant dans la réalité du territoire, ses moyens formats argentiques sondent notre rapport à la nature et au temps qui passe. La mémoire traverse ainsi son œuvre avec une grande douceur qui a su toucher le jury de Planches Contact Festival. En effet, ce dernier lui a décerné son prix de la Jeune Création photographique. En récompense, elle participera notamment à une résidence à la Villa Pérochon, à Niort. Aujourd’hui, elle nous dévoile les dessous d’une image de sa série primée.

Entre désir de photographier et peur d’interrompre

« Nous sommes en mai. C’est ma troisième semaine de résidence pour Planches Contact Festival. Depuis le début, je longe la Touques, son tracé irrégulier entre l’Orne et la Manche. Avant de partir, je passe du temps sur la carte à suivre le fleuve, à repérer des lieux où me rendre.  Je prends le train, le vélo, parfois on me dépose quelque part, puis je marche. Je n’ai pas d’itinéraire précis. Ma seule règle est de ne pas trop m’éloigner de la Touques, c’est elle qui fixe la direction.

Cette image a été faite à Lisieux. J’y suis revenue plusieurs fois. C’est un des endroits où j’ai croisé le plus de monde, au bord du fleuve, là où il traverse la ville avant de reprendre son cours dans les terres.
 La photo a été prise au sud de la ville, juste avant la zone commerciale. J’étais déjà passée ici sans rencontrer personne. Ce jour-là, j’ai aperçu deux silhouettes, Ayyade et Abigaël. J’ai hésité avant d’avancer, toujours ce moment d’attente entre le désir de photographier et la peur d’interrompre. Ils m’ont dit qu’ils venaient souvent là après les cours. Je les ai photographiés comme je les avais vus d’abord, de loin. Puis j’ai continué à marcher. Le lendemain, je suis revenue. La lumière avait changé, plus lourde, orageuse, le lieu était vide.

Revenir fait partie de ma manière de travailler. J’aime observer un lieu sur la durée, voir comment il se transforme selon l’heure, la saison, les passages. À force d’y retourner, je prends mes repères. Et parfois une scène apparaît simplement, comme le résultat de ce temps passé à marcher, à attendre, à revenir. »

À lire aussi
L’intimité au cœur de Planches Contact Festival 2025
© Carline Bourdelas / Planches Contact Festival
L’intimité au cœur de Planches Contact Festival 2025
Jusqu’au 4 janvier 2026, la 16e édition de Planches Contact Festival anime Deauville et propose une diversité de regards sur un même…
08 novembre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Planches Contact change de cap
© Lin Zhipeng (alias n°223), Ce qui s’insinue dans les silences, Planches Contact Festival.
Planches Contact change de cap
Du 18 octobre 2025 au 4 janvier 2026, Planches Contact Festival revient à Deauville pour sa 16e édition. Ces derniers mois, les…
16 octobre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
Maëva Benaiche : l’enfance à l’épreuve du silence 
© Maëva Benaiche
Maëva Benaiche : l’enfance à l’épreuve du silence 
Avec À la recherche de mes souvenirs, Maëva Benaiche explore les zones floues de l’enfance et fait de l’image un espace de...
17 avril 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Lore Van Houte : le cyanotype comme journal intime et refuge poétique
© Lore Van Houte
Lore Van Houte : le cyanotype comme journal intime et refuge poétique
Étudiante en sciences culturelles et artiste visuelle, Lore Van Houte capture la poésie de son environnement à travers le prisme bleuté...
10 avril 2026   •  
Contenu sensible
Les images de la semaine du 30 mars 2026 : (se) découvrir
© Mahaut Harley
Les images de la semaine du 30 mars 2026 : (se) découvrir
C'est l'heure du récap' ! Les jours s'allongeant avec le printemps, l'ambiance générale est aux sorties et à la découverte.
05 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Contenu sensible
Mahaut Harley : dans le corps du mail
© Mahaut Harley
Mahaut Harley : dans le corps du mail
Dans les collages et créations scannées de Mahaut Harley, l'érotisme féminin est retravaillé, collé et réinterprété pour évoquer une...
01 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Maëva Benaiche : l’enfance à l’épreuve du silence 
© Maëva Benaiche
Maëva Benaiche : l’enfance à l’épreuve du silence 
Avec À la recherche de mes souvenirs, Maëva Benaiche explore les zones floues de l’enfance et fait de l’image un espace de...
17 avril 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Computer Punch Cards d'Antony Cairns
© Antony Cairns
Computer Punch Cards d’Antony Cairns
Dans Computer Punch Cards Antony Cairns réutilise des cartes mémoires mises au rebut depuis des années, pour composer des images...
16 avril 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Chloé Lefebvre-Lamidey, là où sommeillent les oiseaux
© Chloé Lamidey
Chloé Lefebvre-Lamidey, là où sommeillent les oiseaux
Photographe indépendante installée à Paris, Chloé Lefebvre-Lamidey s’intéresse aux liens que peuvent entretenir les humain·es et les...
15 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Lee Miller au MAM : portrait d'une photographe aux multiples facettes
Modèle avec ampoule, Vogue studio, Londres, vers 1943 © Lee Miller Archives England 2026, All Rights Reserved
Lee Miller au MAM : portrait d’une photographe aux multiples facettes
À l’initiative de la Tate Britain et avec le soutien de l’Art Institute of Chicago, le musée d’Art moderne de Paris présente...
14 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin