L’intimité au cœur de Planches Contact Festival 2025

08 novembre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
L’intimité au cœur de Planches Contact Festival 2025
© Carline Bourdelas / Planches Contact Festival
Une femme se regarde dans un miroir
© Cindy Sherman

Jusqu’au 4 janvier 2026, la 16e édition de Planches Contact Festival anime Deauville et propose une diversité de regards sur un même thème, désormais imposé par le nouveau format de l’événement. Cette année, chaque photographe en résidence a pensé une série autour de l’intimité.

Il y a quelques mois, Lionel Charrier et Jonas Tebib nous dévoilaient la programmation de la nouvelle saison de Planches Contact Festival, dont ils assurent désormais la direction artistique. Cette 16e édition marque un tournant dans l’histoire de l’événement qui, chaque fin d’année venue, prend ses quartiers à Deauville. Depuis son lancement, celui-ci a convié 170 photographes à investir le territoire normand pour en saisir les contours selon différentes approches. En 2025, outre Claude Cahun et Cindy Sherman, dix-sept talents émergents et grands noms du médium ont participé au festival de création photographique. Au cours de leur résidence passée sur place, toutes et tous ont imaginé des séries autour d’un même fil conducteur : l’intimité. « Le thème permet d’avoir une lisibilité plus forte pour le public. Il se décline de différentes façons dans les projets, mais aussi dans la programmation de la semaine d’ouverture. C’est finalement ce qui structure l’événement », nous expliquait Jonas Tebib dans le cadre d’un entretien à retrouver dans Fisheye #73.

Collage avec un paquebot et une inscription
© Daniel Blaufuks / Planches Contact Festival
Jeune fille sur des rolliers
© Anaïs Ondet / Planches Contact Festival
Devanture avec une enseigne "poisson"
© Adrien Boyer / Planches Contact Festival
Une femme est assise sur une machine à laver
© Myriam Boulos / Planches Contact Festival

Les différentes réalités de l’intime

Le parcours commence aux Franciscaines avec un dialogue imaginaire entre Claude Cahun et Cindy Sherman. La première joue avec le travestissement et la mise en scène tandis que la seconde interroge les stéréotypes de la femme de son époque. À quelques pas de là, Myriam Boulos, qui inaugure un format de résidence hors les murs, prolonge son travail sur la jeunesse libanaise à Beyrouth. Dans un couloir sinueux, les photographies se mêlent et forment une fresque continue. Nous retrouvons Lin Zhipeng, alias 223, qui immortalise « les choses qui [le] rendent heureux », à savoir des êtres souriants savourant leur liberté en pleine nature, sur le sable comme dans l’herbe verte. Plus loin, Julien Magre a imaginé une correspondance avec une certaine « Madame S. », muse historique et fantasmée qui nomme sa série. Les lettres manuscrites côtoient ici des paysages et des portraits figés sur des pellicules périmées dont les effets rappellent la peinture. Dans un recoin intimiste, Carline Bourdelas explore les états de l’âme humaine en convoquant l’écriture de Françoise Sagan. Dans des monochromes feutrés, les regards et les gestes s’expriment alors dans une mélancolie poétique. Dans un autre registre, Renato d’Agostin joue également avec les détails. Ses compositions épurées, en noir et blanc, se concentrent sur les formes nettes.

Un autre espace fait la part belle à la scène émergente. Naïma Lecomte, lauréate du prix du jury de la Jeune Création photographique, a suivi le cours du fleuve de la Touques pour concevoir Ce qui borde. À travers ce travail documentaire, elle témoigne de la multitude d’existences qui s’y croisent. Anaïs Ondet s’intéresse aux jeunes filles qui évoluent dans des zones intermédiaires, « ni tout à fait urbaines, ni entièrement rurales ». Jérémy Appert s’est immiscé dans « un lieu où l’homme fait union avec la machine » : les salles de sport. Là-bas, il s’est entretenu avec celles et ceux qui s’adonnent régulièrement à une activité physique et a, quant à lui, cherché à relever un « défi formel et plastique » à l’aide de son boîtier. Enfin, Simon Bouillère est parti de l’ancêtre du football pour mettre exergue l’aspect populaire et fédérateur de cette discipline.

Cette première étape s’achève sur la boutique généreuse de l’association Photo4Food qui, pour reprendre les mots de Virginie Goy, sa cofondatrice, s’engage à « mettre l’art au service des autres ». À cet effet, elle propose 24 tirages à la vente, signés Daniel Blaufuks, Adrien Boyer, Amélie Chassary et Marilia Destot, tous produits par Initial Labo et non numérotés. Chacun coûte 200 € et l’intégralité des bénéfices sera reversée à la Croix Rouge. Les quatre artistes exposent leurs œuvres au Point de vue. Le premier s’est livré à « une explosion de son journal », fait de portraits, de collages et d’écritures. Le deuxième retranscrit « l’expérience de vivre près de la mer » dans des images évoquant l’absence de limites et traduisant un « sentiment de bascule intérieure ». La troisième présente une œuvre délicate autour de la dentelle quand la dernière déchire ses propres clichés du littoral pour recréer des paysages imaginaires. Au rythme des vagues, l’intime se déconstruit et se recompose ainsi selon les regards, suggérant les différentes réalités qui se cachent derrière ce mot.

Photographie en noir et blanc, l'ombre du bas d'un visage apparaît en haut de l'image, tandis qu'une figure géométrique triangulaire se situe en desssous.
© Renato d’Agostin / Planches Contact Festival
Gros plan sur le buste d'une femme portant une robe blanche ornée d'un nœud noir sur le décolleté et un sautoir de perles
© Julien Magre / Planches Contact Festival
Collage du littoral normand
© Marilia Destot / Planches Contact Festival
À lire aussi
Planches Contact change de cap
© Lin Zhipeng (alias n°223), Ce qui s’insinue dans les silences, Planches Contact Festival.
Planches Contact change de cap
Du 18 octobre 2025 au 4 janvier 2026, Planches Contact Festival revient à Deauville pour sa 16e édition. Ces derniers mois, les…
16 octobre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Planches Contact 2024 : redécouvrir les singularités de la Normandie
© Bettina Pittaluga
Planches Contact 2024 : redécouvrir les singularités de la Normandie
Jusqu’au 5 janvier 2025, Deauville accueille le festival Planches Contact pour sa 15e édition. Comme à l’accoutumée, les photographes en…
06 novembre 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
Les coups de cœur #581 : Angèle Antonot et Selma Beaufils
© Selma Beaufils
Les coups de cœur #581 : Angèle Antonot et Selma Beaufils
Selma Beaufils et Angèle Antonot, nos coups de cœur de cette semaine, s’inspirent de l’aspect cinématographique du quotidien. Toutes deux...
27 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les images de la semaine du 20 avril 2026 : décomposer pour redécouvrir
© Helena Almeida sans titre, 1975 Fundació Foto Colectania.
Les images de la semaine du 20 avril 2026 : décomposer pour redécouvrir
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, nous décomposons les images pour découvrir les processus créatifs qui se cachent derrière ce que...
26 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Diseños habitados au Château d'Eau : dans le dessin, le dessein
© Helena Almeida sans titre, 2001 Fundació Foto Colectania.
Diseños habitados au Château d’Eau : dans le dessin, le dessein
Jusqu’au 23 août 2026, la Tour du Château d'Eau accueille Diseños habitados, une exposition en collaboration avec le Fundació Foto...
24 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les coups de cœur #580 :  Lili Leboch et Adèle Berthelin
© Adèle Berthelin
Les coups de cœur #580 : Lili Leboch et Adèle Berthelin
Cette semaine, Lili Leboch et Adèle Berthelin, nos coups de cœur, révèlent ce qui gravite autour d'elles, ou ce qui vit aux marges....
20 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les images de la semaine du 4 mai 2026 : en immersion !
Missingu, œuvre évolutive. 50 à 450 tirages 25 × 20 cm sur papier washi kozo 1 g. Structures suspendues, exposition NÉO-ANALOG. © Laurent Lafolie
Les images de la semaine du 4 mai 2026 : en immersion !
C’est l’heure du récap ! Alors que les pellicules de nos smartphones se remplissent chaque jour d’innombrables images, les artistes de la...
Il y a 10 heures   •  
Écrit par Esther Baudoin
Art et Patrimoine en Perche 2026 dévoile un parcours peuplé de légendes
Strange Place for Sunrise #04 © Dana Cojbuc
Art et Patrimoine en Perche 2026 dévoile un parcours peuplé de légendes
Le parcours Art et Patrimoine en Perche revient pour une 7e édition. Jusqu’au 14 juin 2026, quinze lieux d’exception présentent des...
08 mai 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Laurent Lafolie : la matière et le désir
BLANK, œuvres uniques. 15 images 180 × 225 cm, gravure laser sur carton gris recyclé. © Laurent Lafolie
Laurent Lafolie : la matière et le désir
Artiste auteur, maître tireur et enseignant, Laurent Lafolie explore les limites de la matérialité photographique. Dans son atelier, il...
07 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
La sélection Instagram #555 : manifestons !
© satch3l__ / Instagram
La sélection Instagram #555 : manifestons !
Ce jeudi 1er mai, manifestants et manifestantes élevaient leur voix pour revendiquer leurs droits en cette fête des travailleur·euses....
05 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin