« Il y a un mal silencieux qui parcourt notre époque, plus discret qu’une guerre, plus pernicieux qu’une crise. C’est celui de ne plus savoir qui l’on est. Pas au sens national, ni partisan, ces colères qui font la une des journaux et le malheur des urnes. Non, dans un sens plus intime, plus secret, presque mystique. Le sol se dérobe sous nos pas, les généalogies s’effacent, les langues s’oublient, les territoires se reconfigurent. L’identité, longtemps tenue pour un socle, s’est mise en mouvement », écrit Benoît Baume, fondateur du magazine, dans son édito. Au cœur de Fisheye #76, disponible en kiosque à compter de ce jour, la question de l’identité est omniprésente. Elle se révèle multiple et se décline selon différentes approches. Elle prend parfois le passé pour preuve, sonde la mémoire et les voix qui la portent afin d’esquisser une cartographie du réel. « Ce numéro célèbre les translations comme celle du philosophe Georges Didi-Huberman qui publiait, en 2009, Survivance des lucioles, un petit livre lumineux où il répondait à Pasolini. Dans une époque obscure, écrivait-il, il ne faut pas chercher les grands phares idéologiques, mais les lucioles, ces lueurs minuscules, vacillantes, têtues. C’est exactement ce que les auteurs de ce #76 nous offrent. Non plus des certitudes, mais des éclats. Non plus des cartes, mais des constellations. Quand les identités se brouillent et que les sols se dérobent, ce sont peut-être les images qui demeurent nos derniers rituels », suggère Benoît Baume.
Comme à l’accoutumée, nous avons relevé une dizaine d’événements à découvrir partout en France. Parmi eux se comptent la rétrospective dédiée à Lee Miller au musée d’Art moderne de Paris, les Rencontres de la jeune photographie internationale de Niort, les 7 à 9 de Chanel au Jeu de Paume ou encore Slide Show / Projections et art contemporain en Chine au Frac Grand Large, à Dunkerque. Nos portfolios s’articulent autour de la pluralité des identités. Margarita Galandina, Manbo Key et Jorge Panchoaga plongent ainsi dans l’histoire, qu’elle soit familiale ou s’étende à d’autres cercles. Stephan Gladieu et Natalya Saprunova font, quant à eux, le portrait de communautés spécifiques. Notre dossier s’intéresse à une forme de justice narrative, à une nouvelle génération d’artistes qui « redéfinit la pratique du regard ». Notre partie consacrée aux écrans montre comment certains entendent jouer avec les algorithmes pour mieux déjouer la machine quand celle autour de l’actualité des livres photo interroge des territoires meurtris.