

Dans les images de Robbie Lawrence, les motos filent à une allure hors du commun, parfois fatale. Et c’est justement ce lien étrange avec la mort qui interroge le photographe dans cette course sur l’île de Man. Ici, il est venu pour comprendre, capter, même si tout va trop vite, ce qui fixe cette volonté d’aller encore plus loin, plus vite. L’article, écrit par Thomas Andrei, est à découvrir dans son intégralité sur le Fisheye#75.
Quand une moto file à 320 km/h, l’œil humain voit peu de choses. « Il n’a pas le temps de comprendre ce qu’il se passe, appuie Robbie Lawrence. Comme si ça explosait hors du cadre. » C’est pourtant ce spectacle furtif qui attire, chaque printemps, plus de 40 000 spectateur·rices sur l’île de Man, caillou de la mer d’Irlande transformé pour deux semaines par le Tourist Trophy, course motocycliste durant laquelle des cavaliers modernes se déversent à toute vitesse dans un parcours rugueux cousu de 219 virages. Le photographe Robbie Lawrence s’y est rendu en 2023. « Cela fait un moment que je m’intéresse aux limitations techniques de la photographie, enchaîne-t-il. À la façon d’évoquer un mouvement, d’évoquer la vitesse en utilisant un appareil photo. Ce travail reflète de nombreuses idées techniques développées ces cinq dernières années. » Le résultat ? Une sorte de mook [contraction de magazine et de book, ndlr] intitulé MANN, qui dépeint la double réalité de l’île. Des portraits aux nuances chaudes, presque fauvistes, des photos d’engins aux pigments saturés entrent en collision avec des clichés en noir et blanc, des paysages d’un autre temps.
Une viscérale clarté
Les lois de la physique font que maintes photos de MANN sont floues, réduites à l’état de confuses explosions de couleurs. « Sur certaines images, l’idée est d’accepter que cette chose que tu essaies de capturer va trop vite. Mais, parfois, tu peux voir cette chose avec une clarté viscérale. » Robbie Lawrence pense à un cliché en particulier. Au premier plan, deux hommes couchés dans l’herbe ont retiré leur haut pour dormir dans le vacarme. À gauche survient un coureur, courbé sur sa monture d’acier. La scène paraît paisible. Une ado contemple la bécane comme si elle observait un mouton. « En fait, cette famille est très près de l’action, révèle l’artiste. C’est une route très dangereuse et la moto roule à une vitesse folle. »
Transformer ce rush assourdissant en une peinture bucolique, comparée par Robbie Lawrence à une œuvre d’Édouard Manet, a demandé 1h30. « Techniquement, c’était très difficile. Je voulais que la moto ait l’air d’être assise avec cette famille. » Même sur un écran, l’image paraît tangible. Comme si on pouvait caresser l’herbe, toucher les cheveux. « Depuis des années, je m’échine à développer un sentiment de profondeur, raconte l’artiste. Je photographie avec une profondeur de champ assez faible, même pour un paysage plutôt vaste. Ensuite, je cherche un point de netteté dans le cadre, comme quelqu’un qui se trouve au premier plan, couvrant une partie du reste de l’image. Je monte également des objectifs moyen format sur le boîtier numérique lui-même. »
L’article est à lire en intégralité dans le numéro 75 de Fisheye.



C’est en 1988, à Édimbourg, qu’est né Robbie Lawrence. De parents scientifiques, il a toujours été encouragé à épouser ses passions. Une bourse en poche, Robbie Lawrence, à peine sorti du lycée, part donc d’abord peindre à New York. Dans la ville de Diane Arbus, il tombe par hasard sur un cours de photo. Intrigué, il commence à arpenter, appareil dans les mains, les champs enneigés du nord de l’État de New York. De retour en Écosse, il étudie la littérature à l’université de St Andrews avant de s’orienter vers le journalisme. Il obtient un stage dans les bureaux du International Herald Tribune, à Paris. « J’ai été affecté au service photo, narre-t-il. Je m’occupais de la rubrique économique, je cherchais des moyens visuels intéressants pour parler de sujets tels que le Parlement européen. Ce fut une excellente formation. »