
Nos coups de cœur de la semaine, Alban Lécuyer et Leila Basma, photographient le paysage et les différentes manières de l’habiter. Alliant regard documentaire et expérience personnelle, leurs images racontent l’empreinte de ces territoires sur leurs imaginaires.
Alban Lécuyer
Photographe passé par le journalisme, Alban Lécuyer se sert de la photographie pour mettre en lumière les réalités d’autres horizons. « Mon père avait offert un appareil compact à ma mère, qui n’avait aucune intention de s’en servir, donc je me le suis rapidement accaparé pour pouvoir conserver une trace de mes insomnies d’adolescence. » Désormais, l’image lui permet de dépeindre les réalités d’ailleurs, dans une démarche à la croisée du documentaire et du rêve. Le paysage devient le décor de celles et ceux qui l’habitent. « C’est un moyen pour moi de me projeter dans des lieux auxquels je n’appartiens pas mais qui, une fois capturés, me deviennent étrangement familiers et enrichissent ma mémoire géographique. » Les images ci-dessous sont issues d’un projet intitulé Puissions-nous vivre pour toujours dans la lumière du jour. Sur l’île de Lanyu, au sud-est de Taïwan, le photographe a découvert l’existence d’un site de stockage de déchets radioactifs, aménagé à l’insu de la tribu aborigène Tao, qui peuple majoritairement l’île. S’inspirant de la mythologie Tao et de la figure des Anito, des démons qui régissent les interactions sociales entre les habitant·es de l’île et la nature, le photographe souhaite « proposer une réflexion sur les injustices environnementales structurelles et sur la perte du sentiment d’appartenance à un lieu ». À titre d’illustration, cette image de poisson-volant, métaphore des non-humains les plus respectés dans la culture Tao, que le photographe altère volontairement par des débris de verre à l’uranium.





Leila Basma
Réalisatrice et photographe, Leila Basma nous propose des images qui traitent de l’identité, de la jeunesse ou encore de l’expérience de la féminité. Originaire de Tyr, au Liban, elle vit aujourd’hui entre Beyrouth et Prague. L’année 2006 est marquante dans sa relation à la photographie. Du haut de ses onze ans, alors que la guerre entre le Liban et Israël vient de débuter, elle capture l’impact des bombardements et la fuite de sa famille à travers le pays. « J’ai réalisé à quel point la photographie peut imprimer des souvenirs ou des traumatismes que le cerveau ne parvient pas à enregistrer sur le coup. » Dans ses images, c’est avant tout son œil de réalisatrice qui parle. Très attachée à représenter la mer, la photographe accorde une place de choix à la couleur et aux mouvements. « Je pense que chaque couleur raconte une histoire, traduit une émotion ; elle devient presque un personnage à part entière dans le cadre. » En parallèle, le mouvement est une transition qui contraste avec l’immobilité de l’image. Le travail de Leila Basma conjugue la géographie des territoires et la manière dont les humains les peuplent. À ce titre, sa ville natale, Tyr, l’inspire par ses contradictions et les paradoxes qu’elle abrite dans un même espace. Religions, mentalités et modes de vies éclectiques s’y mêlent. « Tout se côtoie en un seul endroit. C’est cette complexité humaine et géographique que j’essaie de dépeindre dans mon travail. »




