
En juillet dernier, dans la cour de l’Archevêché, Fisheye et SanDisk ont imaginé un nouveau format de rencontre photographique. À mi-chemin entre la performance et l’exposition participative, les conversations photographiques ont invité six photographes à construire, en direct et avec le public, trois récits visuels uniques. Retour sur cette première édition où les archives sont devenues un terrain de jeu collectif.
Comment raconter une histoire à partir de milliers d’images déjà réalisées ? C’est tout le pari des conversations photographiques SanDisk par Fisheye, imaginées lors des Rencontres d’Arles. Pendant une heure, deux photographes se sont répondu image après image, en fouillant dans leurs archives stockées sur leurs SSD SanDisk. À chaque nouvelle photographie projetée, le public était invité à proposer un mot-clé inspiré par l’image. Ce mot devenait alors la consigne du second photographe, chargé de trouver, en quelques minutes seulement, la photographie suivante. Une mécanique simple, mais redoutablement efficace, où intuition, mémoire visuelle et spontanéité ont donné naissance à trois séries impossibles à anticiper. Entre résonances esthétiques, échos thématiques et rencontres inattendues, chaque conversation a révélé une nouvelle manière de parcourir une œuvre photographique.
Tina Massumi et Kamila K. Stanley : un récit entre exil, liberté et appartenances
Pour ouvrir cette première conversation, Tina Massumi lance le mot « Méditerranée ». Très vite, les images convoquent des portraits et des instants suspendus. Les photographies de Tina Massumi, nourries par les notions d’exil et de communauté, rencontrent naturellement celles de Kamila K. Stanley, dont le travail interroge les identités contemporaines et les cultures sous-représentées. Au fil des propositions du public – insouciance, contraste, liberté – la narration glisse des corps aux paysages, des scènes intimes aux portraits affirmés. Malgré leurs écritures très différentes, les deux photographes composent un récit où les individus occupent le premier plan. Une conversation sensible autour de l’identité, des liens qui unissent les êtres et des multiples façons d’habiter le monde.




Emma Ledoyen et Lola Cacciarella : l’art de relier l’intime au paysage
Le lendemain, Emma Ledoyen ouvre la discussion avec le mot « Identité ». La conversation emprunte rapidement une voie plus introspective. Portraits du quotidien, objets, paysages, souvenirs d’enfance ou fragments de voyage s’enchaînent avec une étonnante fluidité. Les mots proposés par le public – nature morte, douceur, filiation, passage, mouvement, bascule – dessinent progressivement une narration sensible où chaque image semble prolonger la précédente sans jamais l’illustrer. L’approche narrative d’Emma Ledoyen dialogue avec les photographies instinctives et lumineuses de Lola Cacciarella. Ensemble, elles construisent une série délicate, où l’identité se raconte autant à travers les êtres que les lieux, les matières ou les détails du quotidien.




Matthieu Quatravaux et Andrea Venturini : des architectures aux présences humaines
Pour cette dernière session, Matthieu Quatravaux donne le ton avec le mot « Territoire ». Les premières images installent un dialogue entre espaces urbains, architectures et scènes de rue, avant de laisser entrer des portraits, des paysages nocturnes ou encore des détails graphiques. Guidés par les propositions du public – pattern, rouge, energie, architecture – Andrea Venturini et Matthieu Quatravaux déplacent constamment le regard. Les lignes géométriques répondent aux foules, les bâtiments aux visages, les couleurs deviennent des passerelles entre deux univers photographiques pourtant distincts. D’une rive à l’autre, d’une ville à un bord de mer, la série dessine un territoire vivant, fait autant de lieux que de celles et ceux qui les habitent.
Avec cette première édition, les conversations photographiques SanDisk par Fisheye ont démontré qu’une archive n’est jamais figée. Réactivées en direct, nourries par les associations d’idées du public et les intuitions des photographes, elles deviennent la matière première d’un récit collectif où chaque image ouvre une nouvelle possibilité. Un format participatif qui a transformé, le temps de trois rencontres arlésiennes, les spectateur·ices en véritables co-auteur·ices des séries.



