À Arles, les conversations photographiques Sandisk donnent vie aux archives

05 août 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
À Arles, les conversations photographiques Sandisk donnent vie aux archives
© Lola Cacciarella
© Kamila K. Stanley

En juillet dernier, dans la cour de l’Archevêché, Fisheye et Sandisk ont imaginé un nouveau format de rencontre photographique. À mi-chemin entre la performance et l’exposition participative, les conversations photographiques ont invité six photographes à construire, en direct et avec le public, trois récits visuels uniques. Retour sur cette première édition où les archives sont devenues un terrain de jeu collectif.

Comment raconter une histoire à partir de milliers d’images déjà réalisées ? C’est tout le pari des conversations photographiques Sandisk par Fisheye, imaginées lors des Rencontres d’Arles. Pendant une heure, deux photographes se sont répondu image après image, en fouillant dans leurs archives stockées sur leurs SSD Sandisk. À chaque nouvelle photographie projetée, le public était invité à proposer un mot-clé inspiré par l’image. Ce mot devenait alors la consigne du second photographe, chargé de trouver, en quelques minutes seulement, la photographie suivante. Une mécanique simple, mais redoutablement efficace, où intuition, mémoire visuelle et spontanéité ont donné naissance à trois séries impossibles à anticiper. Entre résonances esthétiques, échos thématiques et rencontres inattendues, chaque conversation a révélé une nouvelle manière de parcourir une œuvre photographique.

Tina Massumi et Kamila K. Stanley : un récit entre exil, liberté et appartenances

Pour ouvrir cette première conversation, Tina Massumi lance le mot « Méditerranée ». Très vite, les images convoquent des portraits et des instants suspendus. Les photographies de Tina Massumi, nourries par les notions d’exil et de communauté, rencontrent naturellement celles de Kamila K. Stanley, dont le travail interroge les identités contemporaines et les cultures sous-représentées. Au fil des propositions du public – insouciance, contraste, liberté – la narration glisse des corps aux paysages, des scènes intimes aux portraits affirmés. Malgré leurs écritures très différentes, les deux photographes composent un récit où les individus occupent le premier plan. Une conversation sensible autour de l’identité, des liens qui unissent les êtres et des multiples façons d’habiter le monde.

© Tina Massumi
© Kamila K. Stanley
© Tina Massumi
© Emma Ledoyen

Emma Ledoyen et Lola Cacciarella : l’art de relier l’intime au paysage

Le lendemain, Emma Ledoyen ouvre la discussion avec le mot « Identité ». La conversation emprunte rapidement une voie plus introspective. Portraits du quotidien, objets, paysages, souvenirs d’enfance ou fragments de voyage s’enchaînent avec une étonnante fluidité. Les mots proposés par le public – nature morte, douceur, filiation, passage, mouvement, bascule – dessinent progressivement une narration sensible où chaque image semble prolonger la précédente sans jamais l’illustrer. L’approche narrative d’Emma Ledoyen dialogue avec les photographies instinctives et lumineuses de Lola Cacciarella. Ensemble, elles construisent une série délicate, où l’identité se raconte autant à travers les êtres que les lieux, les matières ou les détails du quotidien. 

© Lola Cacciarella
© Emma Ledoyen
© Lola Cacciarella
© Andrea Venturini

Matthieu Quatravaux et Andrea Venturini : des architectures aux présences humaines

Pour cette dernière session, Matthieu Quatravaux donne le ton avec le mot « Territoire ». Les premières images installent un dialogue entre espaces urbains, architectures et scènes de rue, avant de laisser entrer des portraits, des paysages nocturnes ou encore des détails graphiques. Guidés par les propositions du public – pattern, rouge, energie, architecture – Andrea Venturini et Matthieu Quatravaux déplacent constamment le regard. Les lignes géométriques répondent aux foules, les bâtiments aux visages, les couleurs deviennent des passerelles entre deux univers photographiques pourtant distincts. D’une rive à l’autre, d’une ville à un bord de mer, la série dessine un territoire vivant, fait autant de lieux que de celles et ceux qui les habitent.

Avec cette première édition, les conversations photographiques Sandisk par Fisheye ont démontré qu’une archive n’est jamais figée. Réactivées en direct, nourries par les associations d’idées du public et les intuitions des photographes, elles deviennent la matière première d’un récit collectif où chaque image ouvre une nouvelle possibilité. Un format participatif qui a transformé, le temps de trois rencontres arlésiennes, les spectateur·ices en véritables co-auteur·ices des séries.

© Matthieu Quatravaux
© Matthieu Quatravaux
© Andrea Venturini
À lire aussi
Rencontres d'Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
Dana Steichen, M. Steichen est surpris par Mme Steichen en train de croiser un delphinium blanc avec un delphinium violet foncé afin d’augmenter la taille des fleurs de la variété blanche, Umpawaug Farm, Connecticut, États-Unis, 1938 Collection Spuerkeess. © 2026 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York.
Rencontres d’Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
La semaine d’ouverture vient de se clôturer, mais le festival, quant à lui, sera bien présent tout l’été, et ce, jusqu’au 4 octobre…
13 juillet 2026   •  
Bottes de cowboy, garrigue sauvage et Vivienne Westwood : le portrait chinois de Kamila K Stanley
© Kamila K Stanley
Bottes de cowboy, garrigue sauvage et Vivienne Westwood : le portrait chinois de Kamila K Stanley
Avec un brin de poésie, Kamila K Stanley se dévoile avec sincérité à travers des images imprégnées de soleil et d’espoir. 
29 juin 2023   •  
Écrit par Cassandre Thomas

Explorez
Paris Photo a dévoilé le programme de son édition 2026 !
© AFP (Agence France-Presse), Michel Morgan, Paris, France, 9 octobre 1946, 1946, Fisheye Gallery
Paris Photo a dévoilé le programme de son édition 2026 !
La 29e édition de Paris Photo se tiendra au Grand Palais du 12 au 15 novembre 2026. À cette occasion, les œuvres de 1260 artistes...
Il y a 5 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Premières fois / premières photos : l'histoire de la photographie à travers les nouveautés
Extrait de Holding the Camera (2015–2019) © Alberto Vieceli
Premières fois / premières photos : l’histoire de la photographie à travers les nouveautés
Au Pavillon Populaire, à Montpellier, Premières fois / premières photos retrace l'histoire du 8e art au travers des nouveautés, qu'elles...
Il y a 7 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Justine Emard : aux origines de l’image et des mondes rêvés
© Quentin Chevrier
Justine Emard : aux origines de l’image et des mondes rêvés
De la grotte Chauvet aux rêves d’un astronaute, Justine Emard remonte le fil des images dans Rêves premiers, au Lieu Unique, à Nantes....
04 septembre 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Bicentenaire : 200 ans de photographie et un hors-série pour s’y promener
Couverture du hors-série 200 ans. Front, 2001, Polaroid 20 × 24 pouces William Wegman, 1943. Artiste et photographe américain. © Courtesy of William Wegman et Galerie GP&N Vallois, Paris
Bicentenaire : 200 ans de photographie et un hors-série pour s’y promener
Deux cents ans d’histoire, treize mois de célébration, 224 pages. Pour fêter le Bicentenaire de la Photographie, Fisheye et le ministère...
02 septembre 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Paris Photo a dévoilé le programme de son édition 2026 !
© AFP (Agence France-Presse), Michel Morgan, Paris, France, 9 octobre 1946, 1946, Fisheye Gallery
Paris Photo a dévoilé le programme de son édition 2026 !
La 29e édition de Paris Photo se tiendra au Grand Palais du 12 au 15 novembre 2026. À cette occasion, les œuvres de 1260 artistes...
Il y a 5 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Premières fois / premières photos : l'histoire de la photographie à travers les nouveautés
Extrait de Holding the Camera (2015–2019) © Alberto Vieceli
Premières fois / premières photos : l’histoire de la photographie à travers les nouveautés
Au Pavillon Populaire, à Montpellier, Premières fois / premières photos retrace l'histoire du 8e art au travers des nouveautés, qu'elles...
Il y a 7 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Lueurs Fauves : l’écosystème sensible d’Eve Campestrini
© Eve Campestrini
Lueurs Fauves : l’écosystème sensible d’Eve Campestrini
C’est au cœur de la vallée occupée par le Groupe Agricole d’Exploitation Collective (GAEC) de Montlahuc qu’Eve Campestrini compose Lueurs...
08 septembre 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Dans ma chair, un pays : Nathyfa Michel réinvente le « chez soi »
© Nathyfa Michel
Dans ma chair, un pays : Nathyfa Michel réinvente le « chez soi »
Développé à Regina, village de Guyane, Dans ma chair, un pays est le fruit d’une exploration de l’artiste visuelle Nathyfa Michel. Une...
07 septembre 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas