
Entre tableaux vivants et bribes documentaires, la photographe française Marine Billet compose, avec Reliées, une traversée sensible de la jeunesse féminine d’aujourd’hui. En suivant cinq jeunes femmes rencontrées lors d’un casting sauvage, elle interroge ce qui se joue dans cet âge suspendu où l’on construit son identité au contact des autres. Une série habitée par la sororité, les souvenirs et ce besoin de créer du lien dans une époque saturée d’écrans.
Une salle de bain où trônent des mascaras et des fers à friser, des chambres encombrées d’objets familiers, des gestes du quotidien qui deviennent cérémoniels… Dans les images de Reliées les souvenirs se mêlent aux rêves éveillés. Les corps se rapprochent, se frôlent, se soutiennent. Ces scènes s’observent comme si on entrouvait la porte d’un passé encore vivant. Marine Billet y capture l’adolescence et le début de l’âge adulte de la Gen Z tel un territoire flottant où cohabitent l’affirmation de soi et la solitude. « Juste avant de réaliser ce projet, je suis partie à Florence et j’ai redécouvert les tableaux florentins, ces grandes compositions dans lesquelles le regard se promène et peut s’attarder sur plein de détails », se souvient-elle. Nourrie par les œuvres de Sandro Botticelli, la photographe compose ses clichés comme des tableaux habités. Mais derrière cet aspect pictural demeure une volonté de préserver la spontanéité et l’impression du réel. Cette parfaite harmonie puise sa genèse dans ses deux pratiques du médium : l’une issue de la publicité et de la beauté, l’autre du documentaire.



Portrait d’une jeunesse sensible
Très vite, le projet dépasse la simple observation esthétique. Au fil des échanges avec les jeunes femmes photographiées – Célia, Amaya, Exaucé, Luna et Amina – Marine Billet se confronte à sa propre génération, les millenials. « La première chose qui me vient à l’esprit, c’est que c’est la première fois que je ressens un écart générationnel avec de jeunes adultes plus jeunes que moi », confie-t-elle. Cet écart devient ainsi un terrain de réflexion. Que reste-t-il des longues journées d’ennui vécues loin des téléphones portables ? Comment se construisent aujourd’hui les relations amicales ? « La première question que je me suis posée en écrivant ce projet, c’était : “Qu’est-ce qu’iels font quand iels s’ennuient ?” », raconte la photographe. Derrière cette interrogation se niche une certaine nostalgie sans jamais pour autant émettre de jugement. Au contraire, Reliées révèle une jeunesse lucide, attentive à sa santé mentale, cherchant de nouveaux refuges dans les activités manuelles ou les amitiés choisies. « Peut-être que je les trouve même plus assurées que je ne l’étais avec mes amies. Plus “boss lady”. »
Les modèles ne se connaissaient pas avant le projet, pourtant une intimité s’est construite au fil des mois. Un groupe WhatsApp, des questionnaires, des confidences sur leur chambre, leurs peurs, leurs habitudes. Puis enfin le tournage, pensé comme un espace de confiance. « Dans ce besoin de relier, il y a aussi une notion de sororité que je trouve très forte. Mon équipe était composée à 90 % de femmes, et c’était volontaire », note Marine Billet. Cette énergie collective traverse les images avec douceur. Elle apparaît particulièrement dans le cliché préféré de l’artiste, celle des cinq jeunes femmes réunies dans une salle de bain. « J’ai presque l’impression d’être la petite sœur qui vient d’ouvrir la porte pour regarder les amies de sa grande sœur se préparer, et d’être complètement impressionnée par leur beauté et leur force », conclut la photographe.





