Loi anti-LGBTQIA+ au Ghana : Clara Watt et les collages d’une résistance

09 juin 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Loi anti-LGBTQIA+ au Ghana : Clara Watt et les collages d’une résistance
© Clara Watt
Silhouette découpée dans un champ
© Clara Watt

Par le collage, Clara Watt fait de The Promotion of Proper Human Sexual Rights and Family Values un manifeste militant et poétique, en protestation à la loi anti-LGBTQIA+ passée en 2024 au Ghana.  

« Mon parcours est atypique : j’ai d’abord étudié le développement international et l’humanitaire. Des disciplines qui constituent aujourd’hui le socle théorique et contextuel des histoires que je me passionne à communiquer à travers la photographie », confie Clara Watt. Fascinée par les thématiques autour de l’identité, de la culture et de la justice sociale, l’artiste sénégalo-canadienne n’a de cesse d’imaginer des formes visuelles repoussant les limites du portrait pour mieux souligner un besoin d’émancipation. Cherchant toujours à créer à partir d’une rencontre, elle écoute, échange avant de concevoir l’image, qu’elle façonne souvent au moyen format. « La lenteur du processus instaure une intimité que je recherche dans mes collaborations », précise-t-elle. À ces prises de vue s’ajoutent souvent des superpositions – des fragments de textes, par exemple, venant affirmer les personnes qu’elle représente, comme une manière de souder leur parole aux contours de leurs traits. 

Silhouette découpée devant une arche
© Clara Watt
Silhouette de dos avec le drapeau LGBTQIA+ sur le dos
© Clara Watt
Silhouette découpée sur la plage
© Clara Watt

Cacher par nécessité éthique

Une recherche esthétique sensible et engagée qu’elle développe notamment dans The Promotion of Proper Human Sexual Rights and Family Values – nommée ainsi en écho au projet de loi ghanéen anti-LGBTQIA+. « À l’origine, le projet était un ensemble de portraits fiers, avec les noms et traits visibles. Mais, en 2024, quand le parlement a voté en faveur de la loi, tous·tes m’ont demandé de retirer leur visage des plateformes, par crainte de persécutions. C’est là qu’est née la deuxième forme de cette série », se souvient Clara Watt. Un recours au collage, perçu non comme un choix esthétique, mais comme une « nécessité éthique ». Dans les images, les corps disparaissent, espaces vacants remplis par des extraits du texte. Leurs titres, quant à eux, effacent toute identité pour ne garder que les numéros de provision. Pourtant, les phrases, prisonnières des silhouettes, demeurent coupées, censurées, illisibles. Une manière pour l’artiste d’affirmer sa position. « C’est à la fois une façon de refléter la confusion et la violence qu’elle impose et de ne pas donner davantage de visibilité à une rhétorique haineuse, déclare-t-elle. Ce qui compte, ce n’est pas le contenu précis des provisions, mais leur présence oppressante, leur poids sur les corps et les visages et celles et ceux qu’elles visent. » 

Refuser de se laisser dominer 

En filigrane, par-delà ces collages, Clara Watt interroge, tout en délicatesse, « la visibilité et ses dangers, la tension entre témoignage et protection, la responsabilité du·de la photographe envers ses sujets ». Terriblement poétique, la série nous montre la discrimination étouffante accolée à des corps qui, eux, refusent de se laisser dominer. Debout, détendus, enlacés, ils se devinent, sous la brutalité des mots qui les rongent, ils existent, malgré le choc, malgré la violence, comme un rappel à l’humain derrière la haine, « l’humain ordinaire et extraordinaire à la fois, courageux, créatif, vivant » dont l’autrice parvient, même au travers de simples silhouettes, à amplifier la voix. 

Silhouette découpée près d'un bâtiment rose
© Clara Watt
Silhouette découpée sur la plage
© Clara Watt
Silhouette découpée sur la plage
© Clara Watt
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