
Ce mercredi 10 juin, la Maison européenne de la photographie a inauguré ses quatre expositions de la saison estivale 2026. Parmi elles se comptent Infractuosité de Winnie Mo Rielly, installée au Studio jusqu’au 12 juillet, et une rétrospective de Camille Vivier, à découvrir dans les galeries jusqu’au 13 septembre. Toutes deux ont en commun de bousculer les représentations du corps féminin.
L’arrivée de l’été est bien souvent synonyme de temps libre, de journées de repos passées dans la fraîcheur des musées à découvrir les nouvelles expositions de la saison. À la MEP, elles sont quatre à pouvoir remplir nos agendas culturels. Il y a tout d’abord La Photographie en toutes lettres, présenté dans les galeries, qui prend tout son sens à l’aube du bicentenaire de la photographie. Il s’agit d’ailleurs du premier événement labellisé à cette occasion par le ministère de la Culture à être ouvert au public. A comme adolescence, B comme Bourgogne, C comme conte… Sur les murs, l’alphabet se décline tel un poème, créant des thématiques atypiques telles que « L’adolescence en Bourgogne est un conte de fées ». À travers un parcours ludique, porté par cet abécédaire, l’exposition « rend compte de l’éclectisme de la collection d’entreprise Neuflize OBC et des collections de la MEP », explique la commissaire Clothilde Morette. L’objectif est de rapprocher certaines œuvres afin d’en proposer différentes lectures. Si l’idée de créer un dialogue est ici évidente, un autre s’ouvre en creux entre Infractuosité, de Winnie Mo Rielly, dévoilé au Studio, et la rétrospective de Camille Vivier, au dernier étage. Chacune à sa façon interroge, par sa pratique, les représentations du corps féminin.



Une inquiétante étrangeté
Dans l’intimité du Studio, Winnie Mo Rielly signe sa première exposition personnelle. Pourvu d’une moquette gris foncé, l’espace est occupé par une installation fragmentée, marquée par une répétition qui s’achève sur une perte de repères. Photographie et sculpture se conjuguent pour aboutir sur des portes suspendues, des poignées figées au mur ou des radiateurs enrobés de cire. Il y a du bois, du métal et du cuir. « J’ai une pratique qui détourne la photographie et le regard », observe l’artiste en souriant. Il s’agit, tout compte fait, de matières premières du quotidien qui, dans l’exiguïté d’un logement, fusionnent avec la peau et étayent la question que soulève Infractuosité : comment habiter son propre corps ? « L’image ne représente plus le monde : elle en devient la chair. Sous les matières tendues, des squelettes en suspens laissent deviner une anatomie intérieure. Par un jeu d’inversion, ce qui semblait surface cède la place à la profondeur », souligne la curatrice et écrivaine Tiffany Dornoy Rezaei en introduction du projet. Les formes organiques font ainsi apparaître les courbes d’un corps qui refuse d’être contenu et manifeste sa présence en façonnant son environnement.
Au dernier étage, Camille Vivier confronte également le corps vivant à des objets inanimés aux contours parfois anthropomorphes. Cette tension provoque tout autant un sentiment d’inconfort. En revanche, l’ambiance est moins brute, elle est tamisée. L’approche est différente. Dans le premier espace, nous retrouvons des femmes nues et des bougies qui ont pris leur forme. À l’ensemble s’ajoutent une cerise, un cheval et même un serpent qui s’imposent comme des représentations allégoriques. Nous sommes plongés dans un monde déstabilisant, fait de sensualité, de présences troublantes et d’échos visuels inattendus, le tout dans une esthétique travaillée. Au fil des salles se succèdent des séries de portraits. L’une a été réalisée dans la demeure peuplée d’éléments surnaturels de H.R. Giger, plasticien qui a notamment imaginé l’univers du film Alien de Ridley Scott, dans le but de « renverser les dynamiques proies/prédateurs ». Puis viennent des bodybuildeuses qui jouent avec les codes de l’imagerie publicitaire et remettent en question la conception de la beauté féminine. Plus loin, l’une d’elles pose dans le dernier appartement de Freud, qui a justement théorisé la notion d’inquiétante étrangeté qui traverse l’œuvre de Camille Vivier. En noir et blanc ou en couleur, ses compositions marquent ainsi l’esprit comme des images rémanentes. Comme celles de Winnie Mo Rielly, en faisant appel à l’inhabituel, elles invitent alors à repenser notre façon d’appréhender le corps féminin de manière pérenne.




