
Avec Come spirto in un’ampolla, Enzo Castellucci signe une série où l’isolement devient matière photographique. Récompensé par le prix Révélation SAIF x La Kabine 2026, le photographe italien livre un récit sensible sur les rêves abandonnés, la mémoire et les vies suspendues.
Parmi les rendez-vous qui comptent pendant la semaine d’ouverture des Rencontres d’Arles, le prix Révélation SAIF x La Kabine s’impose comme un véritable tremplin pour les jeunes photographes. Pour son édition 2026, le jury a distingué Enzo Castellucci et sa série Come spirto in un’ampolla, choisie parmi 352 candidatures internationales. Remis lors de La Nuit de l’Émergence, le prix récompense chaque année un projet encore peu diffusé dont l’écriture renouvelle les propositions photographiques contemporaines. Doté de 2 000 euros, le prix Révélation ne se limite pas à une aide financière. Les trente finalistes bénéficient d’une projection de leur travail pendant le Festival OFF Arles et d’une rémunération en droits d’auteur, avec, pour le·a lauréat·e, la perspective d’une exposition lors de l’édition suivante. Une manière d’accompagner concrètement les artistes émergent·es à un moment charnière de leur parcours.

Une enquête photographique sur les rêves inachevés
Avec Come spirto in un’ampolla – « Comme de l’alcool dans une fiole » – Enzo Castellucci construit un récit à la frontière du documentaire et de la fiction autobiographique. La série prend pour point de départ Alessandro, un homme qui s’est progressivement retiré du monde après avoir renoncé au projet de vie qu’il s’était imaginé : transformer des ruines qu’il avait acquises en un centre de bien-être. À partir de cette histoire singulière, le photographe compose une réflexion plus vaste sur les existences empêchées et les aspirations qui continuent de hanter celles et ceux qui les ont abandonnées. « Ce projet est né d’un besoin d’explorer plus en profondeur cette envie de disparaître. Comprendre son choix pouvait être un moyen d’approfondir cette démarche, qui me touche particulièrement en raison de l’isolement que j’ai moi-même choisi par le passé », écrit Enzo Castellucci. Loin d’un simple reportage, l’artiste mêle photographies contemporaines, archives et textes écrits par Alessandro. Les images se succèdent en laissant volontairement des zones d’ombre. Les paysages silencieux, les intérieurs désertés et les portraits empreints de retenue dessinent un récit où les spectateur·ices sont invité·es à combler les vides autant qu’à observer les traces.
Cette écriture fragmentaire fait toute la force du projet. Chaque photographie semble osciller entre présence et absence, entre ce qui demeure visible et ce qui s’efface avec le temps. Sans jamais céder au spectaculaire, Come spirto in un’ampolla interroge la manière dont les souvenirs, les regrets et les projections façonnent une identité. En récompensant cette série, le jury salue autant la qualité de son écriture photographique que la puissance de son dispositif narratif. Dans un paysage où la photographie documentaire cherche sans cesse de nouvelles formes, le travail d’Enzo Castellucci rappelle que les récits les plus universels naissent souvent des histoires les plus intimes. Une distinction qui confirme également la vocation du prix Révélation SAIF x La Kabine : mettre en lumière des auteur·ices dont les démarches promettent de marquer durablement la scène photographique contemporaine.