Cette semaine, Lorenzo Levi et Federico Pacini, tous deux originaires d’Italie, parcourent la ville, ses lieux parfois déserts et les visages de ses habitant·es, afin de révéler les histoires qui s’y cachent. Une escapade au cœur d’images qui en disent bien plus qu’elles ne laissent croire.
Lorenzo Levi
« La photographie est pour moi un moyen d’expression et un outil pour mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. C’est aussi mon métier, elle peut donc être exigeante, voire épuisante par moments », avoue Lorenzo Levi. Né et ayant grandi dans la Vallée d’Aoste, en Italie, Lorenzo Levi y est retourné pour, cette fois-ci, documenter son folklore. Comptant à peine 122 000 habitant·es, faisant d’elle la région la moins peuplée d’Italie, la Vallée d’Aoste est enclavée dans les montagnes. Ici, la relation entre la nature et l’homme est primordiale pour comprendre les rouages de ce territoire et les habitudes de celles et ceux qui y vivent. Dans A non Fairy Tale, Lorenzo Levi dresse ainsi un portrait des habitant·es, à travers un regard issu de l’intérieur. « Cette série ne prétend pas dresser un portrait objectif de la Vallée d’Aoste, mais propose plutôt une interprétation personnelle d’un lieu qui m’est profondément familier. Ce que je photographie ne correspond pas nécessairement à la réalité, mais plutôt à ma perception de celle-ci et à ce que je ressens à chaque fois que j’y reviens. » Prise dans un contexte de fêtes traditionnelles, la série traite aussi en creux d’un sujet tendu, celui de l’alcool, lubrifiant social, source d’ivresse et de dégâts. Au cœur des images, les solitudes s’agrègent, les paysages sont rocailleux et sculptent les villages autant que les visages, les façades d’hôtels sont désuètes et décrépies, les voitures sont cabossées et les portraits portent en eux le poids d’histoires anciennes. Dans l’ensemble, l’ambiance est lourde, presque dystopique. Pour autant, une envie étrange de découvrir la vallée et ses secrets se fait sentir, comme à la lecture d’un conte qui démarrerait par « Il était une fois », avant que l’on ne dévore la suite.







Federico Pacini
« « Mostra » n’est pas seulement le titre du livre, mais aussi un outil de connaissance. « Mostra », qui signifie « montrer« , implique des gestes minimaux : suspendre le jugement, renoncer à l’explication, s’en remettre à l’émergence de formes que l’on ne peut nommer pleinement. Le visible ne nous est pas donné d’emblée ; il fait surface et, ce faisant, conserve toujours une certaine opacité. Le mot […] dérive du latin « monstrare » et partage sa racine avec « mostro » (monstre), qui perturbe l’ordre et exige l’attention non pas pour être compris, mais pour exister dans sa discontinuité », écrit Federico Pacini en préface de son ouvrage Mostra. Pour lui, la photographie ne dépeint pas seulement le réel, elle le révèle, et surtout omet. L’idée de son travail, c’est de montrer ce que l’œil humain remarque, mais véritablement d’aller chercher derrière, vers ce qui est occulté. Ici, la place laissée à l’interprétation des photographies est essentielle, voire nécessaire pour capter toute la complexité du fait humain, et du non humain. Que nous dit donc précisément un portrait ? Sur le papier, il présente un type, un âge, une situation physique ou sociale, mais qu’en est-il de sa voix, ses gestes, sa manière d’interagir ? Il y a ce que l’on voit à l’image, et ce qui y demeure imperceptible. Des voitures recouvertes, des devantures de magasins abandonnées… Dans les images de Federico Pacini, le temps est long, l’espace est diffus et le silence laisse la place à d’autres récits, même s’ils ne sont pas beaux à voir, ils révèlent quelque chose de ce qui nous compose tous·tes.





