Tout a commencé par une commande du Jeu de Paume en 2024 : Quasi-Things Simulator. Cette œuvre, pensée comme un jeu vidéo immersif, invitait les visiteur·euses à naviguer dans une bulle virtuelle où l’espace ne se révélait qu’à travers le mouvement. C’est ce travail de recherche, initialement présenté en ligne, que l’artiste Marie Lelouche prolonge aujourd’hui entre les murs de la Galerie Alberta Pane avec son exposition Nonuments. Une expérience à vivre pleinement, puisque le simulateur sera accessible sur place.
« Développer des formes ouvertes et mouvantes, qui invitent à une autre manière de se souvenir et de regarder les phénomènes naturels. » Cette ambition marque la transition du pixel à la matière. Réparti sur les deux espaces de la galerie, situés face à face dans la même rue, le parcours est rythmé par des sculptures aux noms de vents, comme Siroccoou Nirta. Ces repères éphémères, dédiés à une nature menacée, prolongent physiquement l’exploration virtuelle entamée avec Quasi-Things Simulator.
Ici, l’image photographique sort de son cadre. Imprimées sur de l’acétate transparent et ondulé, comme bousculées par les vents, les épreuves s’affranchissent de leur planéité pour gagner une liberté de forme et de couleur. Ces clichés vaporeux dialoguent avec des volumes générés par simulation de fluides, créant des formes organiques et irrégulières. Entre fragments minéraux et corps presque vivants, ces « nonuments » jouent sur l’ambiguïté. Au sol, ombres et empreintes se mêlent aux variations chromatiques des sculptures, qui mutent selon l’humidité du lieu. En substituant l’instable au monument figé, Marie Lelouche nous pousse à réévaluer notre rapport à la mémoire : comment fixer le souvenir dans une réalité devenue pur flux ?