La photographie australienne en quête de douceur radicale

16 mars 2023   •  
Écrit par Costanza Spina
La photographie australienne en quête de douceur radicale
Le Centre for Contemporary Photography de Melbourne ouvre son année 2023 avec quatre expositions simultanées, mettant en avant quatre femmes emblématiques de la photographie australienne actuelle. Par leurs travaux, elles nous racontent un monde en pleine mutation, traversé par des profondes inquiétudes. Jusqu’au 9 avril.

Si vous avez la chance de passer par Melbourne et de vous promener dans le faubourg de Fitzroy, nous vous recommandons de prévoir une visite au Centre for Contemporary Photography ! Fondée en 1986, cette institution d’avant-garde place la photographie et la vidéo australiennes contemporaines en conversation avec des pratiques historiques et internationales, élargissant le contexte des arts visuels australiens. Ce centre unique en son genre mérite le détour, même si virtuel, de tous·tes les passionné·es de photographie. En effet, depuis les années 1980, il a conservé son identité communautaire tournée vers les sous-cultures et a vu défiler entre ses murs toute une génération de photographes.

En ce début d’année, le lieu culturel présente des expositions de quatre éminent·es artistes australien·es : Ying Ang, Miriam Charlie, Odette England et Lisa Sorgini. Leurs travaux sont emblématiques des thématiques qui parcourent l’art australien contemporain et font écho aux sujets qui animent la communauté créative internationale, préoccupée par un monde incertain. L’idée de l’appartenance et de nos lieux d’origine traverse ces œuvres, une archive de réflexion autour des racines et du déracinement. La maternité, la famille, l’idée du soin et de la communauté traversent ces séries photographiques comme un fil rouge, comme un message en faveur d’une quête de tendresse radicale. « Le CCP est ravi d’entamer l’année 2023 avec une programmation de photographes aussi impressionnante. Ces quatre artistes, chacun·e à leur manière, définissent la narration photographique contemporaine. Chacun de ces projets a été acclamé au niveau local et international au cours de l’année écoulée, et nous sommes ravi·es de montrer ces merveilleuses images en Australie pour la première fois », déclare le directeur Daniel Boetker.

© Lisa Sorgini

© Lisa Sorgini

Une époque de lutte et de résilience par la tendresse

La structure de ce riche parcours d’exposition est partagée en quatre sections, chacune dédiée à une artiste : nous passons de l’expérience de la grossesse, explorée par Ying Ang, au retour dans sa terre d’origine, thématique chère à Miriam Charlie, en passant par le travail d’Odette England, qui nous fait le récit de sa vie passée dans une ferme rurale dans le cœur de l’Australie, jusqu’aux photographies de Lisa Sorgini, qui racontent la difficile expérience de la maternité pendant le Covid-19. La conservatrice Catlin Langford souligne l’importance de ces images : « Ces quatre expositions rendent visibles des histoires qui, souvent, ne sont pas vues ou représentées dans les médias ou la culture en général. Ces projets, réalisés par des artistes de premier plan, témoignent de l’expérience des filles et des femmes, de l’anxiété et de l’inconnu de la grossesse et de l’accouchement, des soins souvent invisibles et non reconnus prodigués par les femmes en milieu rural. »

Les quatre artistes dressent le constat d’un monde fait d’incertitudes et de doutes, de revendications féministes mises à mal par des structures sociales patriarcales, de quête identitaire en milieu rural, à une époque où les habitats sont meurtris par la surexploitation. « Je voulais témoigner de ce que j’ai ressenti en retrouvant ma liberté et en renouant avec ma famille et mon pays », explique Miriam Charlie, en résumant la recherche profonde de chacune de ces femmes : une émancipation qui passe par l’appropriation de son origine, de son corps et la connexion profonde à sa terre. Une douceur radicale se dégage de ces travaux, pourtant inspirés d’expériences de détresse et de solitude. C’est l’image d’un monde nouveau qui se dévoile, peu à peu, parmi les ruines de l’ancien. Loin de véhiculer des imaginaires catastrophiques, ces artistes australiennes annoncent une époque de lutte et de résilience par la tendresse, la reconnaissance de l’autre, le soin des corps et des environnements naturels. Ces quatre séries nous plongent dans une Australie en proie au désastre climatique, traversée par les combats des populations primo-natives et rurales. Mais aussi dans les aspirations plus larges des femmes photographes, qui partout dans le monde affirment leur souhait d’égalité, d’intersectionnalité, d’une prise de conscience collective en faveur de nouvelles démocraties du soin.

© Odette England© Yin Ang

à g. © Odette England ; à d. © Yin Ang

© Miriam Charlie

© Miriam Charlie

Image d’ouverture : © Lisa Sorgini

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