Abdulaziz Al-Hosni : autoportraits et amour propre

30 août 2022   •  
Écrit par Ana Corderot
Abdulaziz Al-Hosni : autoportraits et amour propre

Originaire d’Oman, le directeur artistique et artiste visuel Abdulaziz Al-Hosni revisite des mythes et représentations des cultures orientales et occidentales. Envolées théâtrales, ses autoportraits contestent les acceptations archaïques de la masculinité et invitent à pleinement s’assumer.

« J’ai grandi dans un environnement familial artistique foisonnant. Aujourd’hui, en tant qu’adulte, je souhaite que les autres voient la beauté de ce que je perçois et chéris dans ma culture. C’est ce pour quoi je crée »

, confie Abdulaziz Al-Hosni. À seulement 22 ans, l’artiste visuel et directeur artistique semble avoir trouvé dans l’art le moyen d’accéder à son épanouissement personnel. Le jeune omanais s’est plongé de manière instinctive et autodidacte dans le 8e art, et continue aujourd’hui à s’inspirer de ce qu’il côtoie − des objets aux personnes qui croisent son chemin. Et dans ce pêle-mêle d’influences paraissent subsister celles d’une iconographie picturale autant révolue que réinventée. À travers des autoportraits à l’esthétique pop, grotesque et précise, Abdulaziz Al-Hosni s’investit d’une mission : raconter sa propre histoire, mais également celle d’une génération de jeunes hommes arabes − au sens large − désireux de se réapproprier leur masculinité, et ainsi se défaire de celle que la société leur a vainement imposée.

« Si j’ai réalisé des autoportraits, c’est parce que les hommes que je souhaitais photographier n’étaient pas à l’aise à l’idée de se représenter avec des cœurs ou d’autres objets relatifs aux émotions. Ils craignaient également que les images puissent circuler sur Internet. » En ces quelques mots, Abdulaziz Al-Hosni présente la genèse de son projet Habayib Club. Dans cette série au ton décomplexé, l’artiste fait en réalité le constat d’une société orientale qui l’est beaucoup moins. Un monde devenu intolérant, notamment face aux questions de genre.

L’esthétique au service d’une nouvelle masculinité

Avec Habayib Club, Abdulaziz Al-Hosni fait l’éloge d’un club fictif, conçu pour les hommes ou personnes ayant peur d’exprimer leurs sentiments et émotions. Tel un roman graphique dont Abdulaziz Al-Hosni serait le héros, les images − longuement retouchées − le mettent en scène et l’assignent à des rôles indéfinis. Ici, aucune honte ni tabou pour incarner toutes les facettes ou étiquettes qu’un homme peut revêtir : guerrier, amoureux, nostalgique, sportif, pieux, sentimental, musicien ou étudiant… « Je trouve qu’il est plus simple de s’exprimer visuellement avec la photographie et les dessins qu’avec des mots. J’aime que mon travail ait une esthétique singulière. L’ajout des couleurs, des accessoires me permet de donner une dimension dramatique à mon œuvre », confie-t-il. Si certains y perçoivent de l’autodérision, Abdulaziz Al-Hosni nous assure qu’il n’y a pas une once d’ironie et que tout est parfaitement réfléchi. « Je prends mon travail très au sérieux et n’essaie jamais de faire de l’humour. Je planifie chaque chose minutieusement et veille à ce que tout soit à sa place. Puisque dans tous ces détails il y a des références à mes expériences personnelles, explique l’artiste. Cependant, cela ne me dérange pas si les gens pensent autrement, car nous venons de milieux distincts et apprécions les choses différemment. C’est la magie du multiculturalisme. »

Pareilles à de petits slogans qui vanteraient les bienfaits d’un groupe de développement personnel, ses créations invitent à embrasser ses parts d’ombres et de fragilités. Au cœur même de ce conte fantastique, une image réapparaît systématiquement. Celle d’un flacon, philtre magique qui serait capable de donner le courage à son consommateur d’assumer ses émotions. Dans l’un de ses clichés, où il s’est représenté un bras tendu vers un autre homme, tous deux assis face à une pyramide − clin d’œil évident à la fresque Création de Michel-Ange − Abdulaziz Al-Hosni tente de lui transmettre ce breuvage enchanté, tel un passeur d’amour. Actrice phare de la série, cette potion est loin d’être un poison, mais est bel et bien la clef pour faire tomber les barrières d’une société misogyne et patriarcale. Débarrassé des idées préconçues, des jugements d’autrui, l’homme, aidé par le filtre d’amour, devient tout et son contraire. Démonter les règles de la masculinité toxique, voici finalement le dessein Habayib Club, et par extension celui d’Abdulaziz Al-Hosni.

© Abdulaziz Al Hosni

© Abdulaziz Al Hosni© Abdulaziz Al Hosni

© Abdulaziz Al Hosni

© Abdulaziz Al Hosni© Abdulaziz Al Hosni

© Abdulaziz Al Hosni

© Abdulaziz Al Hosni© Abdulaziz Al Hosni

© Abdulaziz Al Hosni

© Abdulaziz Al Hosni© Abdulaziz Al Hosni

© Abdulaziz Al-Hosni

Explorez
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes...
© Jonathan Chandi
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes…
Indissociables de notre quotidien, les écrans et les réseaux sociaux ont radicalement transformé notre rapport à l'image. Entre la...
09 avril 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Mundane : la dramaturgie d’une violence sociale
© Salma Abedin Prithi
Mundane : la dramaturgie d’une violence sociale
Dans Mundane, série théâtrale aux contrastes maîtrisés, Salma Abedin Prithi met en scène la violence et ses dynamiques sociales dans son...
04 avril 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Pour Toujours : le regard subversif de Birgit Jürgenssen
© Birgit Jürgenssen
Pour Toujours : le regard subversif de Birgit Jürgenssen
Fortes de 130 ans d'engagement auprès des artistes, les Galeries Lafayette s'associent aux quinze ans du Centre Pompidou-Metz. Le projet...
30 mars 2026   •  
Tassiana Aït-Tahar : "Uber et l'argent du beurre"
© Tassiana Aït-Tahar
Tassiana Aït-Tahar : « Uber et l’argent du beurre »
Le 27 mars 2026, l’artiste et photographe Tassiana Aït-Tahar publie Uber Life aux éditions Fisheye, un ouvrage immersif retraçant ses...
26 mars 2026   •  
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Voici nos coups de cœur du salon unRepresented by a ppr oc he 2026
© Auriane Kolodziej
Voici nos coups de cœur du salon unRepresented by a ppr oc he 2026
La 4e édition d’unRepresented by a ppr oc he se tient à l'espace Molière jusqu'au 12 avril 2026. Comme à l’accoutumée, le salon fait la...
Il y a 8 heures   •  
Lore Van Houte : le cyanotype comme journal intime et refuge poétique
© Lore Van Houte
Lore Van Houte : le cyanotype comme journal intime et refuge poétique
Étudiante en sciences culturelles et artiste visuelle, Lore Van Houte capture la poésie de son environnement à travers le prisme bleuté...
10 avril 2026   •  
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes...
© Jonathan Chandi
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes…
Indissociables de notre quotidien, les écrans et les réseaux sociaux ont radicalement transformé notre rapport à l'image. Entre la...
09 avril 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Les Rencontres d’Arles ont annoncé la programmation de leur édition 2026 !
© Carlos Idun-Tawiah, Many Reasons to Live Again [De nombreuses raisons de vivre à nouveau], 2022. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Galería Alta.
Les Rencontres d’Arles ont annoncé la programmation de leur édition 2026 !
La programmation de la 57e édition des Rencontres d’Arles, qui se tiendra du 6 juillet au 4 octobre 2026, a été dévoilée. Les expositions...
08 avril 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet