Uncensored : les corps libres et non-censurés d’AdeY

17 septembre 2024   •  
Écrit par Costanza Spina
Uncensored : les corps libres et non-censurés d'AdeY
© AdeY
© AdeY
© AdeY

La Little Black Gallery de Berlin accueille UNCENSORED, une exposition de l’artiste anglo-suédois AdeY. Personne ne sait exactement qui se cache derrière ce nom, mais il est synonyme de liberté corporelle et performance. Jusqu’au 30 novembre, il est à découvrir dans la programmation de la Berlin Art Week.

Personne ne sait vraiment qui est AdeY. Le véritable nom, l’âge et le lieu de résidence de l’artiste britannico-suédois restent inconnus. Ce·tte dernier·e a quitté une carrière de danseur·se professionnel·le, comme le suggèrent ses mises en scène qui combinent la photographie, la chorégraphie et la performance. Le travail de l’artiste mystérieux·se souligne néanmoins notre droit à la différence corporelle. C’est toute la force de la série UNCENSORED, qui fait aussi l’objet d’un livre.

Le corps réprimé est ici célébré en toute sa puissance expressive, mais aussi raconté avec humour et tendresse. Le travail le souligne dans sa forme la plus dépouillée et la plus nue, mais s’efforce de créer des images non sexualisées et sans sous-entendus triviaux, pour que le discours reste axé sur l’idée d’acceptation et d’être ensemble. L’artiste a publié une série de livres de photos et de zines poétiques et a exposé dans plusieurs galeries et musées parmi les plus connus au monde, notamment Fotografiska (Stockholm), Clamp (New York), Galerie XII (Los Angeles), The Little Black Gallery (Londres), Finnish Museum of Photography (Helsinki), Falsterbo Photo Museum (Falsterbo, Suède) et Fotogallerie Vasli Souza (Oslo). Pour cette édition de la Berlin Art Week, le Little Black Gallery et Chaussee 36 lui donnent carte blanche.

Nous montrer vulnérables

Le travail d’AdeY nous autorise à nous montrer vulnérables, à laisser entrevoir notre solitude comme notre force, tout en parlant des oppressions sociales que nous pouvons subir, de l’isolement, de l’anxiété et de la peur de la comparaison si caractéristiques de la condition existentielle des humain·es contemporain·es. La perception que nous nous faisons du corps est ici questionnée pour nous encourager à subvertir les diktats, avec une approche humoristique et expérimentale. Les images de l’artiste suédo-britannique sont axées sur le droit à la différence, et plus particulièrement sur les différences physiques, de genre, de race et de sexualité. Aussi anachronique qu’il puisse paraître, le travail d’AdeY a été souvent censuré, en particulier par les réseaux sociaux. L’artiste déclare : « J’ai été réduit·e au silence, harcelé·e, censuré·e et supprimé·e par Instagram pour avoir partagé mes œuvres d’art qui visent à provoquer et à défier le spectateur. J’implore Instagram de prendre ses responsabilités sociales et de s’engager positivement dans la promotion de l’art sur la plateforme. » Avec une certaine ironie, l’artiste a donc nommé sa série « non censuré », UNCENSORED, comme pour nous rappeler que parler de la liberté de certain·e est tout sauf un simple enjeu plastique ou une lubie d’art contemporain.

© AdeY
© AdeY
À lire aussi
Rafael Medina : corps libres et désirés 
© Rafael Medina
Rafael Medina : corps libres et désirés 
En double exposition, sous les néons des soirées underground, Rafael Medina développe un corpus d’images grisantes, inspirées par les…
27 juin 2024   •  
Écrit par Anaïs Viand
Ces séries de photographies qui célèbrent les corps queers
© Léa Colombo
Ces séries de photographies qui célèbrent les corps queers
En ce mois des fiertés, Fisheye fait la part belle à la communauté LGBTQIA+. À cet effet, nous avons sélectionné une série de…
01 juin 2024   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Explorez
Park Chan-wook, quand la photographie fait son cinéma
Mademoiselle Minhee Kim. © Park Chan-wook
Park Chan-wook, quand la photographie fait son cinéma
Connu pour ses films à l’esthétique millimétrée, Park Chan-wook offre à Arles une facette plus secrète de son travail : la photographie....
07 juillet 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Chère Lisa : ces choses que l’on revêt
© Louise Chevallet
Chère Lisa : ces choses que l’on revêt
C’est entre les pages du journal intime de sa mère que Louise Chevallet s’est aventurée pour composer son ouvrage Chère Lisa. À...
03 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
La sélection Instagram #560 : du mouvement et de la danse
© heemuroo / Instagram
La sélection Instagram #560 : du mouvement et de la danse
Comme le disait Pina Bausch dans son discours d'acceptation d'un doctorat honoris causa que lui a attribué l'université de Bologne...
30 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Cœur de lune © Bérangère Portella
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Tous les lundis, nous vous dévoilons deux photographes qui ont retenu notre attention à travers cette rubrique coups de cœur. Cette...
15 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Sabelo Mlangeni reçoit le prix James Barnor 2026
"Faith and Sakhi Moruping, Thembisa Township", 2004, de la série Isivumelwano © Sabelo Mlangeni
Sabelo Mlangeni reçoit le prix James Barnor 2026
La nouvelle vient de tomber : Sabelo Mlangeni remporte la troisième édition du prix James Barnor pour son œuvre autour des notions de...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
© Lys Arango / La Kabine
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
Au bord des mondes : Habiter les territoires, survivre aux fractures, du 27 juin au 20 septembre, une exposition qui invite à repenser...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Park Chan-wook, quand la photographie fait son cinéma
Mademoiselle Minhee Kim. © Park Chan-wook
Park Chan-wook, quand la photographie fait son cinéma
Connu pour ses films à l’esthétique millimétrée, Park Chan-wook offre à Arles une facette plus secrète de son travail : la photographie....
07 juillet 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Fisheye #77, désormais en kiosque, s’immisce au cœur des festivals photo de l’été 2026
La petite Vera, Lac Baïkal, Sibérie, 1998. © Claudine Doury / Courtesy de l’artiste et de l’agence VU’
Fisheye #77, désormais en kiosque, s’immisce au cœur des festivals photo de l’été 2026
Que valent nos images ? C’est avec cette question en tête que nous avons composé Fisheye #77, que vous pouvez dès à présent retrouver en...
06 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet