
Grand rendez-vous du film en France, le festival international du court métrage de Clermont-Ferrand célébrait sa 48e édition du 30 janvier au 7 février 2026. Au programme, un focus sur l’Asie du Sud-Est, un accent porté sur les vacances et, au centre, toujours, des thématiques actuelles, en prise avec un monde en mutation. Dans une volonté d’élargir nos contours et de déplacer le regard vers l’image en mouvement, Fisheye s’est rendu au cœur de la fête pour en découvrir toutes les facettes. Voici ce qui nous a marqués, aux yeux et au cœur.
Au bains des dames, Margaux Fournier
C’est dans la vie pure de Marseille que l’on plonge la tête la première, précisément auprès de ces habitantes, et pas n’importe lesquelles : Joëlle et son groupe d’amies à la retraite. Sous le soleil brûlant d’une journée d’été s’échangent des rires francs, des chips, des parts de pizza et des blagues délurées. Seins nus et corps huilés, que les années ont dessinés avec sagesse, se déploient en plans rapprochés aux couleurs chaudes. Ces femmes sont féroces, mais profondément vulnérables. « On ne dirait pas que j’ai vécu tout ça », lance Joëlle, tout sourire, après avoir dévoilé des années de violences conjugales à la caméra. Entre documentaire et fiction amusée, Margaux Fournier nous conte le bain de ces dames où l’on irait volontiers piquer une tête, à parler du temps et de ce qu’il fait aux gens.
Disponible en streaming ici.

Loquita por ti, Greta Díaz Moreau
Dans une esthétique assumée Y2K (années 2000), chargée de rouge et de grain, Greta Díaz Moreau nous parle de l’éveil sexuel d’Alma, 16 ans, dans son Espagne rurale. Elle tente désespérément de capter l’attention de José, jeune toréador, macho imbécile. Malgré le traitement visuel chargé de douceur, l’histoire contée ne l’est pas vraiment, car l’on assiste à un attouchement violent et à la moquerie générale qu’Alma subit. Mais elle ne se laissera pas faire. Gare aux cornes, elles piquent au vif.

Mango Seed, Berni Jiang
L’amour silencieux d’un père pour sa fille, dans un salon à moitié éclairé, aux teintes orange. Une mangue découpée avec soin chaque matin. Dans la peau détachée de ces fruits, il y a des « je t’aime » à demi échangés, une volonté de s’avouer que l’on va se manquer. C’est tendre. C’est le départ du nid et cela émeut comme un au revoir au père.

Samba Infinito, Leonardo Martinelli
La saudade, ce sentiment d’être passé dans le présent et présent dans le passé, cette nostalgie heureuse qui n’a pas vraiment de traduction en français, mais qui dit tout en portugais. Il y a de la samba, des blocos dansants dans tout Rio, un soir de carnaval. Parmi la foule, le personnage d’Angelo, agent d’entretien, qui a perdu sa sœur, se remémore leurs soirées partagées. On y croise, entre autres, Gilberto Gil, figure tutélaire de la bossa-nova, habillé en Dieu. Avec une grande délicatesse, Leonardo Martinelli nous dévoile l’essence de ce manque habité.
Bande-annonce disponible ici.

I want my people to be remembered, Hélène Giannecchini
Donna Gottschalk – dont on parlait lors de l’exposition qui lui était consacrée au Bal, Nous autres, Donna Gottschalk et Hélène Giannecchini – revient ici à travers ses négatifs. On y perçoit ses sœurs et ses ami·es de cœur. Voix et cassettes échangées rythment les images. On l’accompagne dans l’intimité d’un appartement, d’un corps à demi vêtu, sur les routes de New York à San Francisco. On y découvre la douleur des personnes disparues et tout l’amour qu’elle continue de faire vivre. La mémoire est vive, personne n’a été oublié.