Emilio Azevedo : En ligne de mire

20 novembre 2025   •  
Écrit par Milena III
Emilio Azevedo : En ligne de mire
Rondônia (Comment je suis tombé amoureux d’une ligne), 2023 © Emilio Azevedo
Feuilles de palmier sèches
Rondônia (Comment je suis tombé amoureux d’une ligne), Frontière Brésil-Bolivie, Amazonie occidentale © Emilio Azevedo

Présentée dans le cadre du festival PhotoSaintGermain et au musée du Quai Branly, l’exposition Rondônia. Comment je suis tombé amoureux d’une ligne, présente la recherche visuelle d’Emilio Azevedo. Mêlant archives et photographies personnelles, il explore les contours de la colonisation de l’Amazonie.

En sous-titre de l’exposition Rondônia – présentée dans le cadre de PhotoSaintGermain et au musée du quai Branly – on découvre ces mots intrigants : « Comment je suis tombé amoureux d’une ligne ». Pourquoi d’une ligne ? Pour le comprendre, il faut peut-être revenir à l’essence du geste : tracer une ligne, c’est déjà donner forme au monde, et souvent le conquérir. C’est l’histoire de la colonisation. L’un de ses épisodes se joue au cœur de l’Amazonie brésilienne, à partir du 19e siècle et surtout au 20e, lorsque le maréchal Rondon ouvre plusieurs axes de pénétration dans la forêt, en construisant routes, villages et exploitations pour intégrer le territoire à la nation. En cherchant à comprendre le retour de l’armée au pouvoir sous Jair Bolsonaro, Emilio Azevedo découvre, au musée de l’Armée de Copacabana, les archives de la Commission Rondon. « En les parcourant, j’ai compris que ces documents permettaient de replacer ce retour dans une histoire beaucoup plus large – celle d’une institution motrice de l’expansion vers l’Ouest au nom de la modernisation », explique-t-il. Soutenu par le quai Branly, il entreprend une vaste enquête à partir de ces fonds d’archives. À mesure qu’il explore ces images, il s’interroge : quel regard ces militaires portaient-ils sur ce territoire baptisé Rondônia ? Peu à peu, en observant les cadrages et les compositions de leurs clichés, il y perçoit les indices d’une manière d’organiser le monde.

Une jeune garçon portant un chapeau sur un cheval
Rondônia (Comment je suis tombé amoureux d’une ligne), Le long des frontières de la réserve autochtone Sete de Setembro, Cacoal, Amazonie occidentale, 2023 © Emilio Azevedo
Paysage de terre rouge, verdure et eau
Rondônia (Comment je suis tombé amoureux d’une ligne), Le long de la Transamazonienne BR-364, Rondônia, Amazonie occidentale, 2023 © Emilio Azevedo

Colonisation et modernité

Mais qu’a-t-il, lui, photographe, de commun avec ces hommes ? « Ce travail dans les archives est devenu un exercice personnel : j’ai tenté d’observer les points communs entre leur regard et le mien, de comprendre ce que j’ai hérité de ce mode d’être au monde », confie-t-il. Originaire d’une région elle aussi façonnée par la modernisation, il y retrouve une mémoire intime. « Traverser ce territoire m’a permis de me raconter une histoire sur la colonisation de ma région d’origine, et sur la formation de nos identités dans le Sertão », poursuit-il en évoquant ces vastes régions rurales et semi-arides au nord-est du Brésil. Ce mouvement, en façonnant un paysage à son image – routes identiques, occupation extractiviste des sols –, a peu à peu effacé l’identité amazonienne.

Rondônia. Comment je suis tombé amoureux d’une ligne est présentée à PhotoSaintGermain jusqu’au 20 décembre, et au quai Branly jusqu’au 25 janvier.

Cet article est à retrouver dans son intégralité dans Fisheye #74.

Un troupeau de vaches dans un champ
Rondônia (Comment je suis tombé amoureux d’une ligne), Le long des frontières de la réserve autochtone Sete de Setembro, Cacoal, Amazonie occidentale © Emilio Azevedo
Image d'archive, focus sur des jambes tatoués
Rondônia (Comment je suis tombé amoureux d’une ligne), Cabinet des fonds précieux, Musée du quai Branly, Paris © Emilio Azevedo
Image d'archive, focus sur des jambes tatoués
Rondônia (Comment je suis tombé amoureux d’une ligne), Cabinet des fonds précieux, Musée du quai Branly, Paris © Emilio Azevedo
Un militaire regarde une fresque murale où est peint un des visages d'hommes d'armes
Rondônia (Comment je suis tombé amoureux d’une ligne), Musée d’Histoire de l’Armée, Fort de Copacabana, Rio de Janeiro © Emilio Azevedo
Couverture du magazine Fisheye #74
170 pages
7,50 €
À lire aussi
PhotoSaintGermain et a ppr oc he dévoilent une collaboration inédite 
© Julie Cockburn / Courtesy Hopstreet Gallery
PhotoSaintGermain et a ppr oc he dévoilent une collaboration inédite 
Pour leur édition 2025, PhotoSaintGermain et a ppr oc he ont présenté leur programmation lors d’une conférence commune. À cette…
15 octobre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Tommaso Protti capture l’Amazonie pour le Prix Carmignac
Tommaso Protti capture l’Amazonie pour le Prix Carmignac
Le 4 septembre, le Prix Carmignac a révélé son lauréat au public : Tommaso Protti. Celui-ci a parcouru durant six mois le territoire…
05 septembre 2019   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Fisheye #74 sonde la notion d’éthique en photographie
© Stan Desjeux
Fisheye #74 sonde la notion d’éthique en photographie
Fisheye #74 sera disponible en kiosque ce samedi 8 novembre ! En ce mois consacré à la photographie, notre nouveau numéro s’intéresse à…
06 novembre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
American Images à la MEP : Dana Lixenberg et l’attention portée à l’autre 
Dana Lixenberg, Kamaal “Q-Tip” Fareed, Ali Shaheed Muhammad and Malik “Phife” Taylor (A Tribe Called Quest), 1997 © Dana Lixenberg, courtesy of the artist and Grimm Amsterdam | London | New York
American Images à la MEP : Dana Lixenberg et l’attention portée à l’autre 
Jusqu’au 24 mai 2026, Dana Lixenberg dévoile des fragments de vie américaine à la Maison européenne de la photographie. Intitulée...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les images de la semaine du 2 février 2026 : se raconter
© Jerry Schatzberg. Bob Dylan Studio Portraits Side Light: 1965, Manhattan, New York, USA.
Les images de la semaine du 2 février 2026 : se raconter
C’est l’heure du récap' ! Cette semaine, la photo se déploie sur les murs des galeries et lieux de culture. Elle est aussi, pour...
08 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Jerry Schatzberg et « l’histoire autour de l’image attendue »
© Jerry Schatzberg. Snake Lady, New York.
Jerry Schatzberg et « l’histoire autour de l’image attendue »
Le photographe et réalisateur Jerry Schatzberg revient sur ses images et déroule le fil de sa vie. Se dessine un rapport bienveillant aux...
05 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les images de la semaine du 26 janvier 2026 : sous différents prismes
© Lee Daesung
Les images de la semaine du 26 janvier 2026 : sous différents prismes
C'est l'heure du récap ! Cette semaine, les images nous parlent de la complexité du réel sous couches, textures et formes plurielles.
01 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
American Images à la MEP : Dana Lixenberg et l’attention portée à l’autre 
Dana Lixenberg, Kamaal “Q-Tip” Fareed, Ali Shaheed Muhammad and Malik “Phife” Taylor (A Tribe Called Quest), 1997 © Dana Lixenberg, courtesy of the artist and Grimm Amsterdam | London | New York
American Images à la MEP : Dana Lixenberg et l’attention portée à l’autre 
Jusqu’au 24 mai 2026, Dana Lixenberg dévoile des fragments de vie américaine à la Maison européenne de la photographie. Intitulée...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Festival du court métrage de Clermont-Ferrand : nos coups de cœur
© Donna Gottschalk et Hélène Giannecchini / I want my people to be remembered
Festival du court métrage de Clermont-Ferrand : nos coups de cœur
Grand rendez-vous du film en France, le festival international du court métrage de Clermont-Ferrand célébrait sa 48e édition du 30...
10 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Sélection Instagram #545 : l’amour tout simplement
© Camila Gattamelati / Instagram
Sélection Instagram #545 : l’amour tout simplement
Cette semaine, les cœurs battent un peu plus vite dans notre sélection Instagram. Nos photographes explorent l’amour sous toutes ses...
10 février 2026   •  
Calendrier Toiletpaper 2026 : l’année où les chats prennent enfin le pouvoir
© Walter Chandoha - Toiletpaper
Calendrier Toiletpaper 2026 : l’année où les chats prennent enfin le pouvoir
En 2026, les chats ne se contentent plus d’envahir nos écrans. Avec les images de Walter Chandoha revisitées par Toiletpaper, contempler...
09 février 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas