Expérimentations en terre sacrée

15 septembre 2022   •  
Écrit par Anaïs Viand
Expérimentations en terre sacrée

Exposé à la Croisière, aux Rencontres d’Arles, Julien Lombardi fait de La terre où est né le soleil une fiction atypique peuplée de diverses explorations nous invitant à contempler – et admirer – le paysage. Cet article est à découvrir dans notre dernier numéro.

« Toutes les images faisant partie du projet doivent provenir de la terre sacrée. » Telle fut la seule et unique règle de Julien Lombardi quand il a choisi d’installer son laboratoire d’expérimentation visuelle à Wirikuta, un site désertique situé en altitude, au centre du Mexique. Si l’artiste français se rend régulièrement dans le pays depuis 2015, tout commence un an plus tard, alors qu’il assiste à une cérémonie dans le désert. « Dans ce paysage saisissant, au milieu de cactus vieux de deux cents ans – parfois hallucinogènes, comme le peyotl – étaient réunis des natifs Huichols (peuple indigène), des habitants à l’année, des paysans… bref, des gens de tous profils. Toutes et tous chantaient au coin du feu. » Il se souviendra longtemps de cette nuit blanche mexicaine. « Il me fallait comprendre l’histoire et la particularité du lieu. J’ai par la suite essayé de développer un panel de représentations complet, de montrer la complexité des relations, et donc des points de vue », ajoute-t-il. Car cette terre n’est pas seulement le lieu de pèlerinage pour les Huichols, qui chaque année célèbrent la naissance du soleil, elle attire aussi industriels miniers, touristes en quête de trips psychédéliques, activistes et scientifiques.

© Julien Lombardi

Et dans le récit polyphonique de Julien Lombardi, les documents sont presque aussi nombreux que les acteurs. Aux archives nationales se mêlent des documents anthropologiques, des photos satellites ou issues de Google Street View, ou encore des livres de voyageurs. « Ces documents informatifs deviennent ensuite des sources de création », confie l’anthropologue de formation. Et puis, comme s’il inventait une nouvelle strate, il se lance dans la fabrication d’images en ayant recours aux pièges photographiques, ou à la contamination par le soleil ou la poussière, notamment. Ce n’est par exemple qu’à travers le photomontage qu’il parvient à rendre compte d’un mythe local extrêmement difficile à photographier. Muni d’un scanner portable, il constitue une collection de pierres, de végétaux et autre objet trouvé au sol. Une collecte respectueuse de l’environnement, loin de toute extraction définitive.

En questionnant notre relation technique aux autres et aux vivants, c’est notre rapport à l’image et à la représentation qu’il étudie. Si son projet La terre où est né le soleil, exposé depuis l’été dernier aux Rencontres d’Arles, s’est largement démarqué, c’est parce qu’il s’éloigne de tout exotisme et trouve un juste équilibre entre le faire et le dire. Il se reconnaît d’ailleurs dans la « fictocritique », une méthodologie employée par l’anthropologue Michael Taussig alliant théorie et récit. « Il est peut-être intéressant de regarder ce que les Indiens savent faire: c’est-à-dire vivre dans un monde qui leur a été volé », déclarait l’universitaire et anthropologue brésilien Eduardo Viveiros de Castro. En guise de réponse, le photographe commente modestement : « Évidemment, je suis pour la défense de cette terre, mais ce n’est pas mon rôle d’aller dire aux uns et aux autres ce qu’ils doivent faire. Je ne peux m’empêcher de penser que cela peut nous arriver à tous : nous sommes tous Indiens, prenons garde… » Une fiction non narrative nous invitant à observer la terre pour espérer, un jour, voir naître de nouveaux astres. 

 

Cet article est à retrouver dans Fisheye #55, disponible ici.

© Julien Lombardi© Julien Lombardi

 

© Julien Lombardi

 

© Julien Lombardi

 

© Julien Lombardi© Julien Lombardi

 

© Julien Lombardi

 

© Julien Lombardi© Julien Lombardi

 

© Julien Lombardi

 

© Julien Lombardi© Julien Lombardi

© Julien Lombardi

Explorez
Blinded by your Grace : les tempêtes chassées
© Sarah Chaplin Espenon, 2026, courtesy Loose Joints
Blinded by your Grace : les tempêtes chassées
Dans son ouvrage Blinded by the Grace, publié chez Loose Joints, Sarah Chaplin Espenon s’intéresse aux femmes chasseuses de tornades. Une...
07 octobre 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Découvrez la lauréate et les finalistes du prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière 2026 !
© Sophie Zénon
Découvrez la lauréate et les finalistes du prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière 2026 !
La lauréate et les finalistes du prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière ont été dévoilés. Voici le palmarès de cette édition...
05 octobre 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Fisheye vous invite au Salon Photo & Vidéo 2026 !
Le Parc aux Cerfs © Gerald Petit. Collection musée Nicéphore Niépce, Chalon-sur-Saône
Fisheye vous invite au Salon Photo & Vidéo 2026 !
Cette année, le Salon Photo & Vidéo se tiendra du 8 au 11 octobre à la grande halle de La Villette. Il s’intéressera autant à l’image...
03 octobre 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Lors du Salon Photo & Vidéo, participez aux balades visuelles Sandisk™ x Fisheye !
© Diane Moyssan
Lors du Salon Photo & Vidéo, participez aux balades visuelles Sandisk™ x Fisheye !
Après les Conversations photographiques lancées à Arles l’été passé, Sandisk™ et Fisheye s’associent de nouveau et proposent des balades...
02 octobre 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Concours Fisheye x Arc'teryx : découvrez le nom des lauréats !
© Amandine Joset
Concours Fisheye x Arc’teryx : découvrez le nom des lauréats !
En ce début septembre, les membres du jury du concours Fisheye x Arc’teryx se sont réunis afin de désigner leurs trois lauréats. Les...
13 octobre 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
InCadaqués Festival : Julie Peiffer remporte le Premi Fotografia Femenina 2026
© Julie Peiffer
InCadaqués Festival : Julie Peiffer remporte le Premi Fotografia Femenina 2026
Le Premi Fotografia Femenina Fisheye x InCadaqués 2026 a récompensé Julie Peiffer pour Renversement, une série où la nature fragile...
10 octobre 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Le Chant des villes : un urbain intime chez agnès b. 
© Alexandre Dupeyron
Le Chant des villes : un urbain intime chez agnès b. 
Jusqu’au 25 octobre 2026, la Galerie du Jour agnès b. présente Le Chant des villes, une exposition collective aux écritures contrastées...
09 octobre 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Blindfolded : Antoine De Winter dialogue avec les glaciers
© Antoine De Winter
Blindfolded : Antoine De Winter dialogue avec les glaciers
Dans Blindfolded, Antoine De Winter s'intéresse à la disparition des glaciers des Alpes suisses en mêlant abstractions colorées et images...
08 octobre 2026   •  
Écrit par Marie Baranger