Dörte Eißfeldt, lauréate du prix Viviane Esders 2025

06 décembre 2025   •  
Écrit par Costanza Spina
Dörte Eißfeldt, lauréate du prix Viviane Esders 2025
© Dörte Eißfeldt
Couteau en noir et blanc
© Dörte Eißfeldt

Dörte Eißfeldt reçoit le prix Viviane Esders 2025 pour une œuvre qui repousse les frontières du médium, alliant rigueur conceptuelle et exploration sensible des matériaux photographiques. Elle est distinguée aux côtés d’Oleksandr Suprun et de Bohdan Holomíček, finalistes de cette édition marquée par une participation européenne exceptionnelle.

La photographe allemande Dörte Eißfeldt remporte le prix Viviane Esders 2025, succédant aux précédent·es lauréat·es avec une œuvre dont la force conceptuelle et la profondeur expérimentale ont convaincu le jury. Elle est distinguée aux côtés d’Oleksandr Suprun, figure majeure de l’école de photographie de Kharkiv connu pour son usage poétique du photomontage, et Bohdan Holomíček, photographe tchèque dont l’œuvre diaristique tisse un dialogue singulier entre image et texte. Le prix 2025 se démarque par une participation particulièrement riche : 222 candidatures issues de 25 pays européens, avec une progression notable de la représentation féminine et une ouverture géographique élargie. Autre élément marquant : 42 dossiers ont été proposés par les nominateur·ices, un nouveau groupe d’expert·es chargé·es d’identifier des artistes dont l’œuvre mérite reconnaissance ou redécouverte.

Boule de neige
© Dörte Eißfeldt

Une figure majeure de la photographie contemporaine allemande

Née à Hambourg en 1950, Dörte Eißfeldt est une figure majeure de la photographie contemporaine allemande. Formée à l’université des Beaux-arts de Hambourg, elle développe, dès les années 1970, une œuvre qui interroge les conditions mêmes d’existence de l’image photographique. Parallèlement à sa pratique, elle enseigne dans plusieurs institutions jusqu’à sa nomination, en 1991, comme professeure d’arts plastiques et de photographie à la Haute École d’arts plastiques de Brunswick, où elle exercera jusqu’en 2016.

Sa démarche se construit autour d’une attention intense aux procédés, aux matières et aux limites du médium. Pour elle, la photographie n’est pas le reflet du réel, mais une expérimentation : fragments de monde, lumière, chimie, papier et technologies numériques deviennent les matériaux d’une recherche où l’image, loin de se réduire à un sens, ouvre des espaces perceptifs instables, parfois sauvages, parfois délicats. Ses manipulations analogiques – solarisation, montages, expositions multiples – dialoguent avec les possibilités contemporaines de l’image hybride, créant des œuvres qui oscillent entre précision technique et surgissement poétique.

Des séries comme Generator (1987–1988), Schneeball/Boule de neige (1988) ou Haut/Peau (1991) témoignent de cette exigence. Dans Schneeball, une unique photographie d’une boule de neige multiplie ses métamorphoses jusqu’à devenir une forme cosmique ; dans Haut/Peau, la proximité d’un couteau et de la peau déploie un espace d’ambiguïté où douceur et menace se confondent. Plus récemment, Agfa Brovira (2011) rend hommage au papier argentique, tandis que HimmelHimmel/CielCiel (2017) interroge les illusions produites par les manipulations assistées par intelligence artificielle. Exposée dès 1971, présente dans de nombreuses collections, l’artiste a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages. Son livre Stehen Liegen Hängen (2024) inaugure The Experimental Archive, un projet de relecture et de réactivation de ses archives. En distinguant Dörte Eißfeldt, le prix Viviane Esders confirme l’importance d’une œuvre où rigueur, expérimentation et poésie se rencontrent pour renouveler notre manière de regarder les images.

Forme abstraite
© Dörte Eißfeldt
Planche grise en noir et blanc
© Dörte Eißfeldt
Matière poilue
© Dörte Eißfeldt
Feuille de papier
© Dörte Eißfeldt
À lire aussi
Lauréat du Prix Viviane Esders : Jean-Claude Delalande raconte son quotidien familial
© Jean Delalande. Quotidien
Lauréat du Prix Viviane Esders : Jean-Claude Delalande raconte son quotidien familial
Pour sa troisième édition, le Prix Viviane Esders récompense le photographe parisien Jean-Claude Delalande qui dépeint son environnement…
10 octobre 2024   •  
Écrit par Marie Baranger
Twin Peaks, ambiguïté et nature morte : dans la photothèque de Stan Desjeux
Si tu devais ne choisir qu’une seule de tes images, laquelle serait-ce ? © Stan Desjeux
Twin Peaks, ambiguïté et nature morte : dans la photothèque de Stan Desjeux
Des premiers émois photographiques aux coups de cœur les plus récents, les artistes des pages de Fisheye reviennent sur les œuvres et les…
01 décembre 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Constantin Schlachter et la matière de l'existence
© Constantin Schlachter
Constantin Schlachter et la matière de l’existence
Constantin Schlachter interroge les liens entre l’image et la psyché, à travers ses expérimentations sur la matière.
23 février 2024   •  
Écrit par Milena III
Explorez
Jordan Beal : Martinique (re)générée
© Jordan Beal
Jordan Beal : Martinique (re)générée
Avec Linéaments, Jordan Beal dévoile une Martinique générée par l'IA. Travaillant à partir d'images existantes, il explore un territoire...
19 juillet 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand
La nuit américaine racontée par Laila Hida
Sange Khara, 2025 © Laila Hida
La nuit américaine racontée par Laila Hida
"Comment renouveler les imaginaires stéréotypés par l’art, l’histoire et le cinéma ?" C’est à cette question que Laila Hida tente de...
18 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? : Anne-Lise Broyer
© Anne-Lise Broyer
Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? : Anne-Lise Broyer
Sur les traces des déplacements de populations, des fractures et de l'histoire antique, Anne-Lise Broyer dépose son regard. Un travail...
17 juillet 2026   •  
Écrit par Thomas Andrei
Au Palais de la Porte Dorée, l'art dénonce les discriminations
Jane Evelyn Atwood, La boxe féminine, 2000 FNAC 2000-208 Collection du Centre national des arts plastiques © Jane Evelyn Atwood
Au Palais de la Porte Dorée, l’art dénonce les discriminations
Le musée de l’Histoire de l'immigration au Palais de la Porte Dorée présente son exposition jusqu'au 23 août 2026.
16 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Jordan Beal : Martinique (re)générée
© Jordan Beal
Jordan Beal : Martinique (re)générée
Avec Linéaments, Jordan Beal dévoile une Martinique générée par l'IA. Travaillant à partir d'images existantes, il explore un territoire...
19 juillet 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand
La nuit américaine racontée par Laila Hida
Sange Khara, 2025 © Laila Hida
La nuit américaine racontée par Laila Hida
"Comment renouveler les imaginaires stéréotypés par l’art, l’histoire et le cinéma ?" C’est à cette question que Laila Hida tente de...
18 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? : Anne-Lise Broyer
© Anne-Lise Broyer
Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? : Anne-Lise Broyer
Sur les traces des déplacements de populations, des fractures et de l'histoire antique, Anne-Lise Broyer dépose son regard. Un travail...
17 juillet 2026   •  
Écrit par Thomas Andrei
Au Palais de la Porte Dorée, l'art dénonce les discriminations
Jane Evelyn Atwood, La boxe féminine, 2000 FNAC 2000-208 Collection du Centre national des arts plastiques © Jane Evelyn Atwood
Au Palais de la Porte Dorée, l’art dénonce les discriminations
Le musée de l’Histoire de l'immigration au Palais de la Porte Dorée présente son exposition jusqu'au 23 août 2026.
16 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin