Frédéric Schmiliver ressuscite l’adolescence à Kolovare

20 avril 2023   •  
Écrit par Milena III
Frédéric Schmiliver ressuscite l'adolescence à Kolovare

Chaque été, Frédéric Schmiliver s’immerge dans l’atmosphère de Kolovare, une plage en Croatie, et documente ce lieu hors du temps. Témoin des péripéties d’un club de natation qui l’occupe, il porte sur cette jeunesse un regard malicieux, plein de complicité et de mélancolie.

Né en 1980 à Bruxelles d’un père belge et d’une mère française, Frédéric Schmiliver s’est initialement tourné vers la photographie de rue, qu’il a pratiqué durant quinze ans. C’est une intuition sans faille, guidée par son amour d’un sujet, d’un endroit ou d’une idée, qui l’a conduit vers cette nouvelle aventure photographique. Kolovare est un lieu égaré, hors de son temps – « qui ne devrait plus exister », affirme-t-il. Depuis sa rencontre fortuite avec la région, y retourner est devenu un rituel : chaque été depuis trois ans, le photographe replonge dans l’ambiance de la plage et s’enivre de sa propre adolescence regrettée.

Marqué par les thématiques de la solitude, du manque et de l’absence, le travail de Frédéric Schmiliver s’est orienté vers une communauté de jeunes Croates. Un écho important à ses propres souvenirs d’adolescent, emplis d’une nostalgie puissante, d’étés entiers passés sur la Côte d’Azur avec sa bande d’ami·es, puisqu’à nouveau, il s’agit de mettre tout en œuvre pour s’intégrer au groupe. « Avec mes rudiments de croate je peux communiquer avec les enfants et les adolescent·es, ce qui est important, car il faut savoir que la photographie est très mal perçue là-bas. L’appareil photo provoque la suspicion, sans doute en raison du passé socialiste et communiste du pays. C’est parfois tendu. Mon immersion est un processus graduel : à chaque séjour, je dois me remettre dans le bain, me faire accepter, montrer patte blanche », confie-t-il. Un processus qui fonctionne à merveille : à travers ces photographies, on imagine les extases temporaires, les fous rires, le cœur prêt à éclater.

© Frédéric Schmiliver

Jeunesse rêvée

Comme point de départ décisif de sa série, l’auteur évoque avant toute chose « l’énergie et le bouillonnement incessant autour du tremplin et de la piscine d’eau de mer, la plastique des corps et les émotions. » Ses héros ? Des jeunes dont les silhouettes baignées de lumière semblent se jeter vers le large comme ils et elles s’élancent dans la vie : avec fureur de vivre et sentiment de toute-puissance. De son immersion naissent des photographies à fleur de peau, où son regard tout en pudeur s’attarde sur des détails qui disent à eux seuls les sensations si particulières propres à la saison estivale. Une glace tombée sur la tête, la paresse au soleil, le plongeoir surplombant la plage – passage obligatoire pour tous·tes les adolescent·es qu’observent, hagards, les enfants…

Frédéric Schmiliver a bien compris qu’il avait tout à apprendre d’elleux. Se lancer dans Kolovare, c’est retourner à la grande école, celle où l’on porte sur toute chose un œil vif et nouveau, où l’on découvre les physiques des autres, où l’on vit ses premiers émois, où l’on s’initie à la transgression… Dans une image, on aperçoit quatre garçons couchés sur le dernier étage du tremplin qui dialoguent avec le reste du groupe, situé à un étage inférieur, invisibles, depuis l’angle adopté par l’auteur. « C’est à qui va faire le saut le plus remarquable. La figure que leur camarade tente de réaliser est si audacieuse que l’un des enfants agrippe la peau du dos de son voisin afin de libérer sa tension. J’aime le fait qu’on ne voit pas ce saut, et que l’on ne puisse que l’imaginer à travers le geste de cet enfant », confie-t-il. À travers ce projet encore à l’état d’inachèvement – qui ne trouvera sa conclusion que lorsque son auteur en sera lassé –, Frédéric Schmiliver livre un tableau en évolution perpétuelle de la jeunesse de Kolovare. Et semble arrêter le temps pour quelques étés.

© Frédéric Schmiliver© Frédéric Schmiliver

© Frédéric Schmiliver

© Frédéric Schmiliver© Frédéric Schmiliver

© Frédéric Schmiliver

© Frédéric Schmiliver© Frédéric Schmiliver
© Frédéric Schmiliver© Frédéric Schmiliver

© Frédéric Schmiliver

Explorez
Empreintes : Farida Hamak et les traces que nous laissons
© Farida Hamak / Regard Sud galerie
Empreintes : Farida Hamak et les traces que nous laissons
Réalisée en Tunisie au gré de résidences artistiques, Empreintes dévoile une déclinaison de fragments aux lignes épurées. À...
Il y a 5 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
11 expositions photographiques à découvrir en février 2026
© Martin Parr
11 expositions photographiques à découvrir en février 2026
Pour occuper les journées d'hiver, la rédaction de Fisheye a sélectionné une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et...
04 février 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Blue Monday : 28 séries de photographies qui remontent le moral 
© Charlotte Robin
Blue Monday : 28 séries de photographies qui remontent le moral 
Depuis 2005, chaque troisième lundi de janvier est connu pour être le Blue Monday. Derrière ce surnom se cache une croyance, née d’une...
19 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Chroniques d'un pays traversé, par Julien Pebrel
© Julien Pebrel
Chroniques d’un pays traversé, par Julien Pebrel
Membre de l’agence MYOP, Julien Pebrel étudie la Géorgie depuis plusieurs années à travers un travail d’enquête au long cours, divisé en...
14 janvier 2026   •  
Écrit par Milena III
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Empreintes : Farida Hamak et les traces que nous laissons
© Farida Hamak / Regard Sud galerie
Empreintes : Farida Hamak et les traces que nous laissons
Réalisée en Tunisie au gré de résidences artistiques, Empreintes dévoile une déclinaison de fragments aux lignes épurées. À...
Il y a 5 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Uber Life : aidez Tassiana Aït-Tahar à lancer son livre chez Fisheye Éditions !
© Tassiana Aït-Tahar / Fisheye Éditions
Uber Life : aidez Tassiana Aït-Tahar à lancer son livre chez Fisheye Éditions !
Fisheye Éditions s’apprête à publier Uber Life, le prochain livre de Tassiana Aït-Tahar. Pour accompagner sa parution, une campagne de...
12 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
American Images à la MEP : Dana Lixenberg et l’attention portée à l’autre 
Dana Lixenberg, Kamaal “Q-Tip” Fareed, Ali Shaheed Muhammad and Malik “Phife” Taylor (A Tribe Called Quest), 1997 © Dana Lixenberg, courtesy of the artist and Grimm Amsterdam | London | New York
American Images à la MEP : Dana Lixenberg et l’attention portée à l’autre 
Jusqu’au 24 mai 2026, Dana Lixenberg dévoile des fragments de vie américaine à la Maison européenne de la photographie. Intitulée...
11 février 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Festival du court métrage de Clermont-Ferrand : nos coups de cœur
© Donna Gottschalk et Hélène Giannecchini / I want my people to be remembered
Festival du court métrage de Clermont-Ferrand : nos coups de cœur
Grand rendez-vous du film en France, le festival international du court métrage de Clermont-Ferrand célébrait sa 48e édition du 30...
10 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot