La fureur de grandir

08 décembre 2016   •  
Écrit par Fisheye Magazine
La fureur de grandir

Un couple enlacé dans le crépuscule de leur ivresse. Un jeune homme, couché, la peau à vif. Une silhouette obscure suspendue par des crochets glissés sous la peau. Deux amies à l’euphorie éclatante… Ces scènes étranges et poétiques rapportées par Steeve Iuncker sont toutes des moments de grâce qui explorent les limites d’un âge troublé, l’adolescence. Se mettre au monde est un long et beau travail réalisé entre 2012 et 2016. C’est aussi un questionnement, une recherche pour comprendre. Comment, aujourd’hui, voguer de l’adolescence vers l’âge adulte ? Quels sont les rites de passage qui inaugurent ce plongeon.

Fort de cette curiosité inébranlable pour les zones d’ombre de nos sociétés, Steeve Iuncker a suivi les premières cuites, les premières indépendances de nuit, les premiers joints, les limites repoussées parfois à l’extrême… Durant ces quatre années, il réalise 150 clichés – de magnifiques tirages Fresson. Il en sélectionnera 35 pour construire un ensemble cohérent, dans le cadre d’une exposition au Musée de l’Élysée à Lausanne, en 2016, puis pour le très bel ouvrage édité par les éditions Le Bec en l’air.

Fish Eye Magazine  | La fureur de grandir
© Steeve Iuncker / Agence Vu’

À la recherche d’expériences

Le projet est né d’une remise en question de son rôle de père. Un jour, le photographe réalise que son fils est devenu un homme et prend conscience qu’il n’a pas accompagné ce passage par un rite clairement verbalisé.

« La religion s’efface, les couples se forment tardivement, les enfants naissent très tard, financièrement c’est plus compliqué, les sociétés sont culturellement plus mélangées… Plus personne n’ose vraiment affirmer quoi que ce soit, donc les rites tombent en désuétude. »

Comment les jeunes parviennent-ils alors à s’affirmer dans ce monde très individualiste ? Ils « se mettent au monde ». Avec cette densité profonde que l’on a ressentie dans À jeudi 15h, une précédente série, Steeve Iuncker a capturé des dizaines d’épiphanies. Des expériences d’amitiés intimes où chacun, avec l’appui du groupe, goûte à la liberté, l’indépendance tant désirée.

« Pour ce travail, je ne me suis pas arrêté à l’âge, mais à des situations, à la recherche d’expériences. Selon moi, l’adolescence aujourd’hui se termine au moment où l’on devient indépendant. » Les « gamins » qu’il a photographiés sont âgés de 15 à 23 ans et « ils ont le sentiment d’avancer dans la vie. C’est beau et c’est plutôt glorieux ».

Fish Eye Magazine  | La fureur de grandir
© Steeve Iuncker / Agence Vu’

Être vu

Avec une sincère bienveillance et un questionnement intense, Steeve Iuncker a suivi ses jeunes en maintenant une juste distance : « J’ai identifié les espaces où il me semblait possible de rencontrer des rites de passage. » Lui qui n’a jamais pris le chemin de la facilité a réalisé ce travail à la chambre 4×5, qu’il portait à la main. Un matériel imposant et indiscret qui affiche son intention d’être vu. « Je pense que la plus belle manière de prendre des images sur le vif, c’est d’être visible. Si je m’étais planqué, je n’aurais jamais eu ces photos. La discrétion n’attire pas la confiance. »

L’intégralité de cet article est à retrouver dans Fisheye #21, en kiosque depuis le 9 novembre et disponible en ligne sur Relay.com !

Explorez
Découvrez les 5 lauréates du Mentorat #4 des Filles de la Photo !
© Shanna Warocquier / Lauréate du Mentorat #4 des Filles de la Photo.
Découvrez les 5 lauréates du Mentorat #4 des Filles de la Photo !
Les cinq lauréates du Mentorat #4 des Filles de la Photo ont été dévoilées. Voici le palmarès de cette édition 2026 !
30 juin 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
À l’Archevêché, Fisheye n’est jamais à cour(t) d’idées !
© Claire Jaillard
À l’Archevêché, Fisheye n’est jamais à cour(t) d’idées !
Pour la troisième année consécutive, Fisheye investit la cour de l’Archevêché à l’occasion de la semaine d’ouverture des Rencontres...
29 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Pour Andrea Orejarena, la Lune est une terre de femmes
© Andrea Orejarena
Pour Andrea Orejarena, la Lune est une terre de femmes
Voyage féministe et poétique, I love you like the moon est un récit lunaire dont les héroïnes récoltent l'énergie. Une manière pour sa...
29 juin 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Dirigível : la beauté trompeuse des archives militaires
© Breno Rotatori
Dirigível : la beauté trompeuse des archives militaires
Dans Dirigível, Breno Rotatori s’empare d’images trouvées dans ses archives familiales issues de projets militaires. En les...
27 juin 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Eyes of the Storm - Paul McCartney photographe, 1963-64 le calme avant la tempête
Paul McCartney, Autoportrait, Londres, 1963 © 1963-1964 Paul McCartney sous licence exclusive de MPL Archive LLP
Eyes of the Storm – Paul McCartney photographe, 1963-64 le calme avant la tempête
Jusqu'au 3 janvier 2027, le musée Granet accueille Eyes of the Storm, une exposition consacrée à une facette méconnue de Paul McCartney...
04 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Chère Lisa : ces choses que l’on revêt
© Louise Chevallet
Chère Lisa : ces choses que l’on revêt
C’est entre les pages du journal intime de sa mère que Louise Chevallet s’est aventurée pour composer son ouvrage Chère Lisa. À...
03 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
David Salcedo : dans la lumière, ouvrons les yeux
© David Salcedo
David Salcedo : dans la lumière, ouvrons les yeux
À travers Te vas a quedar ciego, David Salcedo retravaille des images capturées dans des émissions télévisées et recrée d’autres...
02 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Baccarat et Fisheye : entrer en Résonances
© Aliocha Boi et Daphné Lejeune
Baccarat et Fisheye : entrer en Résonances
Réalisé en partenariat avec Fisheye, Résonances, un bel ouvrage, célèbre le savoir-faire, de plus de 260 ans, de la Maison Baccarat et sa...
01 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot