L’appel de Samuel Bollendorf

26 avril 2017   •  
Écrit par Anaïs Viand
L'appel de Samuel Bollendorf
Un film, une exposition et un journal. « La nuit tombe sur l’Europe » est un projet multimédia d’envergure mené par Samuel Bollendorf avec le soutien d’Amnesty International et le Fond de dotation Agnès B. Une exposition-enquête réalisée sur la route des Balkans à découvrir à la Canopée, au Forum des Halles jusqu’au 11 mai 2017.

À l’heure de l’entre-deux-tours, ce projet tombe à pic. « Re-sensibiliser » le citoyen aux questions de migration, telle est la mission que s’est donnée le photographe et vidéaste Samuel Bollendorf à travers cette exposition. Pendant six mois, il a parcouru la route des Balkans et a photographié des lieux clefs du chemin emprunté par des millions de migrants : les abords de la Mer Egée, la ville de Calais ou les centres d’accueil grecs. Nous avons tous été frappés par l’image du petit Aylan échoué sur la plage. Après elle, d’autres photos ont suivi mais elles n’ont pas eu le même impact. Comme si elles n’opéraient plus et ne faisaient que glisser sur nous… La nuit tombe sur l’Europe est un cri de conscience, un acte citoyen pour Samuel Bollendorf qui a décidé d’aborder le sujet sous un nouvel angle.

"Ce ne sont pas des gilets de sauvetage mais des gilets de la mort. C’est simplement un massacre. C’est pour ça que tant d’enfants se noient. La plupart ne savent pas nager, mais ils n’ont de toute façon aucune chance de flotter." / © Samuel Bollendorf
“Ce ne sont pas des gilets de sauvetage mais des gilets de la mort. C’est simplement un massacre. C’est pour ça que tant d’enfants se noient. La plupart ne savent pas nager, mais ils n’ont de toute façon aucune chance de flotter.” / © Samuel Bollendorf

Le dispositif scénique est à l’image du sujet : considérable. En plein passage de la Canopée, de grands panneaux mesurant 4 mètres sur 2 et posés à même le sol accrochent le regard. Car « pour stopper la foule, pour s’insérer dans le flux, il faut faire bloc », nous explique Samuel Bollendorf. Chacun de ces blocs sont composés d’une photographie de lieu et d’un témoignage. Les paysages déserts sont aussi éloquents que les textes, qui racontent crument le quotidien d’enfants, d’hommes et de femmes tentant de rejoindre l’Europe.

Pour le photographe, il s’agit d’une scénographie nécessaire pour que les visiteurs puissent « se figurer ce qu’il y a pu se dérouler ». L’expérience d’immersion est renforcée par la diffusion d’un film. Dans l’espace de projection, nous pouvons découvrir la mer et entendre la voix de Catherine Deneuve. Elle nous livre un récit à la première personne et nous permet ainsi de nous identifier à Maria, syrienne, qui a perdu son mari pendant la guerre et qui a eu des relations sexuelles forcées pour pouvoir traverser. Ou encore à Saïd qui a payé 10 000 $ pour embarquer sur un bateau avec sa femmes et ses enfants. Lui seul a survécu.

Une vague d’espoir dans une Europe à la dérive

L’exposition est à l’image du titre : alarmante. L’Europe aurait-elle oubliée d’assurer ses missions sociales et humaines ? Si la nuit est tombée sur l’Europe, elle est aussi tombée sur l’espoir de nombreux migrants. Une image pourtant contrebalance ce regard. Il s’agit d’un grand panneau dressé sur un terrain vague. Dessus, un mot : « hope ». Il est écrit de la main de migrants. Samuel Bollendorf, habituellement pessimiste, espère que cette exposition soit « suffisamment poignante et pédagogique » et fasse éviter un maximum le « vote de repli sur soi ».

© Samuel Bollendorf
En juin 2015, il y a eu jusqu’à 6 500 tentatives d’intrusion sur le site d’Eurotunnel. 10 personnes tentant de passer en Angleterre sont mortes ce même été.
“En juin 2015, il y a eu jusqu’à 6 500 tentatives d’intrusion sur le site d’Eurotunnel. 10 personnes tentant de passer en Angleterre sont mortes ce même été.” / © Samuel Bollendorf

La nuit tombe sur l’Europe
Samuel Bollendorf
Au Forum des Halles, jusqu’au 11 mai 2017
10 passage de la Canopée – 75001 Paris

Explorez
Les éternels éphémères : des abeilles et des hommes
© Maewenn Bourcelot
Les éternels éphémères : des abeilles et des hommes
C’est un monde sublime et violent, enchanté et tragique, énigmatique et d’une évidence terrible. Avec Les Éternels Éphémères, la...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Ces séries photographiques qui apprivoisent la ville
© Craig-Whitehead
Ces séries photographiques qui apprivoisent la ville
Dans la rue, au cœur du fourmillement de la foule ou au fil des bâtiments qui façonnent la réalité urbaine, les photographes n’ont de...
16 avril 2024   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Fotohaus Bordeaux 2024 : appréhender le littoral et ses territoires autrement
© Nancy Jesse
Fotohaus Bordeaux 2024 : appréhender le littoral et ses territoires autrement
En ce mois d’avril, la ville de Bordeaux célèbre le 8e art. Parmi les nombreuses expositions à découvrir figure Fotohaus Bordeaux, qui...
11 avril 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Dans l’œil de Maxime Riché : après le drame, l’ironie des publicitaires
© Maxime Riché
Dans l’œil de Maxime Riché : après le drame, l’ironie des publicitaires
Cette semaine, plongée dans l’œil de Maxime Riché. Dans Paradise, projet que nous vous présentons sur les pages du Fisheye #64, le...
08 avril 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Voyage aux quatre coins du monde : la séance de rattrapage Focus !
©Théo Saffroy / Courtesy of Point Éphémère
Voyage aux quatre coins du monde : la séance de rattrapage Focus !
De la Corée du Nord au fin fond des États-Unis en passant par des espaces imaginaires, des glitchs qui révèlent les tensions au sein d’un...
Il y a 2 heures   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Les éternels éphémères : des abeilles et des hommes
© Maewenn Bourcelot
Les éternels éphémères : des abeilles et des hommes
C’est un monde sublime et violent, enchanté et tragique, énigmatique et d’une évidence terrible. Avec Les Éternels Éphémères, la...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Nicolas Lebeau, reprendre le contrôle des images
© Nicolas Lebeau
Nicolas Lebeau, reprendre le contrôle des images
Avec Voltar A Viver (« Retourner à la vie », en français), Nicolas Lebeau questionne notre rapport aux images en puisant aussi bien dans...
17 avril 2024   •  
Écrit par Ana Corderot
Quand la photographie s’inspire de la mode pour expérimenter
© Hugo Mapelli
Quand la photographie s’inspire de la mode pour expérimenter
Parmi les thématiques abordées sur les pages de notre site comme dans celles de notre magazine se trouve la mode. Par l’intermédiaire de...
17 avril 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet