Les coups de cœur #525 : Daria Nazarova et Polina Muzyka

30 décembre 2024   •  
Écrit par Marie Baranger
Les coups de cœur #525 : Daria Nazarova et Polina Muzyka
© Polina Muzyka
Des couteaux.
Natura © Daria Nazarova

Daria Nazarova et Polina Muzyka, nos coups de cœur de la semaine, nous parlent de quête identitaire et de leur Russie natale, qu’elles ont quittée pour des raisons politiques. Si la première trouve dans la photographie la force de revenir à ses racines, la seconde compose des récits érotiques pour revendiquer la liberté et comprendre la matérialité des corps.

Daria Nazarova

Daria Nazarova est née en Russie. Grandissant dans une maisonnée créative, elle réalise, alors qu’elle a 18 ans, que « la photographie était le meilleur moyen d’exprimer ses émotions et ses idées ». Elle commence par capturer ses ami·es, sa famille, son environnement proche, puis s’en va pour étudier le médium dans une université de Saint-Pétersbourg. Or, la Russie n’est pas, à ce jour, un pays accueillant pour les artistes. « Les circonstances politiques mais aussi ma curiosité m’ont conduite en Géorgie », confie la photographe. Là-bas, son attention artistique se porte sur l’identité, l’appartenance et les liens entre les générations, les personnes et les lieux. « Je suis attirée par les endroits inconnus, les communautés fermées et l’exploration de mondes qui existent à côté du nôtre, mais qui sont souvent cachés », révèle-t-elle. En Géorgie, elle travaille d’abord comme modèle pour des sculpteur·ices – pour interagir avec les locaux·ales, mais surtout « pour fuir ou pour transformer mon identité, en effaçant la douleur causée par la guerre et l’émigration », avoue Daria Nazarova. Sa pratique photographique lui offre un espace d’expression personnelle. Elle dessine des toiles de ses propres expériences. « J’ai commencé à me comprendre plus profondément et à devenir plus forte, en embrassant plutôt qu’en rejetant mon passé et mes racines. Je peux surmonter les traumatismes », conclut l’autrice.

Natura © Daria Nazarova
Natura © Daria Nazarova
Natura © Daria Nazarova
Natura © Daria Nazarova
Natura © Daria Nazarova
© Polina Muzyka

Polina Muzyka

La photographie de Polina Muzyka est transgressive, érotique et puissante. L’artiste russe exilée vagabonde sur les canapés de ses ami·es en Europe et explore la nudité, le sexe, la féminité et la réalité corporelle telle une arme contre le régime de Poutine. « Comme l’a noté le célèbre activiste Anton Nikolaev, la sexualité est le dernier bastion de la liberté. Lorsque les autorités s’emparent de l’érotisme et de la sexualité, c’est fini. C’est l’un des signes les plus évidents d’une dictature », soutient-elle. En 2013, la Russie passe une loi interdisant la « propagande LGBTQIA+ ». En 2023, elle s’en prend au mouvement queer international. Face à la censure, Polina Muzyka compose avec des modèles un univers coloré, luxurieux, sensuel et provocateur. Son travail, au-delà d’être un acte militant formant des « images pour le futur », est aussi l’occasion pour elle d’entrer en contact avec la matière et l’éros. « Au sens psychanalytique, je ne vois pas l’existence de mon corps et je ne suis pas capable d’intimité avec quelqu’un », confie la photographe. Ainsi, à travers ces images, elle côtoie ce monde voluptueux qu’elle ne peut connaître de manière personnelle.

© Polina Muzyka
© Polina Muzyka
© Polina Muzyka
© Polina Muzyka
À lire aussi
Les coups de cœur #521 : Aurélia Sendra et Hugo Payen
© Hugo Payen
Les coups de cœur #521 : Aurélia Sendra et Hugo Payen
Aurélia Sendra et Hugo Payen, nos coups de cœur de la semaine, figent les instants de milieux disparates. La première prend pour cadre…
02 décembre 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Manbo Key : sextapes et histoires de famille
© Manbo Key. Father’s Videotapes.
Manbo Key : sextapes et histoires de famille
À l’aune de la légalisation du mariage pour tous à Taïwan en 2019, Manbo Key dévoile dix années de conversation visuelle intime…
28 août 2024   •  
Écrit par Marie Baranger
Explorez
Gabrielle Hébert : l’amour comme langage intime à la Villa Médicis
Gabrielle Hébert (1853-1934), Peppino Scossa endormi dans les bras de sa mère, 11 août 1888, aristotype à la gélatine, 8,7 x 11,7 cm, Paris, musée national Ernest Hébert © Musée d’Orsay, Dist. GrandPalaisRmn / Alexis Brandt
Gabrielle Hébert : l’amour comme langage intime à la Villa Médicis
Elle a photographié l’amour – son amour – et le temps qui passe. À la Villa Médicis, Gabrielle Hébert fait de la photographie un...
01 janvier 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Dans l’œil de Marilia Destot : mémoire entre ciel et mer
© Marilia Destot / Planches Contact Festival
Dans l’œil de Marilia Destot : mémoire entre ciel et mer
Cette semaine, nous vous plongeons dans l’œil de Marilia Destot. Jusqu’au 4 janvier 2026, l’artiste expose ses Memoryscapes à Planches...
26 décembre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Vuyo Mabheka : de brouillon et de rêve
Indlela de la série Popihuise, 2021 © Vuyo Makheba, Courtesy AFRONOVA GALLERY
Vuyo Mabheka : de brouillon et de rêve
Par le dessin et le collage, l'artiste sud-africain Vuyo Mabheka compose sa propre archive familiale qui transcrit une enfance solitaire...
25 décembre 2025   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Sarah Bahbah : écran d’intimité
© Sarah Bahbah
Sarah Bahbah : écran d’intimité
Sarah Bahbah a imaginé Can I Come In?, un format immersif à la croisée du podcast, du film et du documentaire. Dans les six épisodes qui...
18 décembre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Dans l’œil de Cloé Harent : derrière la falaise se cache la lumière
© Cloé Harent, Residency InCadaqués 2025
Dans l’œil de Cloé Harent : derrière la falaise se cache la lumière
Cette semaine, nous vous plongeons dans l’œil de Cloé Harent, dont l’œuvre a fait l’objet d’un accrochage lors de l’édition 2025 du...
02 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Gabrielle Hébert : l’amour comme langage intime à la Villa Médicis
Gabrielle Hébert (1853-1934), Peppino Scossa endormi dans les bras de sa mère, 11 août 1888, aristotype à la gélatine, 8,7 x 11,7 cm, Paris, musée national Ernest Hébert © Musée d’Orsay, Dist. GrandPalaisRmn / Alexis Brandt
Gabrielle Hébert : l’amour comme langage intime à la Villa Médicis
Elle a photographié l’amour – son amour – et le temps qui passe. À la Villa Médicis, Gabrielle Hébert fait de la photographie un...
01 janvier 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Sofía Jaramillo : la neige comme espace de réappropriation
A New Team © Sofía Jaramillo
Sofía Jaramillo : la neige comme espace de réappropriation
Dans A New Winter, Sofía Jaramillo s’attaque à l’imaginaire figé des sports d’hiver. En revisitant les codes visuels du ski, la...
31 décembre 2025   •  
Écrit par Cassandre Thomas
La sélection Instagram #539 : tout ce qui brille
© Jo Bradford / Instagram
La sélection Instagram #539 : tout ce qui brille
Pour fêter la nouvelle année, les artistes de notre sélection Instagram de la semaine posent leurs regards sur tout ce qui brille : feux...
30 décembre 2025   •  
Écrit par Marie Baranger