Vuyo Mabheka : de brouillon et de rêve

25 décembre 2025   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Vuyo Mabheka : de brouillon et de rêve
Indlela de la série Popihuise, 2021 © Vuyo Makheba, Courtesy AFRONOVA GALLERY
Collage et dessin
Emabalabala de la série Popihuise, 2024 © Vuyo Makheba, Courtesy AFRONOVA GALLERY

Par le dessin et le collage, l’artiste sud-africain Vuyo Mabheka compose sa propre archive familiale qui transcrit une enfance solitaire dans les townships, l’absence du père et ses rêves. Cet article est signé Carole Coen.

En langue xhosa d’Afrique du Sud, « popihuis » désigne un jeu de maison de poupées – une transposition d’une réalité fantasmée, une idéalisation du foyer, un bonheur formaté. Dans les images qui composent Popihuise, de Vuyo Mabheka, et qui mêle dessins au pastel, collages et photographies, le ciel est presque toujours bleu. Il est ponctué de nuages cotonneux ou d’étoiles dorées, parfois traversé par un cerf-volant ou un oiseau. Dessous se déroulent des scènes du quotidien : une femme chemine, son bébé en écharpe ; un homme pousse une poubelle ; des jeunes discutent, assis. Mais dans ces tableaux bariolés, un élément détonne : ce petit garçon, au milieu, auquel personne ne fait attention, les personnages qui l’entourent sont quasiment tous de dos et paraissent s’en éloigner. Lui, en revanche, nous regarde, la posture un peu gauche, l’air grave. « J’existe ! », semble-t-il nous dire.

Dessin et collage d'une chambre abec un enfant sur le lit
iGumbi Lam de la série Popihuise, 2021 © Vuyo Makheba, Courtesy AFRONOVA GALLERY
Chose Commune
56 pages, 40 €

Réinterpréter son enfance

C’est pour exister, ou en tout cas avancer que Vuyo Mabheka, né en Afrique du Sud en 1999, a réalisé ce travail où il conjugue l’imaginaire et la réalité de son enfance. Balloté de township en township, chargé des tâches domestiques et de sa petite sœur, Vuyo Mabheka a grandi dans la solitude et l’isolement. À partir des rares clichés de lui enfant qu’il possède, d’images découpées dans des magazines que rapportait sa mère des maisons des Blancs où elle travaillait et de photographies de sa communauté, Popihuise raconte l’enfance sans père, la pauvreté, le difficile rapport aux autres et, en écho, la débrouille et les rêves. L’auteur met en scène l’image de lui petit, grossièrement détourée dans des intérieurs certes colorés, mais où la violence – sociale, raciale — et le manque d’amour affleurent. Il coiffe de chapeaux « de grand », Panama ou Stetson, celui qui assumait des responsabilités qui n’étaient pas de son âge. Les rares 113 femmes présentes — sa mère, une tante, une inconnue ? — s’élancent ou vaquent à leurs occupations sans le voir.

La récurrence de la petite silhouette vêtue d’un jeans trop grand est comme la poupée que l’on déplace dans les pièces de sa maison. Chaque image fourmille de détails révélant à la fois un état intérieur, avec ses détresses et ses projections, et une réalité vécue.

Exposé à Paris Photo 2024, lauréat du Grand prix Images Vevey 2023-2024, Vuyo Mabheka a reçu le prix du livre dans la catégorie Auteurs aux Rencontres d’Arles 2025 pour Popihuise.

L’article est à retrouver dans son intégralité dans Fisheye #74.

Dessin et collage
Emcimbini de la série Popihuise, 2024 © Vuyo Makheba, Courtesy AFRONOVA GALLERY
Dessin et collage
Imbali Yesizwe de la série Popihuise, 2021 © Vuyo Makheba, Courtesy AFRONOVA GALLERY
Couverture du magazine Fisheye #74
170 pages
7,50 €
À lire aussi
Fisheye #74 sonde la notion d’éthique en photographie
© Stan Desjeux
Fisheye #74 sonde la notion d’éthique en photographie
Fisheye #74 sera disponible en kiosque ce samedi 8 novembre ! En ce mois consacré à la photographie, notre nouveau numéro s’intéresse à…
06 novembre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
What's the word? Johannesburg! : plongée au cœur de l'Afrique du Sud à la Fondation A
© Afronova Gallery, Alice Mann, Siphithemba Mshengu, 2018.
Terminé
Exposition
What’s the word? Johannesburg! : plongée au cœur de l’Afrique du Sud à la Fondation A
11.0921.12
Fondation A
Du 11 septembre au 21 décembre 2025, la Fondation A abrite l’exposition What’s the word? Johannesburg!. À travers leurs œuvres, neuf…
À Arles, Tshepiso Mazibuko dévoile et panse les blessures des born-free
© Tshepiso Mazibuko. Pink Hair, Phola Park, Thokoza 2017-2018, série Ho tshepa ntshepedi ya bontshepe. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
À Arles, Tshepiso Mazibuko dévoile et panse les blessures des born-free
Lauréate du Prix Madame Figaro – Arles et du Prix du Public Découverte 2024 de la Fondation Louis Roederer, Tshepiso Mazibuko capture…
19 août 2024   •  
Écrit par Marie Baranger
Explorez
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
Adama et Awa 3, Eboro, 2026 © Nuits Balnéaires
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
En descendant les marches qui mènent au sous-sol de la Fondation Henri-Cartier Bresson, l'on découvre Eboro. Cette série de photographies...
05 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les coups de cœur #584 : Daria Nazarova et WTNS
© Daria Nazarova
Les coups de cœur #584 : Daria Nazarova et WTNS
WNTS et Daria Nazarova, nos coups de cœur de la semaine, traitent de la représentation des corps et du mouvement. Toutes deux inspirées...
01 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les images de la semaine du 18 mai 2026 : notre existence
© Margarita Galandina
Les images de la semaine du 18 mai 2026 : notre existence
C'est l'heure du récap' ! Cette semaine, les images nous parlent de territoires et de vies traversés par les affres et le temps.
24 mai 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Thana Faroq cartographie l'altération de la mémoire
Still image from Imagine Me Like a Country of Love © Thana Faroq
Thana Faroq cartographie l’altération de la mémoire
Thana Faroq, artiste pluridisciplinaire yéménite installée aux Pays-Bas, revisite ses souvenirs ainsi que les questions de migration...
22 mai 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les coups de coeur #585 : Alban Lécuyer et Leila Basma
© Alban Lécuyer
Les coups de coeur #585 : Alban Lécuyer et Leila Basma
Nos coups de cœur de la semaine, Alban Lécuyer et Leila Basma, photographient les paysages et les différentes manières de l’habiter....
Il y a 9 heures   •  
Écrit par Esther Baudoin
Lillian Bassman et Sheila Metzner, deux avant-gardes de la photographie de mode
The Passion of Rome, Fendi, From Life, 1986© Sheila Metzner, courtesy la Galerie Rouge Paris
Lillian Bassman et Sheila Metzner, deux avant-gardes de la photographie de mode
Jusqu’au 19 septembre 2026, la Galerie Rouge pare ses murs de tirages signés Lillian Bassman et Sheila Metzner. Figures majeures de la...
08 juin 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les images de la semaine du 1er juin 2026 : du rêve à la réalité
Youssef Nabil (1972) Say Goodbye, self-portrait Alexandria, 2009 Tirage argentique coloré à la main, tiré en 2013, 50 x 75 cm Collection Pinault © Youssef Nabil.
Les images de la semaine du 1er juin 2026 : du rêve à la réalité
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images nous font basculer du réel au monde des songes. Face à la réalité, le rêve apparaît...
07 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Stephan Gladieu : regarder cette autre Amérique
© Stephan Gladieu
Stephan Gladieu : regarder cette autre Amérique
Dans Authentic Americans, Stephan Gladieu s’est immergé dans l'Amérique du centre et du sud, une Amérique dite profonde. Il s’y est rendu...
06 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot