Les dystopies enchanteresses de David Nissen

14 février 2023   •  
Écrit par Milena III
Les dystopies enchanteresses de David Nissen

Avec Out of the Darkness, le photographe français David Nissen imagine un monde monochrome peuplé de fantômes humains, proche de la dystopie, mais cependant habité d’un feu ardent.

« Out of the darkness a été composé suite à une déambulation, c’était un peu une page qui se refermait » , annonce David Nissen. À la manière de son « photo-roman » culte La Jetée de Chris Marker, le livre de ce cinématographe devenu également photographe apparaît comme une succession de souvenirs partiels et dénaturés, dont l’agencement raconte une histoire. On pourrait dire, en voguant au cœur des pages de l’ouvrage, qu’il correspond à une longue traversée de routes, de tunnels, de buildings de style passé ou futuriste, rythmé par des étapes dans des villes étranges, habitées par leurs habitants solitaires.

Ce livre, l’artiste l’a voulu en petit format mais pleine page, pour permettre une immersion complète dans cet univers dystopique – « Dystopia » a d’ailleurs failli être le titre de l’œuvre. « C’est l’histoire d’un regard dans une ville presque évanouie, où ne se trouvent que des fantômes humains », raconte David Nissen. Pour l’imaginer, le photographe est allé de capitales en grandes villes, en s’attachant à contempler les silhouettes fantasmagoriques qui habitent chacune d’elles.

© David Nissen

Aimer l’obscurité

Dans ces images où se croisent photographie de rue et cinématographie, certains personnages endossent plusieurs rôles, dépendant d’un simple point de vue : de simples citadins, intégrés ou marginaux, ils prennent parfois l’apparence de spectres voire des mirages. Sont-ils menaçants ou paisibles ? Désœuvrés ou heureux ? Les personnages de Out of the Darkness – comme cet individu assis dans la rue, à la capuche fermée sur son visage – demeurent aussi insaisissables que leur silhouette qui se découpent, contrastant avec ces visions d’un monde brumeux.

Si l’on relève tout de même un paradoxe dans le fait de parler d’une « sortie des ténèbres » tout en rejetant la couleur de ses photographies, le photographe s’en justifie pourtant : « le titre Out of the Darkness, je l’ai adoré. Je trouve Dystopia plus juste mais trop négatif. J’avais envie de choisir un titre en hommage à la lumière, aussi », précise-t-il. Pour la réalisation de ce livre, David Nissen s’est beaucoup imprégné de films en noir et blanc, de Kurosawa notamment – beaucoup de ces images ont d’ailleurs été prises au Japon – ou même de l’art mystique et poétique de son cinéaste fétiche, Andreï Tarkovski. « Ce dernier est pour moi un maître en termes d’anticipation, de narration, de poésie. Je pense que ce qu’il fait est presque parfait, que ce soit dans ses images ou ses couleurs », affirme-t-il. On perçoit, aussi, l’importance qu’a pour lui le travail du grand coloriste Saul Leiter et son attachement à saisir un monde, flottant, presque abstrait, entre deux mondes. C’est finalement peut-être les souvenirs de ses propres rêves, peuplé de créatures mythiques, que David Nissen tente d’inscrire dans une réalité qui échappe au temps, ou à toute tentative de circonscription dans un espace figé.

 

David Nissen sortira prochainement un nouveau livre, Shadow’s Praise.

© David Nissen

© David Nissen© David Nissen
© David Nissen© David Nissen

© David Nissen

© David Nissen

Explorez
Contenu sensible
Les images de la semaine du 30 mars 2026 : (se) découvrir
© Mahaut Harley
Les images de la semaine du 30 mars 2026 : (se) découvrir
C’est l’heure du récap‘ ! Les jours s’allongeant avec le printemps, l’ambiance...
05 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Contenu sensible
Mahaut Harley : des enveloppes charnelles
© Mahaut Harley
Mahaut Harley : des enveloppes charnelles
Dans les collages et créations scannées de Mahaut Harley, l'érotisme féminin est retravaillé, collé et réinterprété pour évoquer une...
01 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Valentin Fougeray et l'intime à découvert
© Valentin Fougeray
Valentin Fougeray et l’intime à découvert
Avec son premier ouvrage, De l’amour à la mort, Valentin Fougeray livre une cartographie sensorielle de l'intime. À travers des...
25 mars 2026   •  
Les coups de cœur #578 : Florian Salabert et Bodhi Shola
© Bodhi Shola
Les coups de cœur #578 : Florian Salabert et Bodhi Shola
Cette semaine, Florian Salabert et Bodhi Shola, nos coups de cœur, révèlent la magie qui sommeille en chacun·e d’entre nous.
23 mars 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Contenu sensible
Les images de la semaine du 30 mars 2026 : (se) découvrir
© Mahaut Harley
Les images de la semaine du 30 mars 2026 : (se) découvrir
C’est l’heure du récap‘ ! Les jours s’allongeant avec le printemps, l’ambiance...
05 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
NOÛS × BnF-P : entre création numérique et transmission du savoir
Simulation de Cepheide Mark III Vanité © Graphset
NOÛS × BnF-P : entre création numérique et transmission du savoir
C’est la grande nouvelle de ce début d’année : en partenariat avec BnF-P, Fisheye dévoile NOÛS, un festival pensé pour interroger la...
02 avril 2026   •  
Écrit par Maxime Delcourt
Contenu sensible
Mahaut Harley : des enveloppes charnelles
© Mahaut Harley
Mahaut Harley : des enveloppes charnelles
Dans les collages et créations scannées de Mahaut Harley, l'érotisme féminin est retravaillé, collé et réinterprété pour évoquer une...
01 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
15 expositions photographiques à découvrir en avril 2026
© Alžběta Drcmánková
15 expositions photographiques à découvrir en avril 2026
La rédaction de Fisheye a relevé une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et dans le reste de la France en avril 2026....
01 avril 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine