Maisie Cousins à la galerie Ketabi Bourdet : beauté révulsante

21 mars 2023   •  
Écrit par Milena III
Maisie Cousins à la galerie Ketabi Bourdet : beauté révulsante
© Maisie Cousins

Jusqu’au 7 avril prochain, l’exposition Premiers vertiges à la galerie Ketabi Bourdet rassemble une diversité de médiums pour évoquer la sensation de transition que l’on peut ressentir au fil d’une vie. C’est la première fois que l’artiste londonienne Maisie Cousins, à la renommée internationale, est présentée en France.

« Vous souvenez-vous de vos premiers frissons ? Ceux de votre corps, de votre esprit, de votre cœur ? » C’est ainsi que la curatrice Élise Roche présente Premiers vertiges, une exposition qu’elle veut personnelle et intime, à l’image de son rapport aux artistes et aux œuvres qu’elle a choisi de présenter. La galerie Ketabi Bourdet accueille actuellement de la vidéo, du design, du stylisme, de la peinture ou de la photographie. Leur point commun ? Une histoire collective de passage à l’âge adulte. Les images y sont tourbillonnaires, sensuelles et sensorielles, de l’étourdissement à la griserie, de l’ivresse à l’extase. « Au départ, raconte la curatrice, le thème devait être l’époque adolescente, mais au fil de l’exposition, on réalise que ce sont tous et toutes de grands enfants qui ont emmené les créatures et les vertiges qui peuplaient leur imaginaire au cœur de leur univers artistique ». Une exposition peuplée de figures hybrides : des fleurs irisées géantes, peintes par Marcella Barceló, une créature aux fraises esquissée sur une robe par le styliste Charles de Vilmorin, un patchwork tapissé de mille visages permettant à Inès Longevial d’évoquer le mythe du phénix…

Seule photographe convoquée, Maisie Cousins, du haut de ses 30 ans, a déjà été exposée à la Tate Britain, à la Tate Modern ainsi qu’au Festival Vogue Photo à Milan. Ses images en gros plan d’aliments pourris, d’ordures et d’insectes au pouvoir poétique captivant constituent des œuvres difficiles à acquérir – c’est d’ailleurs la première fois qu’elle présente deux de ses photographies en France. La première, intituléeWasp, représente une guêpe morte gisant sur un fruit exotique aux mille nuances orangées. « Elle vient entrer en résonance avec le mythe d’Icare, celui qui en voulant toucher le soleil se brûle les ailes », interprète Élise Roche. La seconde, Blue Mermaid, représentant une miniature de sirène bleue en plastique échouée au milieu d’aliments qui n’inspirent guère l’appétit.

© Maisie Cousins / Courtesy of the artist and galerie Katebi Bourdet© Maisie Cousins / Courtesy of the artist and galerie Katebi Bourdet

© Maisie Cousins : à g. Wasp (2017), à d. Blue Mermaid (2018) / Courtesy of the artist and galerie Ketabi Bourdet

Des images inconfortables, mais stimulantes

Tomber sur une photographie de Maisie Cousins suscite souvent une réaction viscérale. Il demeure cependant difficile d’en détourner les yeux, car ses œuvres exercent un réel pouvoir de fascination. Tout comme Lucile Boiron, elle trouve dans la photographie un moyen d’interroger la vérité biologique, en jouant entre la sensualité, le grotesque et une crudité viscérale. Toutes deux cultivent ainsi un style subtilement subversif, duquel émerge une poésie profonde. Dans l’agencement de l’image tout d’abord ; mais aussi dans la combinaison des couleurs d’éléments naturels et artificiels, des textures – puisque Maisie Cousins n’utilise pas PhotoShop. Mais aussi dans le contraste entre le perturbant et l’incongruité la plus totale de ce qui nous est présenté. Ses photographies sont créatrices d’un véritable tourbillon intérieur, provoquant des visions imaginaires, autant que d’un vertige physique, en raison de l’effet de gros plan et le caractère étrange de ses compositions.

« Les sujets dont elle s’approche sont terribles dans la vie quotidienne, mais Maisie Cousins parvient à imaginer des mondes oniriques à partir de ceux-ci », assure Élise Roche. De cette manière, l’artiste ne fait que créer un espace qui, en définitive, n’existe pas dans le quotidien. « Le vertige, c’est aussi ce moment où l’on se demande quand est-ce que cela va s’arrêter, poursuit la curatrice de l’exposition. Au fond, chacune de ces œuvres est à la fois premier et dernier vertige. L’abeille morte de Maisie Cousins en est peut-être à sa fin, ou bien à son début. » Les thématiques du pourrissement et de la chute explorées par Maisie Cousins entrent ainsi en résonance avec le sentiment de transition, de la recherche d’identité et de la création d’un monde nouveau. La photographe nous invite à une forme d’exploration de nous-mêmes, afin de prendre conscience des différentes strates qui nous composent, de la répulsion au sentiment de douceur et d’émerveillement. Échapper à l’ennui, être pris·e dans le tourbillon des sensations : voilà le désir qui anime le plus l’artiste, et que nous transmettent de toute évidence ces images singulières.

© Amélie Bigard, Orpheu negro, 2023 / Courtesy of the artist and galerie Katebi Bourdet

© Amélie Bigard, Orpheu negro, 2023 / Courtesy of the artist and galerie Ketabi Bourdet

© Amélie Bigard, Baby Hulk, 2021 / Courtesy of the artist and galerie Katebi Bourdet© Marcella Barceló, Cami a casa, 2021 / Courtesy of the artist and galerie Katebi Bourdet

© à g. Amélie Bigard, Baby Hulk, 2021, à d. Marcella Barceló, Cami a casa, 2021  / Courtesy of the artist and galerie Ketabi Bourdet

© Image d’ouverture : Maisie Cousins, Wasp (2017) / Courtesy of the artist and galerie Ketabi Bourdet

Explorez
Les Rencontres d’Arles ont annoncé la programmation de leur édition 2026 !
© Carlos Idun-Tawiah, Many Reasons to Live Again [De nombreuses raisons de vivre à nouveau], 2022. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Galería Alta.
Les Rencontres d’Arles ont annoncé la programmation de leur édition 2026 !
La programmation de la 57e édition des Rencontres d’Arles, qui se tiendra du 6 juillet au 4 octobre 2026, a été dévoilée. Les expositions...
08 avril 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
La sélection Instagram #552 : chasse aux oeufs et lapin blanc
© tipsa_fse / Instagram
La sélection Instagram #552 : chasse aux oeufs et lapin blanc
Le matin de Pâques, sur l’herbe encore mouillée par la rosée, un lapin blanc se presse. Il dissimule délicatement des œufs, tantôt au...
07 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les coups de cœur #579 : Natalia Peralta et Lou Goffini
© Lou Goffini
Les coups de cœur #579 : Natalia Peralta et Lou Goffini
Natalia Peralta et Lou Goffini, nos coups de cœur de la semaine, sondent le monde, à la fois pour y déceler des espaces d’imagination et...
06 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
NOÛS × BnF-P : entre création numérique et transmission du savoir
Simulation de Cepheide Mark III Vanité © Graphset
NOÛS × BnF-P : entre création numérique et transmission du savoir
C’est la grande nouvelle de ce début d’année : en partenariat avec BnF-P, Fisheye dévoile NOÛS, un festival pensé pour interroger la...
02 avril 2026   •  
Écrit par Maxime Delcourt
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes...
© Jonathan Chandi
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes…
Indissociables de notre quotidien, les écrans et les réseaux sociaux ont radicalement transformé notre rapport à l'image. Entre la...
09 avril 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Les Rencontres d’Arles ont annoncé la programmation de leur édition 2026 !
© Carlos Idun-Tawiah, Many Reasons to Live Again [De nombreuses raisons de vivre à nouveau], 2022. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Galería Alta.
Les Rencontres d’Arles ont annoncé la programmation de leur édition 2026 !
La programmation de la 57e édition des Rencontres d’Arles, qui se tiendra du 6 juillet au 4 octobre 2026, a été dévoilée. Les expositions...
08 avril 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
mini EPIC : des petits livres qui disent grand
© Cedric Roux
mini EPIC : des petits livres qui disent grand
Pensés comme une « petite bibliothèque de voyages » , les livres mini EPIC déploient la série d’un·e artiste sur 48 pages. De petits...
08 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
La sélection Instagram #552 : chasse aux oeufs et lapin blanc
© tipsa_fse / Instagram
La sélection Instagram #552 : chasse aux oeufs et lapin blanc
Le matin de Pâques, sur l’herbe encore mouillée par la rosée, un lapin blanc se presse. Il dissimule délicatement des œufs, tantôt au...
07 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin