Les coups de cœur #571 : Nicolas Gastaud et Sonia Martina

05 janvier 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Les coups de cœur #571 : Nicolas Gastaud et Sonia Martina
L’île la plus proche du paradis © Nicolas Gastaud
Photo d'archive d'une famille composée d'un militaire de sa femme et d'un enfant
L’île la plus proche du paradis © Nicolas Gastaud

Nicolas Gastaud et Sonia Martina, nos coups de cœur de la semaine, explorent des récits intimes. Le premier sonde son héritage familial en Nouvelle-Calédonie, tandis que la seconde met en lumière à travers l’autoportrait l’identité féminine et la perte de mémoire

Nicolas Gastaud

« Mes deux grands-mères sont issues de l’immigration : l’une est italienne, l’autre installée en Nouvelle-Calédonie. Ces héritages ont fait naître en moi l’envie de retourner sur ces territoires », raconte Nicolas Gastaud, chef opérateur et assistant caméra, qui explore le médium photographique depuis une dizaine d’années. En décembre 2024, il part sur les traces de ses ancêtres dans le Pacifique Sud, où vit encore son aïeule, et entreprend le projet L’île la plus proche du paradis. « Je voulais tenter de raconter des histoires intimes, ancrées dans des contextes géographiques et culturels précis », précise-t-il. Dix ans après son dernier voyage, l’artiste est confronté à ce qu’il appelle « une forme de désillusion ». Il navigue entre ses souvenirs d’enfance et la réalité actuelle, marquée par des tensions économiques et politiques — notamment les revendications indépendantistes du peuple kanak. Dans ses images coexistent les traces des révoltes et les retrouvailles avec les siens. Celles-ci dialoguent avec des archives familiales. « Mon arrière-grand-mère faisait partie des “Chân Đăng”, ces Vietnamiens envoyés en Nouvelle-Calédonie au début du XXe siècle pour y travailler. Elle a eu seize enfants, dont ma grand-mère, née sur l’île, confie Nicolas Gastaud. Il m’a semblé pertinent de situer cette famille vietnamienne au cœur du Pacifique, sur un territoire en tension, afin d’interroger les notions d’héritage, de mémoire et d’appartenance. » Le photographe souhaiterait poursuivre cette quête visuelle et personnelle à l’avenir.

Une personne avec un chapeau vietnamien allume de l'encens sur une tombe
L’île la plus proche du paradis © Nicolas Gastaud
Photo d'archive de trois hmme devant un paquebot
L’île la plus proche du paradis © Nicolas Gastaud
Une voiture incendiée
L’île la plus proche du paradis © Nicolas Gastaud
Portrait d'une grand-mère
L’île la plus proche du paradis © Nicolas Gastaud
Autoportrait d'une femme dans un miroir
© Sonia Martina

Sonia Martina

Installée en Italie sur la côte méditerranéenne, Sonia Martina sonde la matérialité du médium photographique pour en révéler la fragilité. À travers une approche physique et sensorielle, l’artiste expérimente diverses techniques : prise de vue analogique, double exposition, tirage en chambre noire, émulsion Polaroid, détérioration ou encore chimigramme. « Je considère ces pratiques presque comme une forme d’alchimie, où la chimie, le temps et la matière participent activement à l’image », explique-t-elle. Ses autoportraits traduisent des interrogations profondes sur le corps et la mémoire, entre présence et effacement. « Mon travail s’articule autour de l’intimité, de la fragilité, de l’identité féminine et de la perte de mémoire. Je m’intéresse à la façon dont la mémoire fonctionne de manière inégale : certains détails restent nets tandis que d’autres s’estompent. Lorsque le support photographique lui-même est altéré, manipulé ou dégradé, l’image cesse d’être un contenant fiable de la mémoire et commence à remettre en question son propre rôle de preuve », confie l’autrice. Si elles semblent figées dans le temps, les images de Sonia Martina poursuivent pourtant une lente métamorphose : « Une fois l’intervention amorcée, la photographie continue d’évoluer. Cet état reflète ma conception des corps et des souvenirs : jamais stables, jamais résolus. »

Autoportrait fait avec un polaroid et des emulsions
© Sonia Martina
Des reflets du haut d'une visage dans un miroir
© Sonia Martina
Autoportrait fait avec un polaroid et des emulsions
© Sonia Martina
Portrait d'un femme en mouvement
© Sonia Martina
Dyptique d'un portrait de femme en négatif et en diapositif
© Sonia Martina
À lire aussi
Les coups de coeur #570 : Fahad Bahramzai et Elisa Grosman
© Elisa Grosman
Les coups de coeur #570 : Fahad Bahramzai et Elisa Grosman
Fahad Bahramzai et Elisa Grosman, nos coups de cœur de la semaine, cherchent tous deux à transmettre des émotions par l’image. Le premier…
29 décembre 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Les coups de cœur #568 : Bastien Bilheux et Thao-Ly
© Bastien Bilheux
Les coups de cœur #568 : Bastien Bilheux et Thao-Ly
Bastien Bilheux et Thao-Ly, nos coups de cœur de la semaine, vous plongent dans deux récits différents qui ont en commun un aspect…
08 décembre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
Adama et Awa 3, Eboro, 2026 © Nuits Balnéaires
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
En descendant les marches qui mènent au sous-sol de la Fondation Henri-Cartier Bresson, l'on découvre Eboro. Cette série de photographies...
05 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les coups de cœur #583 : Daria Nazarova et WTNS
© Daria Nazarova
Les coups de cœur #583 : Daria Nazarova et WTNS
WNTS et Daria Nazarova, nos coups de cœur de la semaine, traitent de la représentation des corps et du mouvement. Toutes deux inspirées...
01 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les images de la semaine du 18 mai 2026 : notre existence
© Margarita Galandina
Les images de la semaine du 18 mai 2026 : notre existence
C'est l'heure du récap' ! Cette semaine, les images nous parlent de territoires et de vies traversés par les affres et le temps.
24 mai 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Thana Faroq cartographie l'altération de la mémoire
Still image from Imagine Me Like a Country of Love © Thana Faroq
Thana Faroq cartographie l’altération de la mémoire
Thana Faroq, artiste pluridisciplinaire yéménite installée aux Pays-Bas, revisite ses souvenirs ainsi que les questions de migration...
22 mai 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les images de la semaine du 1er juin 2026 : du rêve à la réalité
Youssef Nabil (1972) Say Goodbye, self-portrait Alexandria, 2009 Tirage argentique coloré à la main, tiré en 2013, 50 x 75 cm Collection Pinault © Youssef Nabil.
Les images de la semaine du 1er juin 2026 : du rêve à la réalité
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images nous font basculer du réel au monde des songes. Face à la réalité, le rêve apparaît...
07 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Stephan Gladieu : regarder cette autre Amérique
© Stephan Gladieu
Stephan Gladieu : regarder cette autre Amérique
Dans Authentic Americans, Stephan Gladieu s’est immergé dans l'Amérique du centre et du sud, une Amérique dite profonde. Il s’y est rendu...
06 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
SMITH établit son laboratoire expérimental au MAC VAL
Sans titre, in "Dami (Fulmen)", 2023. Thermogramme sur aluminium brossé. Courtesy Galerie Christophe Gaillard © SMITH
SMITH établit son laboratoire expérimental au MAC VAL
Dans le cadre du Bicentenaire de la Photographie, le MAC VAL met à l’honneur le travail de SMITH à travers une exposition intitulée Ici...
06 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
Adama et Awa 3, Eboro, 2026 © Nuits Balnéaires
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
En descendant les marches qui mènent au sous-sol de la Fondation Henri-Cartier Bresson, l'on découvre Eboro. Cette série de photographies...
05 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin