Vigilance : une histoire de la prévention et de la sécurité en entreprise

29 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Vigilance : une histoire de la prévention et de la sécurité en entreprise
© Couverture du magazine Vigilance, n°41, un monteur et ses gants isolants, Michel Crépin, septembre 1971. Avec l’aimable autorisation des archives EDF.
Nouveau sac d’outillage pour monteur électricien, 1964.
© Pierre Berenger, Nouveau sac d’outillage pour monteur électricien, 1964. Avec l’aimable autorisation des archives EDF.

Comme chaque année, les Rencontres d’Arles proposent des expositions faisant la part belle aux archives. En 2026, nous retrouvons notamment Vigilance. Le travail sous tension, présentée à Ground Control jusqu’au 4 octobre 2026. Nommée d’après une revue du même nom éditée par EDF entre 1953 et 2015, celle-ci met en lumière les mesures de sécurité privilégiée par l’entreprise pour limiter les risques d’accident. Arthur Mettetal, historien et commissaire d’exposition, nous en dit davantage. 

Apolline Coëffet : Qu’est-ce qui a motivé EDF à lancer la revue Vigilance ?

Arthur Mettetal : La revue Vigilance a été lancée en 1953 sous l’impulsion d’un constat très simple : à l’époque, dans les années 1950, un grand nombre d’accidents mortels et non mortels est survenu au sein de l’entreprise. L’année 1950 a d’ailleurs été une année noire pour le groupe avec 59 décès. Depuis sa création, en 1946, EDF a récupéré des dizaines d’entreprises qui s’occupaient de la production, de l’exploitation et de la distribution de l’électricité avec des normes de sécurité très disparates. Ce n’était pas une priorité pour elles. EDF a donc mis en place un certain nombre de mesures dont Vigilance fait partie, puisque c’est vraiment un magazine pédagogique, technique, à destination des agents. L’édito du premier numéro traitait justement de la nécessité de développer et propager une culture de la sécurité au sein de l’entreprise. 

Quelle était la direction artistique de la revue ? 

Ce qui est très intéressant dans l’histoire de cette revue, c’est qu’elle est d’abord exclusivement destinée aux agents de l’entreprise. Tout se fait donc en interne par le service de la prévention et de la sécurité, et non par celui de la communication. Les premiers numéros sont en très petit format, un peu sous forme de fanzine. C’est à partir du dixième que le format s’agrandit et que la photographie prend une place très importante. Elle revêt un rôle pédagogique et didactique. Concernant la direction artistique en tant que telle, il n’y en a pas vraiment. 

En revanche, les images qui sont utilisées pour illustrer ces thématiques de la sécurité et de la prévention sont commandées à des photographes qui travaillent pour un autre organisme qui s’appelle la Sodel [la Société pour le développement de l’électricité, ndlr] et qui, en bref, est le bras armé de la communication du groupe EDF, notamment pour tout ce qui est externe. Il doit donc promouvoir les différents usages de l’électricité auprès des Français, auprès des industriels… Au sein de la Sodel, il y a des photographes connus, comme Gilles Ehrmann, Hervé Gloaguen ou Pierre Berenger, qui documentent les grands chantiers et grands ouvrages de l’électricité, les barrages, les centrales, etc. Ils vont aussi être missionnés pour réaliser des images à destination pédagogique sur cette thématique-là. Ils doivent respecter des cahiers des charges, bien évidemment, mais la nouvelle esthétique industrielle dans laquelle ils s’inscrivent porte finalement la direction artistique de la revue.

ArthurMettetal
Historien et commissaire d’exposition
« Finalement, la revue nous permet d’observer les différentes causes d’accidents qui surviennent, depuis 1946 jusqu’à aujourd’hui, dans de nombreuses entreprises. »
Instrument de radioprotection, 1977
© Michel Brigaud, Instrument de radioprotection, 1977. Avec l’aimable autorisation des archives EDF.
Couverture du magazine Vigilance, n°10, monteurs de ligne au travail, janvier 1960.
© Couverture du magazine Vigilance, n°10, monteurs de ligne au travail, janvier 1960. Avec l’aimable autorisation de la BnF.

Quels types de dangers sont-ils mis en évidence ?

L’électricité est une énergie invisible qui porte en elle un certain nombre de dangers qui lui sont propres. Quand on s’intéresse aux causes des accidents, on se rend compte qu’il y a bien évidemment des électrocutions. Toutefois, EDF a des activités diverses et l’on retrouve des choses assez classiques dans l’histoire de la prévention et de la sécurité, c’est-à-dire les chutes de hauteur, les noyades, les intoxications, les ports de charges lourdes qui font mal au dos, la conduite de véhicules… Finalement, la revue nous permet d’observer les différentes causes d’accidents qui surviennent, depuis 1946 jusqu’à aujourd’hui, dans de nombreuses entreprises.

Quand et pour quelles raisons la revue s’est-elle arrêtée ?

Elle s’est arrêtée en 2015, pour plein de raisons. La principale est que, déjà, au tournant des années 2000, le format magazine n’est plus privilégié au sein des entreprises, qui préfèrent les newsletters. Puis, le service prévention et sécurité a perdu son contrôle au profit de la direction de la communication. La prévention a alors pris d’autres formes.

ArthurMettetal
Historien et commissaire d’exposition
« J’essaye toujours de montrer l’importance de la commande photographique au sein des entreprises. C’est une part de l’histoire de la photographie qui n’est pas à cacher. »
Barrage de Grandval, 1963
© Gilles Ehrmann, Barrage de Grandval, 1963. Avec l’aimable autorisation des archives EDF.

À l’époque, y avait-il d’autres entreprises qui produisaient ce genre de revues ou, en tout cas, participaient à de telles campagnes de sensibilisation pour leurs employés ?

Qui participaient à des campagnes de sensibilisation, oui, mais à une revue dédiée à cette thématique, non. En plus de cela, EDF a formé des moniteurs de sécurité, qui sont des agents référents dans ce domaine. Ils diffusaient des films, placardaient des affiches dans tous les locaux… L’entreprise a également mis en place un certain nombre d’outils et de matériels de sécurité en propre, il y avait la médecine du travail… Dans ce domaine-là, je dirais qu’EDF a été pionnière et même source d’inspiration pour le législateur.

À quel point l’entreprise a-t-elle été impliquée dans la réalisation de l’exposition ?

Pour être transparent, la plupart des images proviennent de leur fonds d’archives et ils ont soutenu le livre et l’exposition d’un point de vue financier. En revanche, ils n’ont eu aucun droit de regard et il n’y a pas eu d’ingérence sur le contenu. C’est la règle d’or à laquelle je me tiens : il n’est pas question que, à un moment donné, l’entreprise qui soutient le projet nous dise que cette photo ne va pas, qu’il ne faut pas parler de cela ou, au contraire, qu’il faut absolument parler de tel sujet. Sinon, ça devient une exposition de marque. C’est d’ailleurs pourquoi les dernières images de celle-ci datent de 1983, avec la construction des centrales nucléaires. Je n’ai pas voulu aller plus loin, car j’estime qu’il faut quand même une distance par rapport aux activités actuelles de l’entreprise. 

Quel message souhaitez-vous faire passer à travers cette exposition et cet ouvrage ?

J’essaye toujours de montrer l’importance de la commande photographique au sein des entreprises. C’est une part de l’histoire de la photographie qui n’est pas à cacher. Au contraire, c’est un pan qui mérite d’être vu.

À lire aussi
Wagon-bar : les grandes lignes de la restauration ferroviaire
Petite restauration servie au bar Corail, 1985. © Fonds de dotation Orient Express
Wagon-bar : les grandes lignes de la restauration ferroviaire
Historien des chemins de fer et spécialiste du patrimoine ferroviaire et industriel, Arthur Mettetal présente Wagon-bar aux Rencontres…
03 juillet 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Matthieu Nicol et les archives culinaires surréalistes de l’armée américaine
Vending machine with Air Force officer, 1977 © US Army
Matthieu Nicol et les archives culinaires surréalistes de l’armée américaine
Iconographe de profession, Matthieu Nicol est également collectionneur d’images. Parmi celles qu’il privilégie se trouvent les…
06 mars 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
Blinded by your Grace : les tempêtes chassées
© Sarah Chaplin Espenon, 2026, courtesy Loose Joints
Blinded by your Grace : les tempêtes chassées
Dans son ouvrage Blinded by the Grace, publié chez Loose Joints, Sarah Chaplin Espenon s’intéresse aux femmes chasseuses de tornades. Une...
07 octobre 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Découvrez la lauréate et les finalistes du prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière 2026 !
© Sophie Zénon
Découvrez la lauréate et les finalistes du prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière 2026 !
La lauréate et les finalistes du prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière ont été dévoilés. Voici le palmarès de cette édition...
05 octobre 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Fisheye vous invite au Salon Photo & Vidéo 2026 !
Le Parc aux Cerfs © Gerald Petit. Collection musée Nicéphore Niépce, Chalon-sur-Saône
Fisheye vous invite au Salon Photo & Vidéo 2026 !
Cette année, le Salon Photo & Vidéo se tiendra du 8 au 11 octobre à la grande halle de La Villette. Il s’intéressera autant à l’image...
03 octobre 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Lors du Salon Photo & Vidéo, participez aux balades visuelles Sandisk™ x Fisheye !
© Diane Moyssan
Lors du Salon Photo & Vidéo, participez aux balades visuelles Sandisk™ x Fisheye !
Après les Conversations photographiques lancées à Arles l’été passé, Sandisk™ et Fisheye s’associent de nouveau et proposent des balades...
02 octobre 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Concours Fisheye x Arc'teryx : découvrez le nom des lauréats !
© Amandine Joset
Concours Fisheye x Arc’teryx : découvrez le nom des lauréats !
En ce début septembre, les membres du jury du concours Fisheye x Arc’teryx se sont réunis afin de désigner leurs trois lauréats. Les...
13 octobre 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
InCadaqués Festival : Julie Peiffer remporte le Premi Fotografia Femenina 2026
© Julie Peiffer
InCadaqués Festival : Julie Peiffer remporte le Premi Fotografia Femenina 2026
Le Premi Fotografia Femenina Fisheye x InCadaqués 2026 a récompensé Julie Peiffer pour Renversement, une série où la nature fragile...
10 octobre 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Le Chant des villes : un urbain intime chez agnès b. 
© Alexandre Dupeyron
Le Chant des villes : un urbain intime chez agnès b. 
Jusqu’au 25 octobre 2026, la Galerie du Jour agnès b. présente Le Chant des villes, une exposition collective aux écritures contrastées...
09 octobre 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Blindfolded : Antoine De Winter dialogue avec les glaciers
© Antoine De Winter
Blindfolded : Antoine De Winter dialogue avec les glaciers
Dans Blindfolded, Antoine De Winter s'intéresse à la disparition des glaciers des Alpes suisses en mêlant abstractions colorées et images...
08 octobre 2026   •  
Écrit par Marie Baranger