Ultramoderne solitude

28 septembre 2017   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Ultramoderne solitude

L’application Tinder compte plusieurs millions d’utilisateurs dans le monde, et Maxime Matthys, photojournaliste de 22 ans, est allé à la rencontre d’une vingtaine d’entre eux. Jeunes et moins jeunes, ces garçons et ces filles nous racontent les relations instantanées qu’ils gèrent depuis leur smartphone. Cet article fait partie de notre dernier numéro.

 « Slt, tu cherches quoi ? »

  À l’heure des réseaux sociaux et de l’hyperconnectivité, la drague version 3.0 n’a jamais semblé aussi simple, directe, efficace. L’époque n’est plus aux préliminaires timides, aux lettres enflammées ou aux discussions romantiques. C’est plutôt tout de suite, ici et maintenant… ou jamais ! Chloé, Daisy, David, Dung, Elena, Élodie et Grégoire sont quelques-uns des millions d’adeptes de l’application de rencontre Tinder. Dans l’intimité de leur chambre à coucher, le soir, quand la ville s’endort, ils entrent en contact avec d’autres âmes esseulées, en quête d’une relation amoureuse sérieuse ou d’un soir. Pour la vingtaine de Parisiens qui se sont confiés à Maxime Matthys, Tinder relève, selon les cas, de l’accélérateur de rencontres, du bal musette géant, voire du supermarché.

La vraie vie, mais en mieux

Si Maxime s’est intéressé à cette génération Tinder, c’est qu’il est précisément dans le cœur de cible des utilisateurs : les jeunes urbains de moins de 30 ans. Âgé de 22 ans, ce grand blond a passé son enfance en Belgique, avant de suivre sa famille dans la campagne gersoise à l’âge de 16 ans. Après deux ans d’école de photographie à l’ETPA de Toulouse, le jeune homme monte à Paris pour suivre une formation en photojournalisme, à l’EMI-CFD. C’était il y a tout juste un an, en octobre 2016. Quand Maxime débarque dans la capitale, il est célibataire et ne connaît personne. Toutes les conditions sont réunies pour tester Tinder, « le moyen de rencontrer des gens comme dans la vraie vie, mais en mieux », comme l’affirme le slogan.

Si l’application a autant de succès, c’est qu’elle est gratuite et simple d’accès. Il suffit de quelques minutes pour remplir son profil et télécharger une série de photos avantageuses. Peut alors commencer ce que le photographe appelle le « shopping amoureux ». Si un profil lui plaît, l’utilisateur le like par un balayage de l’écran vers la droite. Sinon, il le balaye par la gauche : pas intéressé ! Quand deux personnes s’apprécient mutuellement, il se produit un « match » : c’est la possibilité d’entrer en contact direct par le biais d’une messagerie privée.

Chloé lance plusieurs conversations simultanées au risque de s’y perdre. « C’est malsain, mais d’un autre côté on reste quand même dessus, ce qui est très étrange » © Maxime Matthys
Chloé lance plusieurs conversations simultanées au risque de s’y perdre. « C’est malsain, mais d’un autre côté on reste quand même dessus, ce qui est très étrange » © Maxime Matthys
Chloé lance plusieurs conversations simultanées au risque de s’y perdre. « C’est malsain, mais d’un autre côté on reste quand même dessus, ce qui est très étrange » © Maxime Matthys

Chloé lance plusieurs conversations simultanées au risque de s’y perdre. « C’est malsain, mais d’un autre côté on reste quand même dessus, ce qui est très étrange » © Maxime Matthys

Rendez-vous instantanés

« Au bout de quelques semaines d’utilisation, j’ai eu un match avec une fille et, le soir même, on s’est rencontré chez moi,

raconte Maxime. Finalement, cela n’a pas collé, mais cette première rencontre a constitué un élément déclencheur. J’ai été surpris par le côté instantané du rendez-vous, comme si tu commandais une pizza ou des sushis  à domicile ! » À la recherche d’idées de reportage, le jeune homme voit combien l’application alimente les conversations en soirée. Il sait qu’il a trouvé son sujet. Pour contacter des utilisateurs, il ouvre un compte spécifique, et comme il l’explique sur son profil, il n’est pas inscrit pour des conquêtes, mais bien pour réaliser un projet documentaire « sans jugement ». En six mois de pratique intensive, le jeune reporter comptabilise quelque 900 matchs, dont il estime que seulement 5 % ont effectivement débouché sur une rencontre. Maxime a pris le temps d’interviewer longuement chaque témoin avant de faire leur portrait. « Pour la séance photo, je leur demandais de se mettre à l’aise, comme si on ouvrait la porte de leur chambre. » Chaque portrait est complété par une image de l’écran du portable affichant le profil d’un de ses contacts Tinder. La mélancolie qui se dégage de ces diptyques est compensée par les témoignages, souvent drôles et touchants. Odile, une hôtesse de l’air de 45 ans qui accumule les expériences avec de jeunes étalons, raconte comment elle s’est progressivement constituée, sans le demander, une « belle collection de photos de bites ». Ses contacts ne peuvent s’empêcher de les lui envoyer. Mais d’autres histoires dérapent vers le sexe trash ou l’agression sexuelle. Traumatisée par un viol qui a bien entamé sa confiance dans la gent masculine, Elena a, malgré tout, accepté de témoigner pour tenter de sensibiliser d’autres victimes potentielles.

Dung. Accélérateur de rencontres, shopping amoureux ou plans cul, l’application gratuite est utilisée quotidiennement par des millions d’utilisateurs dans le monde © Maxime Matthys
Dung. Accélérateur de rencontres, shopping amoureux ou plans cul, l’application gratuite est utilisée quotidiennement par des millions d’utilisateurs dans le monde © Maxime Matthys
Dung. Accélérateur de rencontres, shopping amoureux ou plans cul, l’application gratuite est utilisée quotidiennement par des millions d’utilisateurs dans le monde © Maxime Matthys
Dung. Accélérateur de rencontres, shopping amoureux ou plans cul, l’application gratuite est utilisée quotidiennement par des millions d’utilisateurs dans le monde © Maxime Matthys

                 « C’est un bon moyen pour se changer les idées et regonfler son ego, explique Elodie, tout en reconnaissant que ce genre de système altère les rapports humains. » © Maxime Matthys

« C’est un bon moyen pour se changer les idées et regonfler son ego, explique Elodie, tout en reconnaissant que ce genre de système altère les rapports humains. » © Maxime Matthys

 

Dung. Accélérateur de rencontres, shopping amoureux ou plans cul, l’application gratuite est utilisée quotidiennement par des millions d’utilisateurs dans le monde © Maxime Matthys

Dung. Accélérateur de rencontres, shopping amoureux ou plans cul, l’application gratuite est utilisée quotidiennement par des millions d’utilisateurs dans le monde © Maxime Matthys

L’intégralité de cet article est à retrouver dans Fisheye #26, en kiosque depuis le 16 septembre et disponible sur Relay.com

 

Explorez
Les coups de cœur #573 : Ninon Boissaye et Guillaume Millet
00/00/0000 - 00:00, de la série (Ni) Non © Ninon Boissaye
Les coups de cœur #573 : Ninon Boissaye et Guillaume Millet
Ninon Boissaye et Guillaume Millet, nos coups de cœur de la semaine, s’intéressent à des sujets engagés et à des moments de flottement....
19 janvier 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Jo Ratcliffe et Martin Parr : quand paysages et société se reflètent
© Martin Parr
Jo Ratcliffe et Martin Parr : quand paysages et société se reflètent
Au Jeu de Paume, du 30 janvier au 24 mai 2026, deux expositions majeures de photographie interrogent la manière dont l’image rend compte...
17 janvier 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
The Beat Goes On : le Quai de la photo retrace l’histoire du clubbing
© Karel Chladek
The Beat Goes On : le Quai de la photo retrace l’histoire du clubbing
Jusqu’au 24 avril 2026, le Quai de la photo rend hommage au monde de la nuit avec The Beat Goes On. L’exposition rassemble huit...
16 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Dans l’œil d'Antoni Lallican : hommage
1 © Antoni Lallican
Dans l’œil d’Antoni Lallican : hommage
Disparu le 3 octobre dernier, tué par un drone russe dans le Donbass, Antoni Lallican, photoreporter et collaborateur pour la presse...
15 janvier 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
La sélection Instagram #542 : vignettes et mosaïques
© Taras Perevarukha / Instagram
La sélection Instagram #542 : vignettes et mosaïques
Les artistes de notre sélection Instagram de la semaine font dialoguer les images. Entre collages, mosaïques et estampes, leurs créations...
Il y a 4 heures   •  
Écrit par Marie Baranger
Blue Monday : 28 séries de photographies qui remontent le moral 
© Charlotte Robin
Blue Monday : 28 séries de photographies qui remontent le moral 
Depuis 2005, chaque troisième lundi de janvier est connu pour être le Blue Monday. Derrière ce surnom se cache une croyance, née d’une...
19 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les coups de cœur #573 : Ninon Boissaye et Guillaume Millet
00/00/0000 - 00:00, de la série (Ni) Non © Ninon Boissaye
Les coups de cœur #573 : Ninon Boissaye et Guillaume Millet
Ninon Boissaye et Guillaume Millet, nos coups de cœur de la semaine, s’intéressent à des sujets engagés et à des moments de flottement....
19 janvier 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Les images de la semaine du 12 janvier 2026 : clubbing, Géorgie et couleurs
© Zhang JingXiang / Instagram
Les images de la semaine du 12 janvier 2026clubbing, Géorgie et couleurs
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les pages de Fisheye vous emmènent au cœur du monde du clubbing, en Géorgie et dans un univers...
18 janvier 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine