Une campagne en hors-champ

03 septembre 2016   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Une campagne en hors-champ
Nate Gowdy est l’outsider des photographes accrédités pour la campagne électorale américaine. Mais début juin, la couverture du Time est une photo de Bernie Sanders, triomphant. La sienne.

Jusqu’ici, Nate Gowdy était plutôt habitué aux portraits de drag-queens illuminés par les lampadaires de la ville. Au flash, en noir et blanc, et les plus crus possible. Il y a cinq ans, alors qu’il vient de démissionner de son poste d’assistant en maternelle, sa famille lui offre son premier appareil photo. Il se présente à la rédaction du Seattle Gay News, un hebdomadaire LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres) bien implanté dans la ville. « Je me suis pointé et je leur ai dit : je veux devenir photographe. » Après un premier essai catastrophique, le jeune homme se fait la main en photographiant tous les événements LGBT du coin pour une centaine de dollars en tickets alimentaires par semaine.

En traînant dans les bars gays le soir, il développe un style brut, légèrement culotté, teinté d’humour et d’ironie. À travers ses images irrévérencieuses, son objectif est de trouver naturellement la grande histoire dans le mondain, et les petites histoires silencieuses et personnelles dans les moments épiques.

© Nate Gowdy
© Nate Gowdy

C’est ainsi que l’année suivante, alors que l’État de Washington se lance en campagne pour légaliser le mariage gay et que la scène LGBT de Seattle prend une tournure politique, le jeune photographe se retrouve au centre de l’effervescence. « Tout à coup, je me suis mis à connaître tous les politiques du coin, et j’étais devenu le photographe officiel pour tous les mariages gays », raconte Nate.

C’est un de ces hommes politiques, côté démocrate, qui le recommandera auprès du Comité national démocrate pour photographier Barack Obama lors d’un événement privé. Le président donnait une heure de son temps lors d’un dîner à 16 000 dollars l’entrée pour collecter des fonds pour les élections de mi-mandat. « Jusque-là, dans mon portfolio, je n’avais que des photos de drag-queens et de mariages homosexuels. Et tout à coup, je me suis retrouvé dans la même pièce qu’Obama. C’était la première fois que je mettais un costume-cravate. » Avec ses airs d’adolescent mal dégrossi, Nate ne se sent pas à sa place. Et il adore ça. « La scène politique était un monde complètement différent du mien. C’était comme pour les communautés LGBT : j’étais l’intrus, la minorité dans la pièce. Je ne suis jamais sorti des États-Unis, c’est mon exotisme à moi. »

Campaign in Contrast by Nate Gowdy-12
© Nate Gowdy

Bagout et débrouillardise

Petit à petit, il apporte son appareil aux meetings d’Hillary Clinton, suit les militants faisant du porte-à-porte pour inciter les gens à s’inscrire sur les listes électorales. Sans accréditation, il suffisait d’un peu de bagout et de débrouillardise. En août dernier, alors que Bernie Sanders débarque à Seattle pour une journée express, le jeune photographe pédale toute la journée sur son vélo sous une chaleur écrasante pour suivre le candidat démocrate et sa horde de communicants. Il finit par payer 200 dollars un ticket d’une collecte de fonds, juste pour être dans la même pièce que Sanders.

… L’intégralité de cet article est à retrouver dans Fisheye #19, en kiosque actuellement. Texte par Sofia Fischer.

Explorez
Les images de la semaine du 10.06.24 au 16.06.24 : la photo contre la violence de l'oppression
© Campbell Addy
Les images de la semaine du 10.06.24 au 16.06.24 : la photo contre la violence de l’oppression
C’est l’heure du récap‘ ! Les photographes de la semaine tentent de faire entendre les voix des marges et des personnes opprimé·es de la...
16 juin 2024   •  
Écrit par Milena Ill
Markowicz & Ackerman : à Arles, deux dialogues avec le temps
© Michael Ackerman
Markowicz & Ackerman : à Arles, deux dialogues avec le temps
Du 27 juin au 29 septembre 2024, la galerie Anne Clergue Galerie à Arles présente Le monde flottant, de Michael Ackerman et Maciej...
15 juin 2024   •  
Écrit par Costanza Spina
Les expositions photo à découvrir cet été !
Paris, 1967 © Joël Meyerowitz
Les expositions photo à découvrir cet été !
Chaque saison fait fleurir de nouvelles expositions. À cet effet, la rédaction de Fisheye a répertorié toute une déclinaison...
14 juin 2024   •  
Écrit par Fisheye Magazine
How I Met Jiro : les marges d'Osaka révélées par Chloé Jafé
© Chloé Jafé
How I Met Jiro : les marges d’Osaka révélées par Chloé Jafé
Avec How I Met Jiro, livre édité conjointement par The(M) Editions et IBASHO, Chloé Jafé clôt une trilogie en trois chapitres qui conte...
13 juin 2024   •  
Écrit par Milena Ill
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Thomas Mailaender à la MEP : « Des images à la fois stupides et intelligentes »
De la série Illustrated People, 2013 © Thomas Mailaender
Thomas Mailaender à la MEP : « Des images à la fois stupides et intelligentes »
Jusqu’au 29 septembre, la Maison européenne de la Photographie laisse carte blanche à Thomas Mailaender. Un pari réussi pour l’artiste...
Il y a 1 heure   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Les coups de cœur #497 : Leila Calvaruso et Danae Panagiotidi
© Leila Calvaruso
Les coups de cœur #497 : Leila Calvaruso et Danae Panagiotidi
Leila Calvaruso et Danae Panagiotidi, nos coups de cœur de la semaine, documentent la vie quotidienne à l’aide de leur boîtier. La...
Il y a 5 heures   •  
Les images de la semaine du 10.06.24 au 16.06.24 : la photo contre la violence de l'oppression
© Campbell Addy
Les images de la semaine du 10.06.24 au 16.06.24 : la photo contre la violence de l’oppression
C’est l’heure du récap‘ ! Les photographes de la semaine tentent de faire entendre les voix des marges et des personnes opprimé·es de la...
16 juin 2024   •  
Écrit par Milena Ill
Markowicz & Ackerman : à Arles, deux dialogues avec le temps
© Michael Ackerman
Markowicz & Ackerman : à Arles, deux dialogues avec le temps
Du 27 juin au 29 septembre 2024, la galerie Anne Clergue Galerie à Arles présente Le monde flottant, de Michael Ackerman et Maciej...
15 juin 2024   •  
Écrit par Costanza Spina