Les dessous de La Havane

25 mars 2019   •  
Écrit par Maria Teresa Neira
Les dessous de La Havane

El libro supremo de la suerte est un ouvrage signé Rose Marie Cromwell, une photographe qui vit entre Cuba et Miami. Le livre, édité par Light Work et TIS Books, explore la ville de la Havane à travers les symboles de la loterie secrète.

L’ouvrage de Rose Marie Cromwell, El libro supremo de la suerte – « Le livre suprême de la chance » –, fait référence aux livrets de la loterie secrète de La Havane (aussi appelés « charadas »), dont les Cubains font usage pour jouer à la loterie. Des carnets composés de chiffres associés à des animaux, et autres symboles divers, qui offrent aux joueurs une multitude d’idées pour le choix des combinaisons gagnantes. Ils font par exemple correspondre les moments de leur vie avec les chiffres et s’adonnent ensuite à des calculs mystiques. Dans son livre, qui rassemble des photographies réalisées à La Havane pendant sept ans, Rose Marie Cromwell n’utilise pas les chiffres dans un sens littéral. Ses images sont des allusions aux éléments de la loterie qu’elle a collectées dans les rues de la capitale, des résonances à ce jeu. « Dans la charada cubaine, chaque chiffre a une infinité de significations et de symboles, de Saint Lazare à la prostituée, en passant par le petit poisson. Pour gagner à la loterie, il suffit d’identifier ces signes dans votre vie », précise-t-elle dans son ouvrage.

Une relecture des mythes cubains

Séduits par l’allure romantique de Cuba, les photographes ont souvent dépeint la ville de La Havane sous un regard idéalisé. Son architecture délabrée, ses voitures anciennes, ses couleurs pastel ou encore ses icônes communistes, la ville est souvent documentée comme un paradis perdu. Et pourtant, ces paysages de la vieille Havane reposent sur une esthétique superficielle. Derrière ces clichés se cache une réalité sociale fréquemment banalisée. Rose Marie Cromwell rend hommage à un Cuba qu’elle a redécouvert à travers une relecture de la loterie cubaine, une démarche qui lui a permis d’explorer la relation entre le social et le spirituel. Sa série composée d’images du quotidien délivre une image lyrique de Cuba, entre réalisme et magie, un récit non linéaire faisant allusion au destin et aux caprices de la chance. Rose Marie Cromwell a réinterprété les symboles de la « charada » pour construire une séquence fragmentée et mystérieuse. L’ouvrage, développé en collaboration avec le designer Ben Salesse, reflète le récit de l’expérience de Cromwell tout comme le système de loterie mais aussi de la vie cubaine. Avec ce projet, Rose Marie Cromwell redécouvre non seulement la ville de la Havane mais aussi son travail en tant qu’artiste. « J’ai grandi à La Havane, en tant que personne et artiste. Cet ouvrage est un hommage à une géographie spécifique, aux couches multiples. J’honore les symboles qui ont façonné un lieu et une époque. J’ai documenté ma quête d’intimité et de spiritualité, tout en naviguant dans la politique sociale à Cuba, en tant que photographe et en tant qu’étrangère », confie-t-elle. Les images qui frôlent le surréalisme sont accompagnées d’une note dévoilant une histoire pourtant bien réelle.

El libro supremo de la suerte,   TIS Books/Light Work, 192 pages, $75.

© Rose Marie Cromwell © Rose Marie Cromwell

© Rose Marie Cromwell© Rose Marie Cromwell

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© Rose Marie Cromwell

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