Brassage au coeur de l’Europe

03 août 2017   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Brassage au coeur de l'Europe

Non loin de Bruxelles, en Belgique, se déroule, jusqu’au 17 septembre 2017, une nouvelle manifestation photo. En plein cœur des ruines d’une abbaye du XIIe siècle, le festival Brassage photographique est un projet engagé et ambitieux. Focus sur une première édition dynamique.

Lorsqu’on arrive à Villers-la-Ville

par la route, la surprise et l’émotion s’enchaînent sans transition. Au loin se dressent, imposantes, les ruines magistrales d’une abbaye du XIIe siècle. Nichés dans la région wallonne, ces incroyables vestiges sont pour la première fois l’écrin d’une manifestation dédiée au huitième art, le festival Brassage photographique, lancé le 17 juin. Si son nom se réfère à la tradition belge du brassage de la bière, il renvoie aussi à la notion de diversité, primordiale dans ce cas. Il se déploie en quinze expositions sur les quelque 8 000 mètres carrés du domaine abbatial. Quinze expositions à travers quinze lieux : de la colline qui surplombe le jardin de la Pharmacie au jardin de l’Abbé, jusqu’aux anciens vignobles qui s’élèvent le long d’un escalier de cent marches… la photographie se déploie dans un cadre exceptionnel. L’association entre les tirages grand format exposés en plein air et ce lieu patrimonial crée une émotion d’une rare intensité.

Bastien Duval, 24 ans, est à l’origine de ce projet. Passionné de photographie, il raconte : « J’ai composé ce festival un peu comme un bouquin dont chaque exposition serait un chapitre. » Brassage est construit en trois volets dont les deux premiers sont consacrés au continent africain. L’un souligne les approches poétiques et artistiques de Colin Delfosse (Les Catcheurs de Kinshasa), Maroesjka Lavigne (Land of Nothingness), et Tahir Carl Karmali (Jua Kali, Kenya). Le second met en avant des démarches plus journalistiques de Ruben Salgado Escudero (Solar Portraits in Uganda), Pascal Maitre (Les Baobabs de Madagascar), et Nyani Quarmyne – avec notamment son travail sur le climat réalisé dans le cadre d’une mission pour Médecins sans frontières, partenaire de l’événement.

Présentées dans le chapitre, les images poignantes de Nyani Quarmyne sont issues d'une commande pour Médecins sans Frontières.

Présentées dans le chapitre, les images poignantes de Nyani Quarmyne sont issues d’une commande pour Médecins sans Frontières.

 

Les anciens vignobles de l’abbaye s’élèvent le long d’un escalier de cent marches… Le long duquel sont exposées, entre autres, les photographies tirées de la série Wild Iceland, de Nicola Odemann.

Des énergies nouvelles

Le véritable coup de maître, c’est d’avoir fait en sorte d’exposer des jeunes photographes dans un troisième volet consacré à l’Europe. « Je crois très fort au projet européen. Et j’avais envie de mettre en commun les histoires de plusieurs artistes européens, explique Bastien. En revanche, je n’ai pas réfléchi en termes d’émergents, l’idée c’était vraiment d’amener de la découverte. Car il y a un vrai terreau d’expérimentation du côté de la jeunesse : une souplesse dans le travail, une envie… c’est très intéressant de travailler dans cette nébuleuse-là. » C’est nécessaire aussi. Nicola Odemann, qui expose Wild Iceland, présente sa première exposition aux côtés de Quentin Bruno, Sébastien Van Malleghem, Julie Hascoët, Anna Filipova et Antoine Bruy. « Ce ne sont pas les travaux qu’on va voir le plus souvent, en galerie notamment. Mais c’est justement ce qui m’intéresse », poursuit Bastien.

Pour Pascal Fautré, directeur de l’abbaye, « ce projet s’intègre parfaitement dans le positionnement sociétal de l’abbaye de Villers-la-Ville. » Il souligne l’originalité de cet événement, et surtout, « ce qui est intéressant pour nous, c’est d’offrir l’opportunité à une nouvelle génération de photographes d’exposer sur un site comme celui-là. » Nicola Odemann nous confie sa « grande émotion. C’est très encourageant pour moi, car je n’avais jamais vu mes images de cette façon, ça me motive à progresser ». Il y a de la générosité dans ce festival que Bastien Duval a bâti entre les murs de cette abbaye transformée, le temps d’un été, en cathédrale de la diversité, de la découverte et du partage. À déguster sans modération, avec quelques gorgées de bière.

RESEARCH AT THE END OF THE WORLD
Credit: © Anna Filipova

À g. : © Anna Filipova ¦ À d. : © Sébastien Van Malleghem

Extrait de la série Congolese Wrestlers. Ce reportage sur les catcheurs de Kinshasa ouvre le parcours du festival © Colin Delfosse

SOLAR PORTRAITS /MM8418

Extrait de Solar Portraits in Uganda, © Rubén Salgado Escudero

© Quentin Bruno

© Quentin Bruno

© Julie Hascoët
© Julie Hascoët
© Julie Hascoët
© Julie Hascoët

Extraits de la série Murs de l’Atlantique, © Julie Hascoët

© Maroesjka Lavigne

Extrait de Land of Nothingness, © Maroesjka Lavigne

© Nicola Odemann

Extrait de Wild Iceland, © Nicola Odemann

© Tahir Cark Karmali
© Tahir Cark Karmali
© Tahir Cark Karmali
© Tahir Cark Karmali

Extrait de Jua Kali, Kenya, © Tahir Carl Karmali

Explorez
Bleu comme désert pour interroger notre regard sur un territoire
© Leïla Macaire
Bleu comme désert pour interroger notre regard sur un territoire
Bleu comme désert est un projet photographique réalisé par Leïla Macaire dans les dunes du désert du Tassili n’Ajjer, en Algérie, qui...
30 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Festival Mondes en commun 2026 ou les empreintes en repères
© Yasmina Benabderrahmane
Festival Mondes en commun 2026 ou les empreintes en repères
Pour la 3e édition du festival Mondes en commun du musée départemental Albert-Kahn, ce sont onze photographes qui déploient leurs œuvres...
30 mai 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
BMW ART MAKERS : les vitraux organiques de Lara Tabet et Yasmine Chemali
Les Aygalades (détail), Bactériographie, impression UV sur verre, 2026 © Lara Tabet / BMW ART MAKERS
BMW ART MAKERS : les vitraux organiques de Lara Tabet et Yasmine Chemali
Lauréates du programme de mécénat BMW ART MAKERS 2026, l’artiste Lara Tabet et la commissaire Yasmine Chemali explorent les eaux...
29 mai 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Les Rencontres de Niort 2026 : nos urgences contemporaines
Piton Carré, massif du Vignemale, 2021, série De glace © Grégoire Eloy
Les Rencontres de Niort 2026 : nos urgences contemporaines
Jusqu’au 31 mai 2026, les Rencontres de la jeune photographie internationale de Niort 2026 dévoilent leur nouvelle édition. Cette année...
20 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Fisheye #77, désormais en kiosque, s’immisce au cœur des festivals photo de l’été 2026
La petite Vera, Lac Baïkal, Sibérie, 1998. © Claudine Doury / Courtesy de l’artiste et de l’agence VU’
Fisheye #77, désormais en kiosque, s’immisce au cœur des festivals photo de l’été 2026
Que valent nos images ? C’est avec cette question en tête que nous avons composé Fisheye #77, que vous pouvez dès à présent retrouver en...
06 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Eyes of the Storm - Paul McCartney photographe, 1963-64 le calme avant la tempête
Paul McCartney, Autoportrait, Londres, 1963 © 1963-1964 Paul McCartney sous licence exclusive de MPL Archive LLP
Eyes of the Storm – Paul McCartney photographe, 1963-64 le calme avant la tempête
Jusqu'au 3 janvier 2027, le musée Granet accueille Eyes of the Storm, une exposition consacrée à une facette méconnue de Paul McCartney...
04 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Chère Lisa : ces choses que l’on revêt
© Louise Chevallet
Chère Lisa : ces choses que l’on revêt
C’est entre les pages du journal intime de sa mère que Louise Chevallet s’est aventurée pour composer son ouvrage Chère Lisa. À...
03 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
David Salcedo : dans la lumière, ouvrons les yeux
© David Salcedo
David Salcedo : dans la lumière, ouvrons les yeux
À travers Te vas a quedar ciego, David Salcedo retravaille des images capturées dans des émissions télévisées et recrée d’autres...
02 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot