MYOP, vingt ans de photographie : défaire, refaire, rêver le monde

09 janvier 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
MYOP, vingt ans de photographie : défaire, refaire, rêver le monde
© Agnès Dherbeys
Portrait de la jeunesse moscovite
© Julien Daniel

À l’occasion de son vingtième anniversaire, le collectif MYOP investit le Carré de Baudouin avec une exposition manifeste. À partir de deux décennies d’archives photographiques, Défaire Refaire Rêver propose une traversée sensible et engagée de notre époque, interrogeant notre manière d’habiter un monde en crise sans renoncer à la puissance poétique des images.

Depuis vingt ans, MYOP occupe une place singulière dans le paysage de la photographie contemporaine française. Fondé à Paris en 2005, ce collectif défend une pratique à la fois documentaire, engagée et profondément subjective. Loin d’une photographie illustrative ou distanciée, MYOP revendique un regard incarné, où chaque image est un acte, une prise de position, une manière d’habiter le réel. Inspiré par un poème de Paul Éluard – « Mes yeux, objets patients » –, le nom même du collectif affirme cette volonté de rester ouvert au monde, malgré ses fractures et ses zones d’ombre.

À l’occasion de son vingtième anniversaire, MYOP propose une exposition inédite au Carré de Baudouin, à Paris, du 16 janvier au 14 mars 2026. Intitulée Défaire Refaire Rêver – MYOP, 20 ans d’une histoire en mouvement, cette exposition s’inscrit dans un temps de relecture et de projection. Après une première installation présentée aux Rencontres d’Arles à l’été 2025, centrée sur la pratique documentaire du collectif, le projet parisien affirme un propos plus frontalement politique et poétique. À partir de vingt années d’archives photographiques, il interroge notre manière d’habiter un monde traversé par les crises écologiques, sociales et géopolitiques, sans jamais renoncer à la puissance d’imagination des images.

Bateau en noir et blanc
© Olivier Monge
Paysage flou
© Julien Pebrel
Une cabane
© Zen Lefort
Cabane dans la forêt
© Pierre Hybre

Un poème visuel à plusieurs voix

Michel Slomka s’est occupé du commissariat de l’exposition avant d’imaginer, avec le reste du groupe, une installation collective. Pensée comme un poème visuel à plusieurs voix, elle tisse des liens entre les écritures de ses photographes pour faire émerger une narration chorale. Les images convoquent des présences humaines, animales, mémorielles et symboliques, explorant les tensions de notre époque tout en laissant affleurer des forces de résistance, de dignité et de métamorphose.

Les parcours thématiques – « Habiter l’inhabitable », « Habiter le campement », « Les étreints », « Faire signe, guetter la trace », « Recomposer des mondes, réensauvager l’image » – dessinent un chemin sensible à travers les territoires bouleversés, les corps exposés, les marges et les gestes d’entraide. Les photographies ne documentent pas seulement le réel : elles cherchent à en déplacer les contours, à inventer de nouvelles formes du visible, à réenchanter notre rapport au monde.

Cette aventure collective réunit vingt photographes dont les regards singuliers composent l’identité de MYOP : Ed Alcock, Guillaume Binet, Julien Daniel, Agnès Dherbeys, Laurence Geai, Pierre Hybre, Olivier Jobard, Alain Keler, Olivier Laban-Mattei, Stéphane Lagoutte, France Keyser, Oan Kim, Jean Larive, Ulrich Lebeuf, Zen Lefort, Adrienne Surprenant, Olivier Monge, Julien Pebrel, Chloe Sharrock et Michel Slomka. Ensemble, ils écrivent une histoire photographique vivante, indocile et engagée, où chaque image devient un espace de réflexion et de résistance. Accueillie dans le cadre verdoyant et ouvert du Carré de Baudouin, lieu de rencontres et de transmission culturelle, cette exposition gratuite s’adresse à tous les publics. MYOP y célèbre vingt ans de création collective tout en affirmant, plus que jamais, que la photographie peut encore défendre la poésie du monde.

Glace dans la mer et icebergs
© Olivier Laban-Mattei
Animaux nocturnes
© Michel Slomka
Femme qui rit avec une robe rose
© France Keyser
Photographie expérimentale
© Oan Kim & The Dirty
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