Lucie Bascoul et le parcours de congélation d’ovocytes

10 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Lucie Bascoul et le parcours de congélation d'ovocytes
© Lucie Bascoul
Portrait d'une femme suivant un parcours de congélation d'ovocytes
© Lucie Bascoul
LucieBascoul
Photographe
« Il y a un tabou autour de la difficulté d’avoir un enfant qui ne devrait pas exister.  »

À travers Désirs contrariés, Lucie Bascoul témoigne de son expérience de la congélation d’ovocytes. En croisant portraits de patientes et photographies documentaires avec des éléments d’archives personnelles, l’artiste souhaite briser le tabou autour de ce sujet et aider les femmes qui s’engagent dans ce parcours.

Fisheye : Ta série s’intitule Désirs contrariés, au pluriel. Outre le désir d’être mère, quelles sont les autres envies qui sont mises à mal lors de la congélation d’ovocytes ?

Lucie Bascoul : Le désir de faire famille, le désir de maîtriser son corps, le désir que les choses se passent d’une façon naturelle… C’est ce que la plupart des personnes aimeraient. C’est le désir qui nous échappe. On est dans le flou, le processus est long et on est obligés de laisser place à l’inconnu, ce qui est un peu contradictoire avec ce qu’on essaye de faire aujourd’hui en contrôlant tout.

À quel moment et pour quelles raisons as-tu décidé d’immortaliser ton parcours ? 

C’était assez viscéral. Ce parcours était tellement intime, tellement dur… Ce n’est pas quelque chose que j’avais envie de faire. Je suis plutôt dans la médecine douce, plus naturelle. Je suis assez contre l’idée de recevoir des choses extérieures à mon corps. J’essaie d’être beaucoup plus proche de la nature et puis de laisser les choses se faire. Quand ma gynécologue m’a dit que j’allais être « inondée d’hormones » – ce sont les mots qu’elle a employés –, ça m’a fait peur et je me suis demandé si voulais vraiment le faire. Jusqu’au dernier moment, je n’étais pas sûre. Pour me donner la force de le faire, j’ai décidé d’en faire quelque chose. C’est un sujet qui est plus grand que moi et je me suis rendu compte que ça allait aider beaucoup de femmes. 

Bibliothèque de dossiers de parcours de congélation d'ovocytes
© Lucie Bascoul
Témoignage d'une femme suivant un parcours de congélation d'ovocytes
© Lucie Bascoul
Médecin accompagnant les parcours de congélation d'ovocytes
© Lucie Bascoul
LucieBascoul
Photographe
« Encore aujourd’hui, peu de femmes savent que cette opération est gratuite. Il faut seulement payer 40 euros, tous les ans, pour garder les ovocytes dans un congélateur.  »

Comment l’hôpital a-t-il accueilli ta volonté de documenter ce milieu ?

J’ai eu la chance d’avoir un rendez-vous avec le Dr Bélaïsch-Allart, au centre hospitalier des Quatre Villes, à Saint-Cloud.  C’est une femme passionnée qui m’a envoyé beaucoup d’articles sur le sujet. Je lui ai expliqué que je voulais réaliser un projet photo et elle était partante. Elle m’a dit qu’il fallait demander l’autorisation à l’hôpital et ils ont accepté. J’ai rencontré l’équipe des infirmières, des médecins, je suis allée dans le labo, dans les salles opératoires, tout ça avant de me lancer dans la procédure. Je pense que j’avais besoin de ça, aussi, pour me donner de la force, car ça a adouci mon expérience. Quand je suis arrivée, le jour de l’opération, j’avais l’impression d’être à la maison. 

Dans le cadre de ce projet, tu t’es entretenue avec plusieurs femmes suivant le même parcours. Comment les as-tu rencontrées ?

J’en ai parlé autour de moi et je me suis rendu compte qu’il fallait que je trouve ailleurs, donc j’ai cherché à travers Instagram. Assez rapidement, les personnes qui me suivaient ont partagé cela avec leurs proches. Aujourd’hui encore, des femmes me contactent à ce sujet. À partir du moment où j’ai pris la parole en public, ça m’a donné plus de force. Aussi, je prends le temps d’aborder le sujet avec les hommes. La plupart d’entre eux ne sont pas au courant et minimisent la réalité. C’est important de les informer. C’est dur, dans la vie d’un couple, de traverser cela. Il y a un tabou autour de la difficulté d’avoir un enfant qui ne devrait pas exister. 

Chacune d’elles a rempli une fiche d’identification dans laquelle elles expliquent, entre autres choses, leurs motivations. Peux-tu nous en dire plus ?

J’avais envie de montrer différents profils, car il y a plein de raisons de suivre ce processus. J’ai décidé de m’intéresser à quatre types de personnes. J’ai trouvé une femme, psychiatre en hôpital, qui a fait un don et n’a aucun désir de maternité. Elle a juste souhaité prouver à sa famille qu’elle n’était pas contre les enfants, mais qu’elle n’en voulait pas. Une autre voulait avoir un enfant toute seule. Certaines sont en couples depuis des années et ont envie de se laisser une chance au cas où leur relation s’arrêterait. D’autres se sont rendu compte, après une simple visite chez la gynécologue, qu’elles étaient en préménopause et avaient très peu de chance d’être mères. Il y a aussi des femmes malades, qui ont une endométriose, un cancer… Chacune a sa raison qui lui appartient.

Témoignage d'une femme suivant un parcours de congélation d'ovocytes
© Lucie Bascoul
Congélateur d'ovocytes
© Lucie Bascoul
© Lucie Bascoul

Selon toi, à quoi le manque d’informations et cette absence de visibilité autour de la congélation d’ovocytes sont-ils dus ?

Les hôpitaux manquent de moyens. Encore aujourd’hui, peu de femmes savent que cette opération est gratuite. Il faut seulement payer 40 euros, tous les ans, pour garder les ovocytes dans un congélateur. Ce sont surtout des citadines, dans des professions intellectuelles, qui ont eu la possibilité de se renseigner, de s’informer qui suivent cette procédure. Il y a aussi un tabou sur ce sujet. Certaines ne veulent pas que ce soit public et, dans certains milieux, j’imagine que ce doit être compliqué.

Que pourraient faire le milieu hospitalier et les proches de ces femmes pour mieux les accompagner ?

Déjà, être là psychologiquement et physiquement, écouter, s’intéresser et ne pas minimiser ce qui est vécu. Ça rassure. C’est une démarche qui fait peur et qui peut être douloureuse, c’est beaucoup de doutes, de questionnements. Lors de la prise d’hormones, il peut y avoir beaucoup de changements émotionnels, des sautes d’humeur. Si j’avais un conseil à donner, c’est bien de trouver quelqu’un qui est présent, à qui on peut en parler. On ne peut pas sous-estimer ce que ça peut engendrer. Ça nous dépasse toutes, je crois. 

Témoignage d'une femme suivant un parcours de congélation d'ovocytes
© Lucie Bascoul
Des seringues servant lors d'un parcours de congélation d'ovocytes
© Lucie Bascoul
Témoignage d'une femme suivant un parcours de congélation d'ovocytes
© Lucie Bascoul
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