Dans l’œil de Valentine de Villemeur : un réfrigérateur révélateur

01 septembre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Dans l’œil de Valentine de Villemeur : un réfrigérateur révélateur
© Valentine de Villemeur
ValentinedeVillemeur
Photographe
« Cette image, pour moi, elle montre à quel point le quotidien peut basculer d’un coup, à quel point la PMA vient s’immiscer dans notre intimité. »

Cette semaine, nous vous plongeons dans l’œil de Valentine de Villemeur. La photographe a consigné le parcours de sa procréation médicalement assistée (PMA) dans I’ve Always Wanted to Be a Mom, un ouvrage qui sort ce mois-ci aux éditions Four Eyes. Pour Fisheye, elle revient sur un tirage qui témoigne de la place que prend une telle entreprise dans le quotidien.

Il y a quelques mois, nous vous faisions découvrir I’ve Always Wanted to Be a Mom qui, après une première présentation à Arles, est désormais disponible en librairie. À travers cet ouvrage, Valentine de Villemeur raconte le parcours de procréation médicalement assistée auquel elle a dû avoir recours afin d’assouvir son désir d’être mère. Si cette expérience, documentée selon une approche autobiographique, est particulièrement intime, elle témoigne pourtant de la réalité de plus en plus de femmes en France. Au fil des pages se déploie ainsi une histoire sensible et bouleversante dans laquelle beaucoup se reconnaîtront. Dans un enchevêtrement de portraits aux nuances douces, d’archives ancrées dans la froideur du processus et de textes personnels, les doutes et surtout la résilience émergent tour à tour. Aujourd’hui, la photographe nous parle d’une image de son réfrigérateur qui en dit long sur la place qu’occupe une PMA dans le quotidien de celles qui l’entreprennent.

Une nouvelle routine

« C’est l’une des premières images que j’ai prises au début de notre parcours PMA. Après des mois d’attente liés à l’interruption médicale de grossesse, il nous avait fallu patienter encore un peu avant de pouvoir entamer ce nouveau chapitre. Puis, enfin, le moment est arrivé.

Quelques jours avant de faire cette photo, je suis allée chez le gynécologue qui m’a gentiment remis l’ordonnance avec tous les traitements à prendre. En parallèle, on m’a expliqué comment allait se dérouler les prochaines semaines. En sortant du rendez-vous, je suis directement allée à la pharmacie pour commander les injections. Il y en avait tellement que j’ai dû venir les chercher en plusieurs fois. 

Le jour où j’ai pris cette photo, la pharmacie m’a appelée pour me dire qu’une première partie des médicaments était prête, que je pouvais venir les récupérer. J’y suis allée, et je suis rentrée chez moi avec trois gros sacs remplis de boîtes. Comme les traitements devaient absolument être gardés au frais, je me suis dépêchée de les mettre dans le frigo. Mais il était plein, car je venais de faire les courses. J’ai alors commencé à vider les étagères, à faire de la place, et j’ai fini par les ranger en haut. L’étagère s’est remplie à une vitesse folle. Je me suis retrouvée là, devant ce frigo plein de médicaments, un peu dépassée. Et c’est à ce moment-là que j’ai eu envie de prendre une photo.

Cette image, pour moi, elle montre à quel point le quotidien peut basculer d’un coup, à quel point la PMA vient s’immiscer dans notre intimité. Elle montre aussi à quel point ce parcours prend de la place, au sens propre comme au figuré. Pendant des semaines, tous les soirs à la même heure, il faut se piquer le ventre. Ce geste, qui au départ me faisait peur, est devenu une routine, presque un automatisme, un nouveau rythme qui vient remplacer celui d’avant. À ce moment-là, je ne me rendais pas encore compte de l’importance que tout ça allait avoir sur ma façon de voir les choses. Mais cette photo, ce moment-là, ça marque pour moi un changement. À partir de là, ces piqûres allaient compter et allaient faire partie de notre histoire et de notre quotidien. »

À lire aussi
PMA : Valentine de Villemeur et son combat pour être mère
© Valentine de Villemeur
PMA : Valentine de Villemeur et son combat pour être mère
Dans I’ve Always Wanted to Be a Mom, Valentine de Villemeur se livre pour la première fois à une approche autobiographique. Comme son…
25 juin 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Marie-Pierre Cravedi convoque le vide laissé par les grossesses arrêtées
© Marie-Pierre Cravedi
Marie-Pierre Cravedi convoque le vide laissé par les grossesses arrêtées
Dans une salle vide, un corps s’efface. Au microscope, des cellules croissent. Partout, les plantes se fanent, les grottes semblent se…
30 septembre 2024   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Maurine Tric : l’infertilité, le combat pour une vie 
© Maurine Tric
Maurine Tric : l’infertilité, le combat pour une vie 
Le désir de maternité ne suffit pas pour mettre au monde un enfant. Dans Le vide n’existe pas, Maurine Tric témoigne du parcours du…
15 février 2024   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Explorez
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
© Mallory Lowe Mpoka, In the Weft of Memory [Dans la trame de la mémoire] (détail), Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa, 2025, tissage jacquard et perles de verre Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
Le prix de la photo Madame Figaro, dédié aux femmes photographes émergentes, soutenu par Kering, a récompensé, à l’occasion des...
11 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Threshold © Akari Takenobu, pour Christian Dior Parfums
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Initié en 2018 par Christian Dior Parfums, en partenariat avec LUMA Arles et l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) le...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
© Li Hui
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
Cet été, la Fisheye Gallery, rouvre ses portes à Arles, avec deux expositions sous le commissariat de Tess Druot. La première réunit...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen
Park Chan-wook, quand la photographie fait son cinéma
Mademoiselle Minhee Kim. © Park Chan-wook
Park Chan-wook, quand la photographie fait son cinéma
Connu pour ses films à l’esthétique millimétrée, Park Chan-wook offre à Arles une facette plus secrète de son travail : la photographie....
07 juillet 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Magali Paulin, lauréate du prix Découverte 2026 Fondation Louis Roederer
© Magali Paulin, Pavillon de l’Indochine, construit pour l’Exposition coloniale de Nogent-sur-Marne de 1907. Jardin d’agronomie tropicale René-Dumont, Nogent-sur-Marne, juillet 2024, Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Magali Paulin, lauréate du prix Découverte 2026 Fondation Louis Roederer
Exposée dans le cadre des Rencontres d'Arles à l'Espace Monoprix, Magali Paulin remporte le prix du jury de la Fondation Louis Roederer...
Il y a 4 heures   •  
Écrit par Ana Corderot
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
© Mallory Lowe Mpoka, In the Weft of Memory [Dans la trame de la mémoire] (détail), Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa, 2025, tissage jacquard et perles de verre Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
Le prix de la photo Madame Figaro, dédié aux femmes photographes émergentes, soutenu par Kering, a récompensé, à l’occasion des...
11 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Threshold © Akari Takenobu, pour Christian Dior Parfums
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Initié en 2018 par Christian Dior Parfums, en partenariat avec LUMA Arles et l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) le...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Rebekka Deubner, lettres d'amour à terre
© Rebekka Deubner
Rebekka Deubner, lettres d’amour à terre
Exposé aux Rencontres d'Arles, à la Croisière, le projet La terre amoureuse de Rebekka Deubner nous parle avec une grande justesse de la...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot