« C’est Beyrouth » : portrait d’une ville tumultueuse

24 mai 2019   •  
Écrit par Lou Tsatsas
« C’est Beyrouth » : portrait d’une ville tumultueuse

Dans le cadre de l’exposition C’est Beyrouth, l’Institut des cultures d’islam a réuni seize photographes et vidéastes représentant le Liban d’aujourd’hui. Un ensemble dynamique et tumultueux, à l’image de la capitale du pays.

« Évoquer le Liban, c’est convoquer les images d’une ville meurtrie, résiliente, effervescente et insolite, où se côtoient les cultures, les communautés et les croyances »,

déclare Stéphanie Chazalon, directrice générale de l’Institut des cultures d’islam. L’exposition prend forme dans les deux espaces du lieu culturel, situé à quelques centaines de mètres l’un de l’autre, dans le 18e arrondissement de Paris. Un parcours complexe et mouvementé, à l’image du Liban qu’il illustre. Sur plusieurs étages – jusque dans les sous-sols, au cœur des hammams de l’Institut – photographies et vidéos dialoguent, et font le portrait d’une ville énergique, aux identités multiples.

L’exposition débute avec une vidéo de Fouad Elkoury intitulée On War and Love, traitant de la guerre de juillet 2006. Un rappel de la fragilité du pays, pris d’assaut par le conflit israelo-libanais, puis par l’arrivée massive des réfugiés syriens, en 2012. Pourtant, l’œuvre dissimule la violence. Elle prend, au contraire, la forme d’un récit intimiste, tandis que la voix monocorde de l’artiste narre des extraits d’un journal intime, parlant d’amour en temps de guerre. Les mots qu’il déclame se lisent tour à tour sur les pages d’un carnet, l’écran d’un ordinateur, ou même sur les corps qu’il filme. Une entrée en matière poétique.

Transformer les corps

À l’Espace Léon – première partie de l’exposition – le corps est à l’honneur. Le photographe Vianney Le Caer capture la corniche de Beyrouth où chaque jour, des hommes vêtus de maillots de bain viennent bronzer, prier ou faire de la musculation. Sous un ciel bleu, les corps se détachent, capturés dans des positions insolites. Les bras levés, un de ces personnages semble contrôler les éléments. Une ombre malencontreuse trace la silhouette d’un haut de maillot sur le torse d’un autre. Sur le mur d’en face, deux portraits de Ziad Antar représentent des policiers en uniforme. Une illustration claire des codes de virilité dans la société libanaise, où pouvoir et puissance sont associés.

Dans une salle cachée par des murs noirs, se dévoilent les portraits de l’auteur libanais Hassan Amar. Sur ses clichés, des hommes tatoués exhibent leurs dernières acquisitions. Bras et dos deviennent alors des toiles, permettant de rendre hommage à Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, ou Ali, disciple du prophète Mohammed. Un art transformé en marqueur identitaire ou religieux.

Qu’ils choisissent l’encre ou le sport, les hommes présents dans les clichés transforment leurs corps avec détermination. Une étrange quête d’identification.

© Vianney Le Caer

© Vianney Le Caer

Une génération en quête de sens

Face aux communautés religieuses très visibles, certains groupes tentent de se faire entendre dans le tumulte de Beyrouth. C’est le cas notamment du mouvement LGBTQ+. Si, dès 2004, l’organisation à but non lucratif Helem voit le jour, dans le but de défendre les droits de la communauté au Liban – s’imposant comme le premier groupe de défense LGBT du monde arabe – les discriminations restent présentes. Au cœur de l’Espace Stephenson, le photographe Mohamad Abdouni expose sa série Doris & Andrea. Le récit touchant d’une mère et de son fils genderqueer au cœur du quartier Mar Mikhael. Prises au flash, ses images, brutes et poétiques, se penchent sur la relation familiale et les paradoxes des chrétiens arméniens.

Dans la même salle se trouve la vidéo Mondial 2010 de Roy Dib. Le regardeur est immergé dans un trajet en voiture fantasmé, entre Beyrouth et Ramallah, bercé par la conversation d’un couple gay. Alors que la route défile, les deux hommes s’interrogent, inventent des stratagèmes et rêvent d’un monde plus tolérant. Un portrait poignant du quotidien difficile de la communauté LGBTQ+.

Au cœur d’une ville en pleine évolution, la jeunesse se cherche. Désemparée, blessée par les discriminations, ou tout simplement oubliée, elle cherche à se libérer à travers la fête. En 2010, le photographe Cha Gonzalez a suivi des jeunes beyrouthins dans leurs pérégrinations nocturnes. Le nom de son projet ? Abandon. Danse, musique, fumée, foule, les photographies immergent le spectateur dans l’univers des clubs. La parfaite illustration d’une génération en quête de sens.

Religion, guerre, minorités… Avec humour, poésie et délicatesse, les seize artistes présents dans l’exposition font un état des lieux du Liban d’aujourd’hui. Un événement touchant et enthousiasmant.

 

C’est Beyrouth

Jusqu’au 28 juillet 2019

Institut des cultures d’islam

19 rue Léon et 56 rue Stephenson, Paris 18e

 

©© Nathalie Naccache

© à g. Fouad Elkoury, à d. Natalie Naccache

© Myriam Boulos© Myriam Boulos

© Myriam Boulos

© Hassan Ammar© Hassan Ammar

© Hassan Ammar

© Patrick Baz© Patrick Baz

© Patrick Baz

© Vianney Le Caer© Vianney Le Caer

© Vianney Le Caer

© Mohamad Abdouni© Mohamad Abdouni

© Mohamad Abdouni

© Cha Gonzalez

© Cha Gonzalez

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