Chasse au trésor au Petit Palais

13 octobre 2020   •  
Écrit par Finley Cutts
Chasse au trésor au Petit Palais

Jusqu’au 17 janvier prochain, le Petit Palais accueille le travail de Laurence AëgerterIci mieux qu’en face. Pour sa première exposition monographique, présentée à Paris, elle dévoile l’aboutissement d’une correspondance entamée depuis plus de deux ans avec le musée. Immersion au cœur d’une œuvre protéiforme et ludique.

Le ton de l’exposition est donné dès les premières marches. Un miroir monumental, conçu spécialement pour le Petit Palais, porte le titre de l’exposition : Ici mieux qu’en face – minutieusement gravé à la main par l’artiste. On y voit dans le reflet l’envers du réel, de l’espace et de nous-mêmes. Une invitation à l’évasion. C’est un geste que privilégie l’auteure et qu’elle exprime à travers un travail pluridisciplinaire – photographies, tapisseries, céramiques ou installations in situ. Au sein de la collection permanente, elle compose un parcours immersif où sont disséminés ses propres travaux.

Ce n’est pas tant le sujet saisi qui compte mais la réflexion résultant du procédé. La photographie apparaît comme l’objet d’expérimentations. Laurence Aëgerter utilise notamment des reproductions de peintures qu’elle transforme par son procédé plastique. Par son geste de réappropriation, elle suscite la confusion et brouille notre perception de l’image en questionnant sa permanence. Elle va notamment photographier des modèles devant certains tableaux, créant ainsi une nouvelle composition. Une mise en abîme ludique qui nous interpelle en nous plaçant au centre de la réflexion.

© Laurence Aëgerter

Quand la photographie devient thérapie

Parcourir le musée devient une prescription médicale. À la fois artiste et curatrice, Laurence Aëgerter organise l’espace comme une cure. Sa série Photographic Treatment est une manière de prendre soin des observateurs. Ses diptyques noir et blanc stimulent notre imagination. En témoignent ces glaces à l’italienne et ces escaliers en colimaçon qui se confrontent. La symétrie et les motifs répétés activent la plasticité cérébrale et ralentissent la dégénérescence du cerveau. La photographie se fait thérapie, initiant un dialogue visuel, sensible et poétique avec le spectateur – véritable alter-ego de l’auteure. Un espace d’exposition devenu lieu d’échange, où l’affect du spectateur occupe une place centrale.

Identité, mémoire, destin… Laurence Aëgerter nous invite à entamer une réflexion sur notre propre histoire. Reconsidérer son passé devient une manière d’apaiser son présent. Son œuvre Confetti en est un parfait exemple. L’auteure a transformé en confettis 58 038 photographies réalisées au smartphone ces dix dernières années. Ici, la photographie saisit les instants d’une vie en tant que vestiges de notre identité. Le contraste entre la quantité phénoménale de souvenirs et la légèreté de l’installation nous amène à repenser notre passé. Les images deviennent des traces modulables de notre histoire. Par ce geste, elle prouve qu’on peut confronter le récit de notre passé et se réapproprier notre condition.

À travers cette exposition ludique et singulière exposant ses expérimentations photographiques, Laurence Aëgerter questionne et transforme le rôle du spectateur.

 

Ici mieux qu’en face

Jusqu’au 17 janvier

Petit Palais, Avenue Winston Churchill, Paris

© Laurence Aëgerter

© Laurence Aëgerter© Laurence Aëgerter© Laurence Aëgerter© Laurence Aëgerter

© Laurence Aëgerter

Explorez
La sélection Instagram #557 : du surnaturel 
© albertopelayo.jpg / Instagram
La sélection Instagram #557 : du surnaturel 
Repenser le corps et ses frontières, tel est le mot d’ordre des photographes de cette semaine. De l’édito de mode à des projets plus...
26 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
L’identité est au cœur de Fisheye #76, désormais disponible en kiosque
© Nyo Jinyong Lian
L’identité est au cœur de Fisheye #76, désormais disponible en kiosque
Qui sommes-nous ? Telle est la question qui traverse les pages de Fisheye #76, que vous pouvez retrouver dans les kiosques ainsi que sur...
20 mai 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Laurent Lafolie : la matière et le désir
BLANK, œuvres uniques. 15 images 180 × 225 cm, gravure laser sur carton gris recyclé. © Laurent Lafolie
Laurent Lafolie : la matière et le désir
Artiste auteur, maître tireur et enseignant, Laurent Lafolie explore les limites de la matérialité photographique. Dans son atelier, il...
07 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Robert Charles Mann : l’odyssée d’un maître de la lumière et du son
© Robert Charles Mann, courtesy Galerie Capazza
Robert Charles Mann : l’odyssée d’un maître de la lumière et du son
Le Domaine national de Chambord nous invite, jusqu’au 21 juin 2026, à une plongée dans l’univers de Robert Charles Mann. SOLARIS est bien...
04 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Nos derniers articles
Voir tous les articles
BMW ART MAKERS : les vitraux organiques de Lara Tabet et Yasmine Chemali
Les Aygalades (détail), Bactériographie, impression UV sur verre, 2026 © Lara Tabet / BMW ART MAKERS
BMW ART MAKERS : les vitraux organiques de Lara Tabet et Yasmine Chemali
Lauréates du programme de mécénat BMW ART MAKERS 2026, l’artiste Lara Tabet et la commissaire Yasmine Chemali explorent les eaux...
Il y a 4 heures   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Wet Ground : les marges ukrainiennes d’Aria Shahrokhshahi
© Aria Shahrokhshahi 2026 courtesy Loose Joints
Wet Ground : les marges ukrainiennes d’Aria Shahrokhshahi
Depuis 2019, le photographe anglo-iranien Aria Shahrokhshahi multiplie les séjours en Ukraine. Dans Wet Ground, il compose un récit en...
29 mai 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Ovoo de Margarita Galandina
© Margarita Galandina
Ovoo de Margarita Galandina
Dans Ovoo, Margarita Galandina retravaille sur des archives familiales, et se tourne plus particulièrement vers ses aïeux·lles du côté de...
29 mai 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen
Lili Lévy-Lajeunesse : une poésie du risque
© Lili Lévy-Lajeunesse
Lili Lévy-Lajeunesse : une poésie du risque
La série D’un vide à l’autre de Lili Lévy-Lajeunesse explore le plongeon comme un geste de bascule autant physique que mental. Réalisé...
27 mai 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas