« China Dream » : rêve et propagande

10 novembre 2020   •  
Écrit par Lou Tsatsas
« China Dream » : rêve et propagande

Après avoir grandi au Canada, puis au Royaume-Uni, Teresa Eng s’est rendue en Chine – pays de ses origines – pour explorer ses racines. Avec China Dream, elle signe un conte onirique, inspiré par sa propre expérience et la politique d’urbanisation du pays.

« J’ai voyagé en Chine entre 2013 et 2017 – souvent à l’occasion de résidences artistiques – pour explorer mes liens ancestraux avec ce pays. Mes parents sont tous deux nés dans la province du Guangdong, située dans le sud du territoire, et ont déménagé à Hong Kong lorsqu’ils étaient enfants, suivant le flux migratoire des Chinois fuyant la révolution communiste »

, raconte Teresa Eng. Après avoir grandi au Canada, l’artiste a poursuivi ses études de photographie à Londres, où elle réside aujourd’hui. Une éducation occidentale qui contraste avec ses origines. « Bien que ma famille vienne de Hong Kong, j’étais curieuse d’explorer moi-même la Chine, souvent imaginée à travers le prisme négatif des Hongkongais », précise-t-elle.

China Dream, récit sensible aux tons pastel, s’impose comme une immersion dans un pays fait de contrastes. Un espace étrange pour la photographe, à la fois familier et inconnu. « Ce travail est né du sentiment d’être à cheval entre deux cultures, sans jamais vraiment me reconnaître dans l’une d’elles », ajoute Teresa Eng, qui, lors de ses premières visites en Chine fait l’expérience d’un « choc culturel inversé ». « J’avais l’air chinoise, mais je ne parlais pas la langue, et les manières dont je m’habillais et me tenais étaient différentes », explique-t-elle.

© Teresa Eng© Teresa Eng

Un récit aux nombreuses lectures

Dans les images de l’artiste, la jungle urbaine se mêle aux paysages naturels, et les écailles des poissons aux briques des murs de béton. Un nuancier de teintes douces, croisant les sphères publiques et intimes. Pourtant, si le titre de la série évoque cette atmosphère onirique, China Dream fait également référence à la politique du pays. « J’ai découvert cette expression à l’intérieur d’un calendrier patriotique, dans une librairie. C’est un terme qui a été popularisé par le Secrétaire général Xi Jinping en 2013. Il défend les notions de labeur et d’esprit entrepreneurial – deux éléments qui permettraient de rendre la nation prospère », confie Teresa Eng. Une propagande qui lui rappelle le mythe du rêve américain.

Malgré leur douceur, les images s’inspirent de cette idéologie. Une palette de couleurs évoquant soudainement les nuages de poussières d’un espace en constante construction. Celle-ci illustre cette dichotomie entre la croissance rapide d’un territoire, magnifié par son gouvernement, et la qualité de vie de ses habitants. En jouant avec le genre poétique, Teresa Eng dispose ses images comme des indices, des symboles qu’il nous faut décrypter. Loin d’être une critique directe, la série se lit comme un récit métaphorique, aux nombreuses lectures. Un conte délicat, influencé par « les traditions culturelles héritées de mes parents, les stéréotypes liés à la Chine, avec lesquels j’ai grandi au Canada et au Royaume-Uni, et l’urbanisation fulgurante de mon pays d’origine », conclut la photographe.

 

China Dream, Éditions Skinnerboox, 45€, 112 p. 

© Teresa Eng© Teresa Eng
© Teresa Eng© Teresa Eng
© Teresa Eng© Teresa Eng
© Teresa Eng© Teresa Eng
© Teresa Eng© Teresa Eng

© Teresa Eng

Explorez
Zexuan Zeng : la mémoire et le pouvoir
The Internal Crusade © Zexuan Zeng
Zexuan Zeng : la mémoire et le pouvoir
Le photographe Zexuan Zeng exhume lors d'un voyage les fantômes de l'Armée rouge qui ont réalisé la Longue Marche, un épisode fatal de la...
Il y a 11 heures   •  
Écrit par Thomas Andrei
Le Nemesiache : avant-garde féministe sud-italienne entre art et mythe
© Lina Mangiacapre
Le Nemesiache : avant-garde féministe sud-italienne entre art et mythe
Longtemps marginalisé dans les récits de l’histoire de l’art, le collectif féministe napolitain Le Nemesiache, actif dans les années...
07 janvier 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Les images de la semaine du 29 décembre 2025 : au revoir 2025, bonjour 2026 !
© Elisa Grosman
Les images de la semaine du 29 décembre 2025 : au revoir 2025, bonjour 2026 !
C’est l’heure du récap ! Dans les pages de Fisheye cette semaine, on célébrait les paillettes, la neige, la couleur, l’océan et une femme...
04 janvier 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Maputo Diary, ou la mémoire incarnée d’un lieu et de ses vies
© Ditte Haarløv Johnsen
Maputo Diary, ou la mémoire incarnée d’un lieu et de ses vies
Pendant plus de vingt-cinq ans, la photographe Ditte Haarløv Johnsen a documenté Maputo à hauteur de vie, entre retours intimes et...
03 janvier 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Zexuan Zeng : la mémoire et le pouvoir
The Internal Crusade © Zexuan Zeng
Zexuan Zeng : la mémoire et le pouvoir
Le photographe Zexuan Zeng exhume lors d'un voyage les fantômes de l'Armée rouge qui ont réalisé la Longue Marche, un épisode fatal de la...
Il y a 11 heures   •  
Écrit par Thomas Andrei
Le Nemesiache : avant-garde féministe sud-italienne entre art et mythe
© Lina Mangiacapre
Le Nemesiache : avant-garde féministe sud-italienne entre art et mythe
Longtemps marginalisé dans les récits de l’histoire de l’art, le collectif féministe napolitain Le Nemesiache, actif dans les années...
07 janvier 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
13 expositions photographiques à découvrir en janvier 2026
© Sarah van Rij
13 expositions photographiques à découvrir en janvier 2026
Pour occuper les journées d'hiver, la rédaction de Fisheye a sélectionné une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et...
07 janvier 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
La sélection Instagram #540 : les bonnes résolutions
© Hugh Davison / Instagram
La sélection Instagram #540 : les bonnes résolutions
Les artistes de notre sélection Instagram de la semaine ont décidé de prendre de bonnes résolutions pour l’année 2026. L’acte de...
06 janvier 2026   •  
Écrit par Marie Baranger