Les fragments heureux de Vanessa Stevens

22 août 2025   •  
Écrit par Milena III
Les fragments heureux de Vanessa Stevens
© Vanessa Stevens
© Vanessa Stevens

Grâce à ses collages, Vanessa Stevens s’affranchit des récits pour explorer les formes et les matières. Une pratique contemplative qui détourne l’image afin de révéler une beauté radicale, née de la sobriété et d’une profonde sensibilité.

Vanessa Stevens travaille dans la création d’images dans les domaines de la mode, de la beauté et du luxe. Mais lorsqu’elle n’est pas aux manettes de son agence créative, elle s’adonne à un plaisir beaucoup plus intuitif : le collage. Les siens, simples et pourtant particulièrement évocateurs, ne cherchent pas à raconter quoi que ce soit mais créent des sensations. Cet exercice, qu’elle qualifie elle-même de « presque méditatif », est guidé par une seule règle qu’elle s’est imposée : n’utiliser que des bandes de 2,5 cm de large, issues d’images prédécoupées, principalement extraites de magazines. Cette contrainte, au lieu d’être un carcan, devient un moteur pour l’imagination. Elle l’explique ainsi : « L’acte et le processus de création peuvent être si vastes, avec tant de possibilités infinies, que cela peut être intimidant », explique-t-elle. En réduisant le champ des possibles, elle affine son regard et laisse la place à l’accident heureux. Ce sont alors les textures, les couleurs, les matières et la lumière qui guident la composition, afin de composer une ambiance – agréable, satisfaisante, ou parfois inconfortable. Beaucoup de décisions sont évacuées dès le départ, pour que ne demeure que l’essentiel, soit « regarder et trouver simplement des connexions ou des combinaisons qui [lui] plaisent », explique-t-elle.

© Vanessa Stevens
© Vanessa Stevens
© Vanessa Stevens
© Vanessa Stevens

À la recherche des sensations

Dans ses collages, les fragments mis côte à côte nouent un dialogue inattendu : peaux, traits du visage, tissus, objets aux formes particulières et motifs se complètent. Sur l’un d’eux, on reconnaît une main noire posée sur un corset bleu brodé, encadrée de tissu rose. D’un geste élémentaire qui consiste à collectionner, découper et assembler, Vanessa Stevens déstructure l’image de départ et fait émerger une atmosphère où le sujet et le corps deviennent une abstraction et les objets se transforment en textures. Chaque collage s’apparente à une étude formelle. « La retenue consiste à ne pas trop réfléchir. Si ça me semble bien, c’est terminé », résume-t-elle. Cette approche est libératrice : l’artiste n’a pas besoin de réfléchir à l’intention initiale derrière les images, l’accent étant purement mis sur la forme et l’esthétique. C’est peut-être cela qui rend ses œuvres si accessibles : car même dans leur étrangeté, elles parlent à chacun. Parfois, une certaine nostalgie se fait sentir. Certaines teintes évoquent des souvenirs flous : « des couleurs et des formes qui me rendent très nostalgique, des pastel ou des nuances subtiles de crème et de blanc », confie-t-elle.

Dans un autre, ce sont trois mains qui se tiennent, chacune extraite d’une image différente. L’une porte un pull à carreaux, l’autre est nue, la troisième enveloppée dans l’ombre. Le collage devient un espace de recomposition du monde, chaque chose étant reliée en un tout harmonieux. Pour autant, l’émotion aussi peut s’inviter : « Je pense que certains de mes collages sont vraiment émotionnels et aussi très personnels ! », s’exclame-t-elle. Il suffit d’une lumière ou d’une couleur, d’un détail donc, pour que tout se déclenche. Issue de la photographie, Vanessa Stevens s’éloigne ici du cadre unique. Mais la composition reste centrale, et influence même son regard sur le réel : « Je me surprends à prendre des photos qui ressemblent presque à mes collages : le coin d’un objet recadré à côté d’un autre élément ou d’une autre personne, zoomé et abstrait », observe-t-elle. Le collage devient alors une façon nouvelle de contempler le réel. Elle collectionne aujourd’hui des milliers de bandes, prélevées dans des magazines anciens ou récents, imprimés en laser ou en pigments, trouvés dans de vieux livres, peu importe, car chaque image a un potentiel à détourner ou à réemployer. À l’ère du tout numérique, ces associations manuelles minutieuses incarnent un geste simple, mené avec grâce et une grande économie de moyens. 

© Vanessa Stevens
© Vanessa Stevens
© Vanessa Stevens
© Vanessa Stevens
À lire aussi
Les collages de Naro Pinosa
Les collages de Naro Pinosa
Sur son compte Instagram, l’artiste espagnol Naro Pinosa partage ses collages inventifs et bourrés d’humour.
20 août 2015   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Collages surréalistes : les identités florissantes d’Anna Bu Kliewer
Collages surréalistes : les identités florissantes d’Anna Bu Kliewer
Sujets insolites ou tendances, faites un break avec notre curiosité. Installée à Londres, l’artiste ukrainienne Anna Bu Kliewer crée de…
11 février 2023   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
Festival du court métrage de Clermont-Ferrand : nos coups de cœur
© Donna Gottschalk et Hélène Giannecchini / I want my people to be remembered
Festival du court métrage de Clermont-Ferrand : nos coups de cœur
Grand rendez-vous du film en France, le festival international du court métrage de Clermont-Ferrand célébrait sa 48e édition du 30...
10 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Calendrier Toiletpaper 2026 : l’année où les chats prennent enfin le pouvoir
© Walter Chandoha - Toiletpaper
Calendrier Toiletpaper 2026 : l’année où les chats prennent enfin le pouvoir
En 2026, les chats ne se contentent plus d’envahir nos écrans. Avec les images de Walter Chandoha revisitées par Toiletpaper, contempler...
09 février 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
5 coups de cœur qui mettent en scène leurs modèles
© Ryan Young
5 coups de cœur qui mettent en scène leurs modèles
Tous les lundis, nous partageons les projets de deux photographes qui ont retenu notre attention dans nos coups de cœur. Cette semaine...
02 février 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
5 expositions à découvrir au PhotoBrussels Festival 2026
© Deanna Dikeman
5 expositions à découvrir au PhotoBrussels Festival 2026
Jusqu’au 22 février 2026, Bruxelles fait la part belle au 8e art avec PhotoBrussels. Pour sa dixième édition, le festival propose un...
30 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Empreintes : Farida Hamak et les traces que nous laissons
© Farida Hamak / Regard Sud galerie
Empreintes : Farida Hamak et les traces que nous laissons
Réalisée en Tunisie au gré de résidences artistiques, Empreintes dévoile une déclinaison de fragments aux lignes épurées. À...
Il y a 2 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Uber Life : aidez Tassiana Aït-Tahar à lancer son livre chez Fisheye Éditions !
© Tassiana Aït-Tahar / Fisheye Éditions
Uber Life : aidez Tassiana Aït-Tahar à lancer son livre chez Fisheye Éditions !
Fisheye Éditions s’apprête à publier Uber Life, le prochain livre de Tassiana Aït-Tahar. Pour accompagner sa parution, une campagne de...
12 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
American Images à la MEP : Dana Lixenberg et l’attention portée à l’autre 
Dana Lixenberg, Kamaal “Q-Tip” Fareed, Ali Shaheed Muhammad and Malik “Phife” Taylor (A Tribe Called Quest), 1997 © Dana Lixenberg, courtesy of the artist and Grimm Amsterdam | London | New York
American Images à la MEP : Dana Lixenberg et l’attention portée à l’autre 
Jusqu’au 24 mai 2026, Dana Lixenberg dévoile des fragments de vie américaine à la Maison européenne de la photographie. Intitulée...
11 février 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Festival du court métrage de Clermont-Ferrand : nos coups de cœur
© Donna Gottschalk et Hélène Giannecchini / I want my people to be remembered
Festival du court métrage de Clermont-Ferrand : nos coups de cœur
Grand rendez-vous du film en France, le festival international du court métrage de Clermont-Ferrand célébrait sa 48e édition du 30...
10 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot