« Colourway » ou les nuances vives de la nostalgie

27 janvier 2022   •  
Écrit par Apolline Coëffet
« Colourway » ou les nuances vives de la nostalgie

Dans Coulourway, la photographe britannique Sophie Hustwick brouille les frontières entre deux territoires qui l’ont vue grandir : le Royaume-Uni et les États-Unis. Une invitation pour un aller simple vers un monde pastel où la douceur est reine.

Des fleurs aux teintes solaires font face à des voitures du siècle passé, une architecture symétrique surplombe des paysages idylliques… Le quotidien dépeint par Sophie Hustwick dans Colourway est digne d’un film de Wes Anderson. Pourtant, lorsque nous lui demandons quelles sont ses références, la photographe britannique ne le mentionne guère. Elle cite plutôt Fred Herzog, Martin Parr, Stephen Shore, Vivian Maier ou encore William Eggleston. Elle évoque également Henri Cartier-Bresson, duquel elle a appris, à la lecture de L’instant décisif, qu’elle devait « être capable d’anticiper un moment important dans le flux constant de la vie, et de le capturer en une fraction de seconde ». C’est ce florilège de grands noms – découverts dans les méandres de sa bibliothèque universitaire – qui l’a aidée à mieux appréhender son écriture photographique.

Mais son attrait pour les pellicules argentiques ne relève pas du hasard. Son grand-père a d’abord transmis cette inclination à son père – à qui elle dédie d’ailleurs ce tout premier ouvrage – qui l’a ensuite initiée au médium. Une passion en héritage à qui Sophie Hustwick rend hommage aujourd’hui. À travers un condensé de dix années passées à temps égal entre le Royaume-Uni et les États-Unis, entre sa terre natale et celle de ses ancêtres, elle célèbre ainsi les territoires qui ont vu grandir sa famille et son art. Un retour vers un âge tendre, empreint d’une poésie du détail et de la banalité, qui suscite une échappatoire certaine.

© Sophie Hustwick© Sophie Hustwick

Une unité qui abolit les frontières

« L’échantillon de couleur sur la dernière page de papier vélin est une palette des six coloris les plus récurrents dans mon travail. C’est après avoir créé ce livre que j’ai réalisé que j’utilisais une gamme très caractéristique »

, explique Sophie Hustwick. L’œuvre de cette dernière se distingue par un nuancier de teintes vives, des compositions réfléchies et une acceptation de l’imperfection. La douceur avec laquelle la photographe contemple le monde alentour a ce quelque chose qui rappelle l’insouciance de l’enfance. Une période où sa seule contrariété était de voir les autres corriger son orthographe. Car l’anglais britannique diffère en certains points de l’anglais américain. Le « u » barré du titre de son ouvrage, court et subtil, y fait d’ailleurs allusion. De cette disparité transparaît ainsi une certaine unité qui abolit les frontières entre ses deux nations. « Je voulais que mes publics européens et américains se sentent impliqués et fassent partie intégrante de mon histoire », affirme-t-elle.

Une fenêtre d’évasion où la magie n’est jamais bien loin

Colourway

se lit finalement comme une anthologie de jolis petits poèmes du quotidien qui nous rassemblent derrière un sentiment de sérénité et d’optimisme. Chaque tirage nous apprend alors « à être présent et à ralentir pour cadrer ces petits moments » qui ponctuent notre existence. « L’image des trois cartons de lait dans le réfrigérateur démontre parfaitement comment la couleur et la lumière peuvent transformer le scénario le plus ordinaire en quelque chose de poétique », illustre-t-elle. Cette pratique, l’artiste la juge thérapeutique à bien des égards. Car le rôle que joue la polychromie dans l’évocation des émotions possède une puissance qui la fascine. Elle permet d’explorer tout un panel de sensations indescriptibles, des terrains inconnus que seule la photographie peut traduire.

Parmi ces nombreuses émotions, la mélancolie détient une place de choix. « Comme je m’inspire de la plupart des artistes qui étaient au sommet de leur carrière dans les années 1970, je me retrouve nostalgique des temps passés. De nos jours, les lieux semblent désespérément vouloir se moderniser, se démarquer qu’ils en perdent tout leur caractère. J’ai du mal à trouver de l’intérêt pour des endroits qui n’ont pas l’air d’avoir été décorés par votre Mamie », confie l’auteure. Sophie Hustwick se plaît ainsi à immortaliser ces espaces qui traversent les époques et offrent une fenêtre d’évasion où la magie n’est jamais bien loin. « Prêtez attention à ce qui vous entoure, au bon, au mauvais et au laid », conseille-t-elle enfin.

Coulourway, autoédition, £40, 64 p.

© Sophie Hustwick

© Sophie Hustwick

© Sophie Hustwick

© Sophie Hustwick

© Sophie Hustwick

© Sophie Hustwick

Explorez
Reliées : la Gen Z sous les projecteurs de Marine Billet
© Marine Billet
Reliées : la Gen Z sous les projecteurs de Marine Billet
Entre tableaux vivants et bribes documentaires, la photographe française Marine Billet compose avec Reliées une traversée sensible de la...
21 mai 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Alexandra Catiere est la lauréate 2026 du prix Niépce Gens d’images
© Alexandra Catiere
Alexandra Catiere est la lauréate 2026 du prix Niépce Gens d’images
Ce mercredi 20 mai 2026, le prix Niépce Gens d’images a dévoilé le nom de sa 71e lauréate : il s’agit d’Alexandra Catiere. À...
20 mai 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les coups de cœur #582: Lou Kalliopi et Lola Rossi
© Lou Kalliopi
Les coups de cœur #582: Lou Kalliopi et Lola Rossi
Lou Kalliopi et Lola Rossi, nos coups de coeur de la semaine, s’attachent à photographier le paysage. D’une représentation surréaliste de...
18 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
La sélection Instagram #556 : arrêter le temps
© tarasperevarukha / Instagram
La sélection Instagram #556 : arrêter le temps
Sous ces journées pluvieuses qui enveloppent les ponts de mai, l’heure est au souvenir. Entre la contemplation de nos albums photo de...
15 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Lise Sarfati, la matière à l’épreuve du temps
She © Lise Sarfati
Lise Sarfati, la matière à l’épreuve du temps
Il y a des rencontres qui ne s’effacent pas. Il y a quelques années, Lise Sarfati franchissait la porte de mon atelier. Elle n’était pas...
Il y a 9 heures   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Reliées : la Gen Z sous les projecteurs de Marine Billet
© Marine Billet
Reliées : la Gen Z sous les projecteurs de Marine Billet
Entre tableaux vivants et bribes documentaires, la photographe française Marine Billet compose avec Reliées une traversée sensible de la...
21 mai 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Alexandra Catiere est la lauréate 2026 du prix Niépce Gens d’images
© Alexandra Catiere
Alexandra Catiere est la lauréate 2026 du prix Niépce Gens d’images
Ce mercredi 20 mai 2026, le prix Niépce Gens d’images a dévoilé le nom de sa 71e lauréate : il s’agit d’Alexandra Catiere. À...
20 mai 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les Rencontres de Niort 2026 : nos urgences contemporaines
Piton Carré, massif du Vignemale, 2021, série De glace © Grégoire Eloy
Les Rencontres de Niort 2026 : nos urgences contemporaines
Jusqu’au 31 mai 2026, les Rencontres de la jeune photographie internationale de Niort 2026 dévoilent leur nouvelle édition. Cette année...
20 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche