Couleurs et expérimentations : les abstractions mode d’Hugo Mapelli

25 août 2022   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Couleurs et expérimentations : les abstractions mode d’Hugo Mapelli
© Hugo Mapelli

Hugo Mapelli, photographe de mode parisien, se distingue par une approche expérimentale du médium. De ses compositions sibyllines – à la lisière des mouvements picturaux – jaillissent des couleurs et des assemblages nouveaux qui nourrissent toute la singularité de son art.

« Mon père aimait beaucoup la photographie, c’était purement amateur, mais il a réussi à créer une frustration en moi. Je n’avais pas le droit de toucher à son appareil alors j’avais d’autant plus envie de manipuler ce bel objet. Je n’ai pas fait d’étude dans l’art ou la photographie par la suite, et ça me pesait énormément »

, nous confie Hugo Mapelli. À cette même période, en proie aux doutes, l’artiste en puissance rencontre celle qui deviendra sa femme. Influence bénéfique, dès les débuts de leur relation, elle l’encourage vivement à se lancer. Plus motivé que jamais, il s’arrange alors pour obtenir un stage dans un studio parisien. Les envies fusent, une multitude de techniques nouvelles se déploient et affinent sa pratique. Très vite, il se fait assistant indépendant pour quelques années, étoffe son carnet d’adresses et parvient à travailler auprès de celles et ceux qu’il admirait.

De nouvelles logiques de consommation

Tourné vers la mode – plus accessible dans la Ville Lumière par l’effervescence qu’elle génère au fil des saisons –, Hugo Mapelli se distingue par une approche expérimentale qui prend racine dans l’histoire même du médium. Étroitement corrélées depuis leurs balbutiements, les deux disciplines se sont développées en miroir, et reflètent sa propre évolution. « J’aime créer des liens entre ces techniques anciennes et les outils contemporains. J’ai envie de proposer une nouvelle façon d’entrevoir la pratique argentique », nous explique-t-il. La photographie – pareille à la peinture qui l’inspire – est une œuvre sensorielle. Dans sa chambre noire, les rouges incandescents, les bleus pacifiques, les jaunes en fusion s’éveillent tour à tour et déclinent toute une palette d’émotions. À l’épreuve du temps et de la chimie, fragile, le papier se transforme. Il se corne et parfois se craquelle dans les arpèges d’un souvenir doux-amer, d’un instant en suspens entre le passé et l’avenir.

Quoique la mode cristallise une certaine temporalité, ses clichés n’en sont pourtant pas prisonniers. À l’inconstance d’un contexte, il préfère l’élégance d’un mouvement lent. Cette volonté s’inscrit alors dans les nouvelles logiques de consommation, plus soucieuses de l’environnement. « Je suis fasciné par le travail des étudiants des écoles. Leurs créations sont souvent conceptuelles, à la limite du portable. Ils font évoluer notre regard sur le vêtement, la manière de le porter, l’apparence que l’on a dans le monde, appuie Hugo Mapelli. Cette partie très créative est généralement moins datée que la mode plus commerciale, qui est en accord avec ce que vit la société à un moment précis. C’est l’axe de travail que je privilégie également. Dans l’art, on peut faire de très belles choses avec très peu de matériel. »

© Hugo Mapelli

Renouveler notre vision de l’apparat

Mais les contours d’une silhouette réinventée génèrent tout autant de contraintes, si ce n’est plus. Dans les projets éditoriaux, l’expression de ces conceptions nécessite plus d’attention encore aux matières et aux nuances afin de mieux appréhender l’essence même des objets. Cette réalité limite alors le choix des procédés exploratoires. Il faut développer un nouveau langage qui confond les écritures avec clarté pour ouvrir un deuxième champ d’interprétation, « devoir du photographe ». À cet effet, Hugo Mapelli a fait des luminogrammes sa spécialité. « Dans le 8e art, il n’y a rien de plus abstrait. On ne distingue pas très bien certaines formes, on remarque des plis ou des variations de densité imprévues… Cela s’apparente davantage à des objets graphiques qu’à des clichés en tant que tels. Il est parfois difficile de qualifier ces créations qui ne sont qu’un travail de lumière », commente l’artiste.

Bon compromis, ces clichés à l’aspect radiologique se présentent finalement comme une alternative toute trouvée. Déposé à même le papier photosensible, un sac ou un bijou apparaît à taille réelle et dévoile une autre nature, souvent absente des campagnes de mode habituelles. « Pour moi, il n’y a pas plus authentique qu’un photogramme traité à l’état brut. Seules les couleurs apposées par la suite par opération de flashage peuvent créer des mises en scène et jouer sur l’émotion et l’onirisme véhiculés », affirme l’artiste parisien. À contrepied du faste et de l’opulence que l’on associe volontiers à la haute couture, la sobriété confère ainsi une part de mystère à ses sujets magnifiés. Une belle façon de renouveler notre vision de l’apparat et de célébrer toute la réflexion artistique qu’il porte en lui.

© Hugo Mapelli© Hugo Mapelli
© Hugo Mapelli© Hugo Mapelli
© Hugo Mapelli© Hugo Mapelli
© Hugo Mapelli© Hugo Mapelli
© Hugo Mapelli© Hugo Mapelli
© Hugo Mapelli© Hugo Mapelli
© Hugo Mapelli© Hugo Mapelli
© Hugo Mapelli© Hugo Mapelli

© Hugo Mapelli

Explorez
Eyes of the Storm - Paul McCartney photographe, 1963-64 le calme avant la tempête
Paul McCartney, Autoportrait, Londres, 1963 © 1963-1964 Paul McCartney sous licence exclusive de MPL Archive LLP
Eyes of the Storm – Paul McCartney photographe, 1963-64 le calme avant la tempête
Jusqu'au 3 janvier 2027, le musée Granet accueille Eyes of the Storm, une exposition consacrée à une facette méconnue de Paul McCartney...
04 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
David Salcedo : dans la lumière, ouvrons les yeux
© David Salcedo
David Salcedo : dans la lumière, ouvrons les yeux
À travers Te vas a quedar ciego, David Salcedo retravaille des images capturées dans des émissions télévisées et recrée d’autres...
02 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Baccarat et Fisheye : entrer en Résonances
© Aliocha Boi et Daphné Lejeune
Baccarat et Fisheye : entrer en Résonances
Réalisé en partenariat avec Fisheye, Résonances, un bel ouvrage, célèbre le savoir-faire, de plus de 260 ans, de la Maison Baccarat et sa...
01 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Portrait(s) 2026 : David LaChapelle en majesté à Vichy
This is my house, New York, 1997 © David LaChapelle
Portrait(s) 2026 : David LaChapelle en majesté à Vichy
Jusqu'au 4 octobre 2026, le festival Portrait(s) investit la ville de Vichy pour sa quatorzième édition. Cette année, le photographe...
25 juin 2026   •  
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Madeleine de Sinéty et les mystères d’une vie de photographe
Béatrice et la télévision, Poilley, 1973 © Madeleine de Sinéty
Madeleine de Sinéty et les mystères d’une vie de photographe
Jusqu'au 27 septembre 2026, le musée du Jeu de Paume à Paris propose une exposition intitulée Une vie, dédiée à Madeleine de Sinéty....
Il y a 3 heures   •  
Écrit par Esther Baudoin
Magali Paulin, lauréate du prix Découverte 2026 Fondation Louis Roederer
© Magali Paulin, Pavillon de l’Indochine, construit pour l’Exposition coloniale de Nogent-sur-Marne de 1907. Jardin d’agronomie tropicale René-Dumont, Nogent-sur-Marne, juillet 2024, Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Magali Paulin, lauréate du prix Découverte 2026 Fondation Louis Roederer
Exposée dans le cadre des Rencontres d'Arles à l'Espace Monoprix, Magali Paulin remporte le prix du jury de la Fondation Louis Roederer...
12 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
© Mallory Lowe Mpoka, In the Weft of Memory [Dans la trame de la mémoire] (détail), Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa, 2025, tissage jacquard et perles de verre Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
Le prix de la photo Madame Figaro, dédié aux femmes photographes émergentes, soutenu par Kering, a récompensé, à l’occasion des...
11 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Threshold © Akari Takenobu, pour Christian Dior Parfums
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Initié en 2018 par Christian Dior Parfums, en partenariat avec LUMA Arles et l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) le...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot