Dans la bibliothèque de Jean-Christophe Béchet #6

03 mars 2017   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Dans la bibliothèque de Jean-Christophe Béchet #6

Gao Bo est un drôle de bonhomme. Nous l’avions découvert à Arles et dans les expositions de la Galerie Vu dans les années 1990. Il était alors un photo-reporter de grand talent, adepte d’une photo rude et contrastée, magnifiquement cadrée. On le retrouve aujourd’hui dans une exposition à la Maison Européenne de la Photographie où il s’affirme comme un artiste plasticien contemporain, spectaculaire et radical, qui n’hésite pas à brûler ses images pour n’en conserver qu’un châssis carbonisé, ou à badigeonner de son propre sang ses anciens tirages barytés noir et blanc.

Au vu de ce parcours, qui épouse bien les contours et méandres de l’histoire récente de la photographie créative, on pouvait imaginer Gao Bo comme un poète désespéré à l’engagement politique revendiqué. D’autant qu’il a fait du Tibet un de ses territoires photographiques de prédilection, lui le chinois du Sichuan. Or, Gao Bo s’échappe de cette lecture peut-être trop rationnelle et occidentale pour parler plutôt de mysticisme, d’offrandes et d’art pur. C’est avec cette ambiguïté en tête que l’on se plonge dans le beau livre publié aux éditions Xavier Barral, justement intitulé Tibet 1985-1995, Offrandes.

Fisheye Magazine | Dans la bibliothèque de Jean-Christophe Béchet #6
© Gao Bo, extrait de “Tibet 1985-1995, Offrandes”, éditions Xavier Barral
Fisheye Magazine | Dans la bibliothèque de Jean-Christophe Béchet #6
© Gao Bo, extrait de “Tibet 1985-1995, Offrandes”, éditions Xavier Barral
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© Gao Bo, extrait de “Tibet 1985-1995, Offrandes”, éditions Xavier Barral
Fisheye Magazine | Dans la bibliothèque de Jean-Christophe Béchet #6
© Gao Bo, extrait de “Tibet 1985-1995, Offrandes”, éditions Xavier Barral

 

Un livre de « sensations »

Présenté comme un journal intime, sous une couverture en toile de jute, ce recueil rassemble plus de 300 photos en noir et blanc prises par l’auteur  il y a plus de 20 ans. Ces images sont toutes maculées du sang de l’artiste et recouvertes par endroit d’une écriture inventée. Cette envoûtante calligraphie dialogue à merveille avec les prises de vue. Au fil des 300 pages, l’effet esthétique et poétique peut toutefois sembler un peu répétitif et systématique. On se concentrera alors sur les images elles-mêmes de Gao Bo : leur force esthétique traduit une telle maîtrise du langage photographique et on reste scotché par tant de virtuosité.

La parfaite impression du livre et sa maquette judicieusement rythmée nous aide à avaler cette répétition de motifs sans réelle narration ou progression dans le récit. Je serai moins convaincu par les textes traduits en français qui n’apportent pas grand chose à la compréhension du projet. Ici, à l’évidence, seules les sensations comptent.  On a parfois l’impression de se retrouver devant un des « Diaries » de Peter Beard, l’exotisme animalier en moins. Difficile toutefois de sortir de cet étonnant paradoxe ; Gao Bo est un sacré bon photographe qui se donne beaucoup de mal pour ré-interpréter un travail qui n’a peut-être pas besoin de tout ce décorum. Mais si on accepte son postulat de la création d’un langage universel, alors ce livre en est une parfaite bible, sur le fond comme sur la forme.

En (sa)voir plus

Le livre :

Tibet 1985-1995, Offrandes, Gao Bo
Éd.Xavier Barral,
304 pages, 346 photographies
45 euros


Les expositions consacrées au travail de Gao Bo :

Les offrandes
Jusqu’au 9 avril 2017
Maison européenne de la photographie, Paris
5/7 Rue de Fourcy — 75004 Paris

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