Sobrement nommée Louvre Photo, la nouvelle exposition du plus grand musée du monde témoigne des liens étroits qu’il entretient avec la photographie. Quentin Bajac et Dominique de Font-Réaulx, qui ont assuré le commissariat de l’événement, nous en disent davantage. Une interview à découvrir en intégralité dans le hors-série du Bicentenaire.
Apolline Coëffet : Le musée est rarement envisagé comme une muse ou un sujet à part entière. Pourquoi avez-vous décidé de présenter le Louvre de cette façon pour le Bicentenaire de la Photographie ?
Dominique de Font-Réaulx : L’exposition Louvre Photo est une commande de Laurence des Cars, qui était alors présidente-directrice du musée. Il y a près de trois ans, elle nous a demandé, à Quentin et moi-même, d’en être les commissaires. L’idée était de lancer un projet qui proposerait une réflexion sur la photographie au sein du musée. Le Bicentenaire est arrivé ensuite.
Quentin Bajac : On s’est aperçus très vite que le projet s’inscrivait parfaitement dans le cadre du Bicentenaire, puisque les histoires sont liées. Le musée a été créé à la fin du XVIIIe siècle avec cette visée encyclopédique, d’une certaine manière, qui est celle de la photographie. Les deux objets pouvaient donc être abordés et étudiés dans une même perspective. Ce qui nous a intéressés, finalement, c’est que cela n’avait jamais été fait. Il y a eu des études sur des collections, mais envisager un musée – et, qui plus est, le plus grand du monde – dans son rôle d’acteur, de producteur d’images, mais aussi de modèle et de muse n’avait jamais été considéré. Évidemment, c’était une gageure, mais ça nous a amusés, avec Dominique, d’essayer de relever ce défi et de proposer une première approche du sujet.
Le Louvre est effectivement devenu un musée seulement quelques décennies avant l’invention de la photographie. Quels liens entretient-il avec elle ?
DFR : Il a, dès le départ, entretenu un lien privilégié avec elle, mais il n’en a pas forcément toujours fait quelque chose. C’est tout le paradoxe et la raison pour laquelle, comme Quentin le souligne, c’est une première fois, et c’est un projet qui appellera d’autres expositions. Daguerre, par exemple, qui est l’un des inventeurs de la photographie, y reçoit la Légion d’honneur en 1824, récompensé pour ses œuvres présentées au Salon. Il est peintre, décorateur et donc lié à ce milieu-là. D’ailleurs, il envoie l’un de ses premiers daguerréotypes à Alphonse de Cailleux, qui était directeur général des musées royaux. Au-delà de ça, l’invention photographique entretient des relations avec le musée qui sont plus conceptuelles. Ils partagent ce même rapport à la camera obscura : c’est un univers clos qui a à la fois un effet de cadrage, de captation d’un espace particulier et de mise en lumière. Aussi, sans cette idée de séparer des artefacts de leur lieu d’origine et de faire des « arrêts sur image », il n’y a presque pas d’idée de photographie possible.

Quelle histoire du Louvre souhaitez-vous raconter à travers cette exposition ?
QB : On souhaite raconter des fragments d’histoire. C’est d’ailleurs pour cela que, dans l’exposition, on a choisi des sections thématiques qui proposent une chronologie éclatée, mêlant le XIXe, le XXe siècle et le contemporain. Il ne s’agit pas de faire une histoire linéaire, parce qu’elle aurait été incomplète et répétitive. On a puisé plus de 300 images dans les dizaines de milliers que le Louvre a générées de manière directe ou indirecte pour raconter des moments, des approches, avec une volonté de mélanger les genres, de refléter la diversité de la photographie. Il y a de l’art, de la documentation, des amateurs, de la presse, du reportage, de l’architecture… C’était important, surtout dans ce moment du Bicentenaire.
DFR : Nous explorons les grands enjeux de la photographie, notamment ce que signifie composer, définir un
cadre ou bien capturer une image en plongée. Quel est le rapport à la couleur ? À quel moment les visiteurs deviennent-ils un sujet ? Ces derniers sont absents des images jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Pendant plus de cent ans, les photographies montrent un Louvre vide. Ce n’est donc pas un musée, d’une certaine manière. Tout cela est aussi une façon de témoigner de la diversité des enjeux.
L’intégralité de l’entretien est à retrouver dans le hors-série consacré aux 200 ans de la photographie.


Sous la direction des commissaires de l’exposition Quentin Bajac (Jeu de Paume)
et Dominique de Font-Réaulx (musée du Louvre),
248 pages, 36,50 €