Éléonore, photographe des odeurs

22 avril 2016   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Éléonore, photographe des odeurs
Du 14 mars au 2 juillet 2016, la photojournaliste Eléonore de Bonneval expose à l’Hôpital Nord Ouest de Villefranche-sur-Saône un travail qui fait la démonstration de l’impact de l’odorat sur notre quotidien.

Photographier des odeurs. Il y a dans ces mots un paradoxe formidable, car comment photographier ce que l’on ne voit pas ? Éléonore, 34 ans, a relevé ce défi il y a trois ans et demi, en se lançant dans un vaste projet autour de l’odorat. Aujourd’hui, elle expose Anosmie à l’Hôpital Nord Ouest de Villefrance-sur-Saône. Cette installation en deux parties est un concept tout aussi original que le sujet qui l’a fait naître.

Dans un premier temps, le visiteur expérimente une quinzaine d’odeurs choisies par la photographe et organisées en quatre thèmes : « Mémoire et émotions », « Goûts et saveurs », « Au grand air », « Vie sociale. » C’est le pôle des « diffuseurs à odeurs ». La seconde partie de l’exposition se déroule dans une verrière, conçue pour l’exposition, aux murs de laquelle sont accrochés neuf portraits en noir et blanc, chacun accompagné d’un texte. Ces visages, ce sont ceux d’inconnus qui souffrent en silence d’anosmie, un trouble de l’odorat qui se traduit par une perte totale ou partielle de la sensibilité aux odeurs. 5% de Français en souffrent.

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« Ne plus se sentir soi-même »

« On sent comme on respire. L’odorat est un sens très discret mais qui a une importance cruciale dans notre quotidien. Il faut le perdre pour en avoir conscience. » Éléonore parle en connaissance de cause. Avant de devenir photographe, elle était responsable marketing pour une marque de parfum.

C’est aussi une humaniste, qui a la curiosité des autres, passionnée par les histoires qu’ils ont a raconter. Pour Anosmie, elle est allée à la rencontre d’une vingtaine de personnes souffrant de ne plus sentir : « L’un d’entre eux m’a dit que le plus difficile, c’était de ne plus pouvoir se sentir. L’anosmie engendre un détachement physique par rapport à soi-même. » Un handicap qui est aussi social, comme le précise Éléonore : « Les personnes anosmiques se sentent déconnectées des autres » Une problématique qui, finalement, est au cœur de cette exposition qui est aussi participative. Par exemple, les visiteurs sont invités à écrire un souvenir lié à une odeur. Ses témoignages sont accrochés dans la première partie de l’exposition et font écho à la parole des neufs portraits de la verrière.

 

 

« L’anosmie est un mal dont on ne parle jamais. Aussi les anosmiques que j’ai rencontré se sont retrouvés dans l’exposition. » Anosmie est un projet qu’Éléonore entend bien développer : « En ce moment, je m’incruste chez des gens et je leur demande d’identifier les objets qu’ils sentent dans différentes pièces de leur maison [cf. photo d’illustration]. » Ce beau projet, ludique et sensible, se tiendra jusqu’au 2 juillet. C’est une expérience visuelle, olfactive et humaine à découvrir absolument.

En (sa)voir plus

→ Eléonore est aussi photoreporter. Découvrez l’ensemble de son travail sur son site : www.edebonneval.co.uk

→ Retrouvez-la aussi sur Instagram : @edebonneval

→ Et sur Twitter : @edebonneval

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