Au BAL, Guido Guidi compose avec le temps

24 février 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Au BAL, Guido Guidi compose avec le temps
Cervia, 1968 © Guido Guidi
Une petite maison dans la campagne en noir et blanc
Ravenna, 1972 © Guido Guidi

Jusqu’au 24 mai 2026, l’œuvre du photographe et théoricien Guido Guidi prend ses quartiers au BAL. Articulée en dix-huit séquences, l’exposition Col Tempo retrace la trajectoire singulière de l’artiste et sa quête constante pour saisir le territoire et le langage photographique.

« Guido Guidi est reconnu comme un grand maître à penser », introduit Diane Dufour, cofondatrice du BAL. Figure emblématique de la photographie européenne, l’artiste italien né en 1941 a bâti une véritable théorie de l’image en s’intéressant au banal, aux paysages de la Romagne, sa région, et à l’architecture vernaculaire. Ce langage unique se déploie dans l’exposition Col Tempo, présentée au BAL jusqu’au 24 mai 2026. Le parcours a été conçu par Guido Guidi lui-même, en collaboration avec trois commissaires du MAXXI (Museo nazionale delle arti del XXI secolo) : Simona Antonacci, Pippo Ciorra et Antonello Frongia. Si la grammaire de Guido Guidi peut sembler complexe au premier abord, elle s’éclaire au fil de la déambulation. Les 200 tirages argentiques retracent ses expérimentations, depuis ses premiers essais en noir et blanc jusqu’à ses études chromatiques sur le détail et temps qui passe. « Alors qu’il étudie l’architecture à Venise, il découvre le 8e art et se livre à diverses recherches visuelles, précise Simona Antonacci. Il traque les gestes, photographie ses amis, guette l’erreur. » Un mouvement de jambe, un cadrage décalé : l’artiste privilégie le pas de côté, une posture ancrée dans sa personnalité. « Même pour parler, il utilise toujours beaucoup de métaphores, il n’est jamais frontal », ajoute la commissaire. Parallèlement, il établit une classification de l’architecture vernaculaire où son regard se porte sur l’ombre, la structure d’une façade et l’inscription du temps. « Guido Guidi capture des bâtiments car ils témoignent toujours de quelque chose que l’on ne voit pas, qui se loge dans l’interstice », explique Pippo Ciorra.

Le mouvement d'une jambre
Venezia, 1980 © Guido Guidi
Une poutre en bois
Ronta, 2020 © Guido Guidi

Le goût du non sensationnel

Au début des années 1980, un changement de paradigme s’opère : la couleur s’installe, Guido Guidi fabrique sa propre chambre photographique et favorise le tirage par contact (un tirage de même dimension que le négatif). Au sous-sol du BAL, grâce à une scénographie épurée, les paysages de la Romagne se dévoilent aux visiteurs. Loin des clichés et des stéréotypes, l’artiste contemple une modernité négligée, comme en témoignent ses vues de Porto Marghera. « Il préférait photographier une zone industrielle sans grand intérêt esthétique près de Venise plutôt que Venise elle-même. Car l’essentiel réside dans l’acte de voir : éprouver, à travers l’appareil, la grammaire propre à la photographie », détaille Simona Antonacci. Diane Dufour complète : « Le choix d’un motif non sensationnel, non représentatif d’un lieu, assure que le regard est contemporain. Dès les années 1970, il ouvre ainsi une brèche politique et esthétique dans la modernité. Il prend le contre-pied de l’artiste tout puissant qui prétend révéler. Il dit : “Photographier n’est pas révéler. La photographie n’est pas expression.” »

Au fil des années, il poursuit son exploration du médium, se concentrant sur l’observation plutôt que la création. « Beaucoup de photographies se ressemblent car l’important se niche dans l’essai, dans la répétition qui permet de questionner constamment le langage photographique », remarque Antonello Frongia. « Sa pratique est une photographie de performance, une expérience qui dépend de l’appareil, de l’instant et de la lumière. On comprend alors que les variations sont au cœur du langage de Guido Guidi », conclut Diane Dufour.

Mouvement de la lumière sur le mur d'une maison
Preganziol, 1983 © Guido Guidi
Paysage dans lequel une cuve se déverse
Rimini Nord, 1991 © Guido Guidi
Macs Books, Le BAL
416 pages
60 €
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