À la Bourse de commerce, Deana Lawson suscite la réflexion

06 mai 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
À la Bourse de commerce, Deana Lawson suscite la réflexion
Bendy, 2019. Pinault Collection. © Deana Lawson / courtesy de l’artiste et de David Kordansky Gallery
Une femme assise sur un canapé
Arethea, 2023 © Deana Lawson / courtesy de l’artiste et de David Kordansky Gallery

Jusqu’au 25 août 2025, la Bourse de commerce, à Paris, accueille la première exposition monographique de Deana Lawson en France. Sur les cimaises se découvrent de grands formats qui montrent des individus évoluant dans des intérieurs modestes. Par leur aspect inhabituel, ces compositions cerclées de miroirs suscitent la réflexion du public.

Cela faisait quelque temps que Matthieu Humery, conservateur auprès de la collection Pinault, songeait à présenter l’œuvre de Deana Lawson en France. À son grand étonnement, en dépit de la reconnaissance de l’artiste aux États-Unis, aucune institution de l’Hexagone ne lui avait encore consacré de monographie. Il attendait toutefois le moment propice pour y remédier. Celui-ci est venu quand Emma Lavigne, directrice générale de Pinault Collection, lui a fait part de son envie de monter Corps et Âmes à la Bourse de commerce. Comme son nom le suggère, l’exposition se propose d’offrir une exploration de la représentation du corps dans l’art contemporain. Une quarantaine d’artistes donnent à voir les liens entre la matérialité humaine et l’esprit qui l’anime, au travers de sculptures, peintures, photographies, vidéos et dessins en grande partie issus des fonds du musée. Ce dernier possède déjà, par ailleurs, deux tirages signés Deana Lawson. Les planètes s’alignent alors : un accrochage satellite lui sera dédié. « Son travail correspond justement à cette psychologie qui associe le corps et l’âme, souligne le commissaire. Elle était ravie de pouvoir enfin montrer ses photographies à Paris dans un tel cadre, d’autant plus qu’Arthur Jafa, dont elle est proche, est également exposé. Les deux artistes se soutiennent et s’encouragent depuis longtemps. Leurs pratiques respectives dialoguent entre elles. »

Portrait d’une société africaine-américaine

Au premier étage de la Bourse de commerce se découvrent une quinzaine de grands formats qui retiennent l’attention du public. Une forme d’étrangeté se dégage des images. Un être solitaire, le pied appuyé sur un accoudoir, se contorsionne. Des courses sont éparpillées sur une table adjacente tandis qu’un rideau est coincé dans ce qui ressemble à un système d’air conditionné. Plus loin, un couple en tenue de mariage est couvert de billets de banque. Devant lui se trouvent deux bols remplis d’une soupe verdâtre. Un câble électrique traverse le champ. Une accumulation de tuniques blanches apparaît à l’arrière-plan. Un décalage se crée entre ces intérieurs bruts, authentiques, et la posture inattendue des sujets, qui apporte une certaine poésie à l’ensemble. « Il y a des canapés en cuir défoncés, des tableaux qui ne sont pas des chefs-d’œuvre, des rideaux à moitié tirés… C’est presque une typologie de ces intérieurs de la société africaine-américaine, et c’est ça qui est beau. On entre dans un univers tel qu’il est. Il y a une rigueur dans cette approche », souligne Matthieu Humery. Par leur taille, ces mises en scène transcendent ainsi l’intimité des lieux afin de faire voir des modèles qui s’affirment. Dans un cliché intitulé Daenere, une femme dénudée est allongée dans un escalier. Elle porte un bracelet électronique à la cheville et fixe l’objectif d’un regard fier. Sa manière d’être, sa position et le bouquet de fleurs représenté sur la toile située au fond rappellent l’Olympia (1863) d’Édouard Manet. « C’est comme si la servante noire de la peinture originelle avait été transposée à la photographie, suggère le commissaire. Deana Lawson a une belle connaissance de l’histoire de l’art, elle fait preuve d’un grand sens de la composition. Même s’il n’est pas forcément voulu, le rapprochement est intéressant, car il est évocateur. » Il faut dire qu’au fil de ses projets, l’artiste multiplie les échos aux mouvements picturaux et soulève notamment la portée politique du corps noir au sein de l’espace diasporique.

La suite de cet article sera à retrouver dans Fisheye #71, bientôt disponible en kiosque.

Corps et Âmes
Bendy, 2019. Pinault Collection. © Deana Lawson / courtesy de l’artiste et de David Kordansky Gallery
Terminé
Exposition
Corps et Âmes
05.0325.08
Bourse de Commerce
Du 5 mars au 25 août 2025, la Bourse de Commerce accueille l’exposition collective Corps et Âmes.
À lire aussi
Revoir Van Eyck, ces tableaux magistraux qui inspirent les photographes de Fisheye
© Romina Ressia
Revoir Van Eyck, ces tableaux magistraux qui inspirent les photographes de Fisheye
Pour aborder des sujets qui leur sont chers, un certain nombre d’artistes s’inspire de la peinture. À l’occasion de Revoir Van…
12 mars 2024   •  
Écrit par Fisheye Magazine
13 expositions photographiques à découvrir en juin 2026
© Pierre & Florent
13 expositions photographiques à découvrir en juin 2026
La rédaction de Fisheye a relevé une série d’événements photographiques à découvrir à Paris et dans le reste de la France en juin 2026….
02 juin 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Explorez
Stephan Gladieu : regarder cette autre Amérique
© Stephan Gladieu
Stephan Gladieu : regarder cette autre Amérique
Dans Authentic Americans, Stephan Gladieu s’est immergé dans l'Amérique du centre et du sud, une Amérique dite profonde. Il s’y est rendu...
06 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Au BAL, La Fabrique du Regard donne la parole aux jeunes
Journal de nos adolescences © Iris Millot
Au BAL, La Fabrique du Regard donne la parole aux jeunes
Le festival La Fabrique du Regard fait son grand retour au BAL pour une quatrième édition, présentée jusqu'au 7 juin 2026. Il s’agit...
04 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
L’âme de la chambre noire : entretien avec Thomas Consani, Maître d’Art
Portrait de Thomas Consani. © Matthieu Quatravaux / Tirage par Thomas Consani
L’âme de la chambre noire : entretien avec Thomas Consani, Maître d’Art
Dans le laboratoire Picto, véritable institution de la photographie, au milieu des odeurs de chimie, des ampoules rouges et des échos de...
04 juin 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
La sélection Instagram #558 : rêver d'été
© lalieblanck / Instagram
La sélection Instagram #558 : rêver d’été
Alors que les températures caniculaires qui ont clôturé ce mois de mai nous ont directement plongé dans nos rêves d’été, les photographes...
02 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les images de la semaine du 1er juin 2026 : du rêve à la réalité
Youssef Nabil (1972) Say Goodbye, self-portrait Alexandria, 2009 Tirage argentique coloré à la main, tiré en 2013, 50 x 75 cm Collection Pinault © Youssef Nabil.
Les images de la semaine du 1er juin 2026 : du rêve à la réalité
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images nous font basculer du réel au monde des songes. Face à la réalité, le rêve apparaît...
07 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Stephan Gladieu : regarder cette autre Amérique
© Stephan Gladieu
Stephan Gladieu : regarder cette autre Amérique
Dans Authentic Americans, Stephan Gladieu s’est immergé dans l'Amérique du centre et du sud, une Amérique dite profonde. Il s’y est rendu...
06 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
SMITH établit son laboratoire expérimental au MAC VAL
Sans titre, in "Dami (Fulmen)", 2023. Thermogramme sur aluminium brossé. Courtesy Galerie Christophe Gaillard © SMITH
SMITH établit son laboratoire expérimental au MAC VAL
Dans le cadre du Bicentenaire de la Photographie, le MAC VAL met à l’honneur le travail de SMITH à travers une exposition intitulée Ici...
06 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
Adama et Awa 3, Eboro, 2026 © Nuits Balnéaires
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
En descendant les marches qui mènent au sous-sol de la Fondation Henri-Cartier Bresson, l'on découvre Eboro. Cette série de photographies...
05 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin